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Valeur infinie d’une piécette

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7 novembre 2021        32e dimanche du temps ordinaire, année B – Marc 12, 38-44
Lectures de ce jour

Ces lectures nous apportent à la fois réconfort et questionnements. La valeur que le Seigneur accorde à nos comportements nous déconcerte, car Il fait éclater nos catégories habituelles. Les lectures nous présentent 2 femmes, 2 veuves, qui n’ont en commun que leur pauvreté et leur foi en Dieu. À cause de cette foi, elles acceptent de donner tout ce qui leur reste pour vivre. Et le Seigneur accueille ces dons qui paraissent insignifiants aux yeux des hommes. Par contre, Jésus dénonce les Scribes et tous ceux qui agissent pour se faire voir.

La bonté sans frontières

La 1ère de ces femmes, une étrangère, une veuve, vit à Sarepta avec son fils. Elle est pauvre et se prépare à mourir, car une grande famine frappe toute la région, y inclus Israël. Le prophète Élie, envoyé par Dieu, quitte son pays pour aller à Sarepta. Et là, il porte secours à cette veuve et à son fils. Cette dernière reconnaît en Élie un homme de Dieu et accepte de partager le peu qu’il lui reste pour vivre, elle et son fils. Elle fait confiance au prophète, pourtant un étranger à ses yeux.

Cet épisode illustre le fait que si Dieu a élu Israël pour être son peuple, il n’a pas pour autant rejeté les autres nations et se préoccupe du sort de leurs habitants. Contrairement à la croyance d’alors où chaque dieu a son territoire, le Dieu d’Israël ignore les frontières et Il agit hors du territoire d’Israël et, pourrait-on dire aujourd’hui, hors des frontières de l’Église.

Le grand rêve de Dieu demeure : rassembler toutes les nations en un seul peuple. C’est pourquoi Jésus enverra ses disciples annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les nations. Mais, bien des Israélites demeuraient jaloux de leur privilège comme peuple élu. C’est pour avoir cité le geste d’Élie envers la veuve de Sarepta que les gens de Nazareth ont tenté de précipiter Jésus en bas d’une falaise.

La bonté calculatrice

Si la bonté de Dieu ignore les frontières, Jésus, lui, dénonce avec vigueur le comportement des Scribes. Il leur reproche de rechercher le pouvoir et les honneurs et il ajoute ce blâme très sévère : « Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, font de longues prières. »

Tout pouvoir comporte des risques d’abus. Le pouvoir religieux, celui des Scribes et des Pharisiens, comme celui de notre clergé, n’y échappe pas. Il peut donner lieu à des dérives, à ce que l’on appelle aujourd’hui le cléricalisme, un mal que le Pape François ne cesse de dénoncer.

Jésus et ses disciples sont alors assis dans le temple face à la salle du trésor là où les gens déposent leurs dons. « Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. » dit le texte. Comme la monnaie se compose de pièces métalliques, on peut non seulement voir le geste du donateur mais également entendre le bruit de la pièce tombant dans le tronc. On devine alors l’importance du don au nombre de pièces et au bruit plus ou moins sourd que provoque leur chute. Le donateur en est conscient et peut ainsi étaler en public sa générosité.

La générosité des pauvres

Jésus observe le comportement des donateurs. Il attire l’attention des disciples sur le don insignifiant d’une veuve pauvre. – La plupart de veuves se retrouvaient sans ressources, si elles n’avaient pas eu d’enfant pour s’occuper d’elles. — Aux yeux des témoins, dont les disciples, son obole fait sourire car elle ne représente rien. Comme si une personne déposait un dix sous dans la quête.

Jésus perçoit les choses autrement. Il ne se contente pas d’observer : il porte un jugement sur la situation. Il affirme :
« Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres ».
Il en donne aussitôt la raison : « Tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre.. »

Le regard de Jésus dépasse les apparences. Il note « les grosses sommes » déposées par les riches. Toutefois son regard ne s’arrête pas à l’importance de la somme donnée, mais plutôt à la situation de la personne qui donne et à ses motivations. Il ne reproche pas aux riches de donner mais, comme toujours, il regarde le fond du cœur. Il a compris le dépouillement total qu’implique l’offrande dérisoire de la veuve. Elle a tout donné pour Dieu. Ce « tout » exprime la confiance totale de cette femme en Dieu.

Cette veuve, pauvre, n’ignore pas l’insignifiance de son don et, comme beaucoup de pauvres, ressent sans doute une gêne voire une certaine honte à donner si peu. Elle aimerait donner davantage. Elle devine la réaction de ceux qui entendent le bruit à peine audible des deux piécettes jetées dans le tronc.

Mais elle veut, avec ses pauvres ressources, contribuer au culte de son Dieu, bien consciente du faible impact monétaire de son geste. Elle tient à faire sa part, si petite soit-elle. Elle agit pour Dieu et le regard des autres ne l’arrête pas. Elle sait que Dieu agrée son offrande, car en donnant tout ce qu’elle a, elle se donne elle-même et renonce à sa sécurité pour ne l’attendre que de Dieu.

Jésus éduque les disciples qui se laisseraient impressionner par les « grosses sommes» et accorderaient plus d’importance à la personne qui peut se le permettre qu’au don minime d’un pauvre – un réflexe bien compréhensible quand on doit combler d’importants déficits. –

Jésus évalue le geste à partir de la motivation qui se trouve dans le cœur de la personne qui s’en remet à Dieu et trouve là sa sécurité. L’exemple de cette veuve nous redit que même ceux et celles qui ont peu peuvent partager. Souvent d’ailleurs, toute proportion gardée, ils le font davantage que ceux qui possèdent beaucoup.

La valeur d’une obole

Notre société valorise hautement la productivité et l’efficacité. On admire avec raison ceux et celles qui peuvent donner beaucoup. Dans ce contexte, les personnes avec peu de ressources peuvent éprouver un sentiment d’infériorité. Et lorsque les personnes atteignent l’âge où elles doivent réduire leur activité ou encore se retrouvent plus ou moins immobilisées par un handicap ou la maladie, – on y arrive tous un jour ou l’autre, – elles en souffrent et s’estiment inutiles, à charge pour les autres, voire honteuses de cette dépendance.

Or, même dans ces circonstances débilitantes, la personne peut encore apporter sa contribution. Elle peut offrir ses « piécettes »; la piécette de sa prière; la piécette de son affection aux personnes qui l’entourent ou la servent ; la piécette de son sourire, la piécette de patience dans la maladie, etc. Et toutes ces oboles plaisent à Dieu qui les agrée à leur juste valeur, car Il y reconnaît le cœur de la personne qui donne tout ce qui lui reste.

Conclusion

Jésus s’est employé à changer le regard des disciples sur l’obole dérisoire de la veuve. Demandons-Lui de changer le nôtre devant les gestes apparemment sans valeur des démunis et des personnes dépendantes et, lorsque nous deviendrons à notre tour dépendants, n’oublions jamais que Dieu sait reconnaître la grande valeur des piécettes.

Qu’Il change notre regard quand, à notre tour, nous ne pourrons plus rien offrir que notre impuissance. Ce « rien » vaut beaucoup aux yeux de Dieu et il attend que nous l’offrions.

Dans l’eucharistie, Dieu lui-même s’offre, en obole, sous la forme d’un bout de pain, nourriture dérisoire pour celui qui ne croit pas. D’une valeur infinie pour qui la reçoit dans la foi.

Marcel Poirier, a. a.


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