Le 19 avril 2026 3e Dimanche de Pâques, Année A — Lc 24, 13-35
Deux hommes s’éloignent de Jérusalem vers Emmaüs. En route, ils ruminent les événements des derniers jours s’efforçant d’y trouver un sens. En quelques heures ils ont vu leurs rêves brisés. Jésus, leur Maître, arrêté et mis à mort.
Amère déception. Ils voyaient en lui le Messie qui allait les libérer des Romains. Déçus aussi par les Apôtres. Judas a vendu son Maître. Pierre a fui et renié Jésus. Les autres l’ont lâchement abandonné. Eux-mêmes se sont fondus dans la foule anonyme. Ultime désillusion, leurs chefs religieux ont sciemment condamné un homme qui n’avait fait que du bien.
En route, un étranger les rejoint. Il les écoute et compatit à leur souffrance. Après les avoir écoutés, Il leur explique que le Messie devait souffrir et mourir afin de ressusciter. «Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.»
Arrivés à destination, il accepte leur invitation de partager le repas. Lors de la fraction du pain, ils le reconnaissent et alors Il disparait à leurs yeux.
Jésus disparait sans pour autant s’absenter. Ils le savent vivant. Il ne marche pas avec eux, il marche en eux. Alors, bravant les dangers de la nuit, ils retournent à Jérusalem et apprennent que Jésus s’est manifesté, à Pierre et aux autres.
Aujourd’hui encore des disciples prennent la route d’Emmaüs, déçus par Jésus, par l’Église, par eux-mêmes. Dans l’Église, des responsables manquent de leadership; se taisent sur les scandales, les abus et se divisent entre eux, etc…
Jésus aussi déçoit; Il semble sourd aux demandes de paix et de justice; Il ignore leurs prières. Isaïe avait rappelé que le Seigneur ne pense pas comme nous. «Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.»
Jésus avait prédit sa passion et sa mort. Mais les disciples refusaient d’entendre. Encore aujourd’hui le passage par la croix demeure une question, en fait un mystère, mystère d’amour que seule la foi et l’intelligence du cœur devinent.
Prendre la route d’Emmaüs et nous éloigner d’une communauté imparfaite demeure une tentation. Si nous y demeurons ce n’est pas qu’elle soit parfaite. Mais le ressuscité la visite par sa Parole et par son Pain qui unit et donne la force. Ma faiblesse devient force quand je m’intègre à la communauté.
Le témoignage de la communauté, ne l’oublions jamais, ne vient pas de la perfection de ses membres, mais de son unité et de l’amour qui y circule. «À ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres.»
Nos forces diminuent; nos ressources s’épuisent; demeure la capacité d’aimer.
Le Christ est ressuscité! Alléluia! Il marche avec nous. Il marche en nous.
Marcel Poirier, Augustin de l’Assomption

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