Il y a, à la fin d’octobre, quelque chose de familier, mais aussi d’un peu étrange: du temps qui s’organise.
Les agendas se remplissent. Les écoles se remettent à bourdonner. On reprend les réunions, les activités, les habitudes interrompues par l’été. Nous disons volontiers: «Voilà, ça recommence…!»
Mais est-ce bien le cas? Est-ce bien vrai? Il y a là, à bien y réfléchir, quelque chose de paradoxal: Recommencer n’est pas revenir au commencement.
Celui qui revient d’un voyage, ou du chalet, ne rentre pas tout à fait dans la maison qu’il avait quittée. La maison est pourtant la même: la table est là, les livres aussi, la vaisselle à sa place. Même le vieux verre oublié sur le dressoir en partant
Mais celui qui revient dans cette maison a vu autre chose… Il a marché ailleurs, rencontré d’autres visages, peut-être même perdu un peu la notion des heures. Et voilà que ce qui lui était familier lui apparaît… légèrement… différent.
Mais le beau de l’affaire, c’est ceci: il suffit parfois d’une absence pour que le réel ordinaire retrouve du relief.
Nous imaginons facilement que recommencer signifie reprendre le fil là où nous l’avions laissé. Comme si le temps avait gentiment attendu notre retour.
Mais le temps n’attend personne. Pendant que nous étions ailleurs, quelque chose a changé – dehors, ou… en nous.
Les anciens philosophes savaient bien qu’on ne revient jamais tout à fait au même endroit. Héraclite, pour un, faisait remarquer qu’on ne descend pas deux fois dans le même fleuve. L’eau a passé. Et celui qui y remet les pieds, lui aussi, a changé…
Et si la rentrée était autre chose qu’un retour à la routine… Autre chose…
Non pas: refaire ce que nous faisions. Mais: regarder de nouveau ce que nous croyions connaître…
Cette personne que nous retrouvons. Cette activité que nous reprenons. Cette rue que nous empruntons à nouveau pour aller à la messe ou pour faire des courses. Cette routine que nous pensions connaître par cœur…
Peut-être y a-t-il là quelque chose que l’habitude avait rendu invisible…
«Recommencer» pourrait être cela: «consentir à voir une seconde fois».
Alors, tandis que nos calendriers se remplissent, tandis que l’été s’éloigne doucement, souhaitons-nous peut-être moins de «reprendre comme avant».
Souhaitons-nous plutôt de revenir avec des yeux un peu neufs. Juste pour voir!
La vérité vraie, c’est qu’une année, une saison, commence ainsi: non pas lorsque quelque chose débute, mais lorsque quelque chose de familier re-commence à nous étonner.
Alors, là, on sait que l’on est vivant…!
Vous, qu’en pensez-vous?
Monique Lortie, MA, phi. éditorialiste à La Lettre du Montmartre
(lortie.monique@gmail.com)
