Le 10 mai 2026 6e Dimanche de Pâques, Année A — Jn 14, 15-21
On se projette déjà dans l’après pâques, c’est la curieuse impression que donne l’Évangile de ce dimanche où Jésus parle de lui vivant auprès de ses disciples au moment où le monde ne le voit plus. Certains de ses disciples se croyant désormais possesseurs de l’Esprit auraient estimé que le rôle de Jésus de Nazareth était dépassé après sa résurrection. Pour d’autres, les apparitions de Jésus ressuscité inauguraient la nouvelle ère de sa présence qui dure, en plus de celle de l’Esprit.
La mention de sa nouvelle venue vers ses disciples alors que Jésus leur parle d’un autre Défenseur qui sera toujours avec eux laisse entendre la présence spécifique comme étant vitale. C’est comme une traduction de sa vision de la vie d’envoyé du Père portée à être vécue pleinement. S’il insiste sur cette présence jusqu’à en susciter le désir, c’est certainement parce qu’il espère la postérité bienheureuse des humbles face à une sorte de cancel culture qui guette le monde.
D’une part, c’est la présence de Jésus qui se fait désirer alors qu’un autre Défenseur aussi important que lui serait présent aux disciples. Au lieu de laisser toute la place à ce Défenseur, l’humble Jésus veut aussi réapparaître à ses disciples et il leur explique son nouveau mode de présence qui consiste à mettre en œuvre ses commandements ou sa parole. Du même souffle, il affirme son désir d’être aimé malgré son apparente absence ou mieux comme il apparaît aux disciples. Autant voudrait-il que sa présence particulière – discrète – ne soit pas simplement effacée au bénéfice de celle de l’Esprit, autant il promeut cette dernière aussi discrète.
D’autre part, c’est aux disciples et grâce à leur foi de reconnaître et de désirer autant la présence de Jésus que celle du Paraclet que le monde ne connaît pas. S’ils mettent en œuvre les commandements de Jésus, ils seront certainement en mesure d’être influencés par le Paraclet. Comme suggèrent deux traductions du Paraclet – consolateur et défenseur –, les disciples imprégnés de l’Esprit pourront dire des paroles et poser des gestes qui consolent comme font les mères dans un monde souvent dominé par la violence. Si ces paroles et gestes font désirer la présence particulière des disciples, c’est en même temps celle de l’Esprit et celle de Jésus qui le seront. Imprégnés de l’Esprit défenseur, les disciples se porteront notamment à défendre ce que la règle de vie des assomptionnistes nomme les causes de Dieu et de l’humain en se portant là où Dieu est menacé dans l’humain et où l’humain est menacé comme image de Dieu.
Rendons grâce à Dieu pour le don de la foi qui rend nos cœurs disponibles à désirer autant la présence discrète mais agissante de Jésus ressuscité l’Envoyé du Père que celle de l’Esprit. Qu’il nous soit aussi donné de consentir activement au désir d’être présent et à la présence aimante des personnes.
Sadiki Kambale Kyavumba, Augustin de l’Assomption
