Le 14 juin 2026 11e dimanche du temps ordinaire, Année A — Mt 9, 36 – 10, 8
Il y a quelques années, nous préparions les liturgies de mise en terre en la paroisse où j’assurai le ministère de diacre. Remarquant probablement le petit nombre des ministres par rapport à celui des mises en terre, une collègue initia une conversation avec moi en me demandant ce que je pensais de l’avenir de l’Église et des messes au Québec sans les prêtres. Sans réponse, sinon certaines références aux réflexions des théologiens et aux orientations pastorales, je pense que j’aurais pu imaginer Jésus qui continue d’envoyer ses apôtres dans le monde.
L’ancienne formule latine d’envoi à la fin de la messe apporte un éclairage significatif à la possibilité de célébrer celle-ci sur l’autel du monde. Ite, missa est qui se traduit littéralement par «allez, on vous envoie» fait penser à l’envoi des apôtres par Jésus. C’est curieux de remarquer qu’à l’instant où Jésus évoque la prière pour que le maître de la moisson envoie des ouvriers pour celle-ci, il appelle ses apôtres, leur donne le pouvoir et les envoie dans le monde.
Croyons que ce passage rapide de l’évocation de la prière à l’envoi suggère pour nous aujourd’hui de l’éclairage à bien des égards qu’on pourrait qualifier de révolution missionnaire. Il voudrait, entre autres, accorder une certaine urgence à la mission par rapport à la prière tout en désignant le monde comme lieu de prière, c’est-à-dire de relation, d’alliance et de réconciliation avec Dieu par la mission. Comme Moïse monte sur la montagne et au lieu de se retirer pour être seul à seul avec Dieu, les apôtres devront se déployer dans le monde et y dialoguer avec Dieu sur l’autel de ce monde en rencontrant celles et ceux pour qui le cœur de Dieu bat le plus, ces exclus les plus proches.
Toujours faut-il que Jésus continue d’appeler et d’envoyer ses apôtres et que chacun d’eux réponde par son nom. On peut croire qu’aussi longtemps il y aura celles et ceux envers qui Jésus est saisi de compassion, il appellera les apôtres et les enverra à ceux-là. Dans cet ordre, les besoins de son peuple amènent Dieu à susciter les missionnaires, comme l’affirme l’ancien supérieur général des Assomptionnistes, le Père Hervé Stéphan: «Quand Dieu voit son peuple dans le besoin, il appelle des hommes. Il leur donne la grâce de sentir, d’aimer comme Lui. Et la force d’entreprendre. Il les appelle et Il les envoie». Dans un autre ordre, c’est aux baptisés d’être à l’écoute de Jésus, de lui répondre et d’aller dans le monde y repérer les bien-aimés de Dieu, se mettre à leur service et ainsi y célébrer la messe.
Que les baptisés poursuivent l’œuvre missionnaire du Christ par d’aimants services mutuels, confiants que Dieu donne encore d’être sensible aux besoins du monde voulu par lui pour être habitable et qu’il continue de susciter des missionnaires pour ce monde.
Sadiki Kambale Kyavumba, assomptionniste
