Le grenier encombré

Éditorial du dimanche 18 octobre 2026

Tante Jeanne avait atteint l’âge où on pense à transférer à une résidence pour personnes âgées. Elle doit quitter la maison qu’elle a habité pendant plus de cinquante ans. C’est un moment difficile puisqu’il y a tant de souvenirs attachés à ces lieux. Elle ne se sent plus la force de faire le tri entre ce qu’elle doit conserver et tout ce qu’elle doit abandonner. Elle me demande de l’aider.

Je la rencontre un jeudi après-midi où je suis en congé. Je la vois un peu paniquée. Ce n’est pas facile de lui faire comprendre qu’il faut se départir de beaucoup de choses accumulées au fil des ans. Elle devra apporter avec elle un minimum de choses qui pourront tenir dans un espace beaucoup plus restreint. Les choix à faire ne seront pas évidents.

Je lui suggère de vendre la maison tout équipée, clés en mains. La cuisinière, le living, la salle de lavage, tout ce qu’il y a dans le garage pour refaire le jardin à chaque année, la deuxième chambre à coucher en son entier de même que des garde-robes à rebord: on ne peut pas apporter tout cela dans un appartement où elle aura peu d’espace. C’est l’heure des choix.

Il restait le grenier: ouf! Ce que j’y ai trouvé dépasse l’entendement: des meubles remisés là depuis des lustres, des cartons de photos d’un autre âge, des skis et des patins, des vêtements et de la vaisselle ne pouvant plus servir. ‘Tante Jeanne, qu’est – ce que je fais de tout cela?’ ‘Fais-en ce que tu peux!’ La Saint-Vincent-de-Paul n’en voudra même pas… Tous ces ‘on ne sait jamais’ n’iront nulle part sauf au dépotoir…

À y penser de près, nous accumulons dans notre vie des tas de choses que nous pensons qu’elles serviront peut-être un jour et nous en oublions l’essentiel: notre vie sur cette terre est éphémère et nos survivants ne se préoccuperont pas de ce que nous considérions important. Vaut mieux leur laisser la liberté de choisir ce qui est important à leurs yeux.

Père Gilles Blouin, assomptionniste et éditorialiste