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DE LA PESANTEUR À LA GRATITUDE

19 décembre 2020 / Articles, Éditorial-Infolettre

Foin de la Covid 19 et foin des mièvreries sur Noël, comme dirait le français du XVIIe siècle, parlons aujourd’hui d’autre chose ; c’est Noël, après tout.

Nous pourrions commencer par une belle histoire : il était une fois, dans l’empire romain, un empereur nommé Marc Aurèle (que tout le monde connaît, bien sûr, quoique,,,). De Marc Aurèle, Montesquieu, l’auteur de De l’Esprit des lois, aurait dit : « Lorsqu’on parle de cet empereur, on sent en soi-même un plaisir secret ; on ne peut lire sa vie sans une espèce d’attendrissement ; tel est l’effet qu’elle produit qu’on a meilleure opinion de soi-même, parce qu’on a meilleure opinion des hommes. » (Montesquieu, 1689-1755)

Cette vie, ou ces écrits que Marc Aurèle a laissés comme une sorte d’autobiographie, sont, selon moi, qu’on ne peut la lire, nous aussi, aujourd’hui, soit des 1 900 ans après, sans « une espèce » de désir de l’imiter. Voilà pourquoi je nous mets ici quelques morceaux exemplaires. On jugera ; c’est Noël, après tout.

Marc Aurèle, à ce que l’on aura remarqué, considérait comme un devoir l’expression de sa gratitude envers certains hommes qu’il a rencontrés. Dans un exercice d’écriture quotidienne, que la postérité a intitulé Écrits pour moi-même, l’empereur parle de lui en faisant le bilan de ce qu’il a reçu des autres. Ainsi, l’on voit que sa vie propre, ses actions, son œuvre, ce qu’il a été, se rattachent à une longue chaîne de modèles. Et qu’une telle action de gratitude était, pour lui, non seulement un devoir mais un plaisir, celui que procure la vision de la beauté morale.

Quelques exemples :

De mon grand-père, j’ai reçu : la bonté coutumière, le calme inaltérable.

Du souvenir de mon père (mort jeune) : la réserve et la force virile.

De ma mère : la piété, la libéralité, l’habitude de s’abstenir non seulement de mal faire, mais de s’arrêter encore sur une pensée mauvaise. De plus : la simplicité du régime de vie, et de l’aversion pour le train d’existence que mènent les riches.

De Diogène (un Diogène qui lui enseigna la peinture) : de ne pas se donner la peine pour les choses inutiles ; de m’être pris d’affection pour la philosophie.

Du philosophe Sextus : la bienveillance, la sollicitude pour les amis ; la patience envers les ignorants et envers ceux qui décident sans avoir réfléchi ; de connaître beaucoup sans briller.

De Maximus, son ami : se maîtriser soi-même et ne pas se laisser distraire en aucune circonstance ; la bonne humeur dans toute circonstance, même dans la maladie ; être bienfaisant, magnanime et loyal ; ne jamais montrer la moindre apparence de colère ou de quelque autre passion mais être à la fois impassible et rempli de la plus grande tendresse.

D’Alexandre, le platonicien : ne pas dire trop souvent, et sans nécessité « je n’ai pas le temps ».

De Catulus : aimer sincèrement ses enfants,

De Severus : l’amour de la famille, de la vérité et de la justice.

De mon père adoptif (l’empereur Antonin) : etc., etc…

Pourquoi tous ces exemples sinon pour nous convaincre d’adopter, en cette fin d’année 2020, cette belle et utile résolution : procéder pour nous-même à un tel inventaire, à un tel exercice de gratitude envers celles et ceux qui nous ont appris quelque chose de bon, dans la journée et dans la vie. Je parie qu’il en résultera pour chacune et chacun de nous une joie de vivre et une beauté morale qui dépasseront largement toute la pesanteur d’un confinement qui n’en finit plus.

MONIQUE LORTIE


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