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La force des mots

Éditorial du dimanche 17 mai 2026

J’ai été inspirée pour écrire cet édito par une rencontre que j’ai eu il y a quelques semaines avec une nonagénaire superbe qui s’est ouverte sur des évènements marquants de sa vie. Je lui ai demandé la permission de témoigner de ce qui m’a profondément bouleversée dans son récit.

À l’âge de quinze ans, une religieuse remplissant la tâche de surveillance de classe, lui lance sans qu’elle ne le comprenne vraiment cette phrase terrible: «Dieu ne vous aime pas». Et vlan! Pas de dentelle. Rien n’avait justifié une pareille déclaration qui fut accueillie par cette jeune fille comme un état de fait et qui, plus de soixante-quinze ans plus tard, résonne encore.

Quelle phrase assassine! Quelle agression spirituelle!

Que la personne qui était en position d’autorité et portait un habit représentant son dévouement envers Dieu se soit permis cette tirade est d’autant plus déroutant et choquant. En fait je suis persuadée que cette femme d’église n’avait aucunement conscience du poison qu’elle venait d’inoculer.

Quelles conséquences laissées par des propos lancés avec désinvolture d’autant plus qu’ils vont à l’encontre de tout message évangélique.

Est-ce parce qu’elle fut sensibilisée au pouvoir des mots que cette dame est devenue écrivaine. Sa plume comme alliée, elle sait sous-peser le poids des mots, leur signification, leur force, leur côté sombre-obscur, doux-amer ou lumineux. Aujourd’hui elle utilise aussi ses pastels, médium velouté tout en nuance, pour aller à la rencontre de la beauté du monde, des saisons, pour dire l’indicible.

Elle s’étonne d’écrire de courts messages qu’elle colle sur le mur de son appartement et qui sous-entendent son amour pour Dieu même si elle se croît rejetée par lui comme on le lui avait si vivement signifié.

J’entends le trouble semé par cette blessure infligée qui ne s’est jamais complètement refermée. Tonnait en moi ce désir d’effacer cette ignominie mais les cicatrices ne s’effacent pas, au mieux elles pâlissent et se nivellent; elles parlent de notre histoire.

Cela me bouleverse d’autant plus que cette violence est à la portée de tous et que nous l’utilisons peut-être avec cette même ignorance.

S’il y a tant de paroles qui tuent l’humanité, il y en a fort heureusement qui la soignent, la relèvent.

Ces mots peuvent émerger de soi, surtout s’ils rencontrent une oreille bienveillante comme en témoigne Marie Cardinal dans son livre «Les mots pour le dire».

Il y a des gens qui en feront une profession (psychologue, psychiatre, travailleur social…) mais nous sommes tous conviés à affiner notre façon d’écouter, parfois même au-delà de ce qui est dit et surtout à utiliser nos propos avec circonspection.

Au quotidien on est assailli par plein de messages à l’emporte-pièce. Il se peut bien qu’on se sente impuissant ces jours-ci, témoins plus souvent qu’on ne le souhaiterait de situations qui nous dépassent et donnent la nausée. Discerner si un discours est mensonger, blessant, futile, vecteur de rumeurs et de médisances fait partie de nos responsabilités de citoyen.

En contrepartie, la prise de conscience du pouvoir des mots partagés, de ceux qui relèvent, supportent, reconnaissent la dignité, poussent à l’action et aident à reconstruire, est source d’espérance.

La Parole est là pour nous le rappeler, nous servir de boussole propice à nous conduire sur des chemins susceptibles de mener vers une vie plus épanouie, plus fraternelle.

Au cœur de cette Parole, l’amour indéfectible de Dieu (Dieu est Amour), sa miséricorde, son regard unique et bienveillant pour chacun de nous.

Puisse-t-elle être répandue avec force et allégresse!

Ann Montreuil, éditorialiste