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Des chrétiens ordinaires

Billet éditorial, dim. 14.06.2026

En ce dernier éditorial avant les vacances d’été, j’aimerais porter un regard philosophique, un peu intelligent si possible, mais peut-être osé, sur notre vie quotidienne.

Je commencerai par une anecdote, de celles qui ont mission de frapper la vue et l’imagination.

J’étais, l’autre jour, à un café, le Subtil, (ça ne s’invente pas!) en train de prendre un petit-déjeuner tout en lisant Jacqueline de Romilly sur la mémoire. Et voilà que j’entends les deux dames, assises à une table toute proche, «deviser» ensemble. J’ai souri. J’ai trouvé cela tout à fait sympathique: habituellement ce sont les hommes qui discutent dans un café.

Toutefois, alors que mon oreille, éveillée par la curiosité, eut saisi ce dont il était question entre mes voisines, j’ai été frappée, d’abord par un amusement puis, ensuite, par une sorte de stupeur: tout ce dont elles parlaient, tout ce sur quoi leur intérêt se portait était… leurs chirurgies communes.

Et chacune, à tour de rôle, y allait de force détails illustrant, – décrivant -l’une, ses deux «opérations» de l’automne dernier et l’autre, celle qu’elle aura dans quelques semaines… qui fera suite à celle qu’elle a eue l’an dernier…!

J’attendais une conclusion sur la fragilité du corps humain, sur les tracas qui émaillent notre vie humaine, sur, à la rigueur, l’injustice qui frappe au hasard: rien! Rien!

Rien qui eut pu indiquer que ces deux braves dames étaient capables, par leur nature, humaine, justement, et par leur éducation, de dépasser le monde factuel, platement terre à terre et tirer de là des enseignements un tantinet philosophiques.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé, alors, à nous toutes et tous qui allons entendre le prêtre animer l’évangile chaque dimanche au cours de la messe.

J’ai pensé: quels outils avons-nous toutes et tous pour méditer le récit du dimanche? Je veux dire, bien sûr, pour prendre de la hauteur, afin de savoir dépasser les mots de la parabole et accéder au «suc» qui y est caché…

C’est alors que j’ai pensé à mes «belles dames»: à la sortie de la messe, plutôt que raconter notre récente maladie et ses multiples déclinaisons, pourquoi ne pas nous arrêter, un moment, pour une toute petite conversation amicale… sur ce que l’évangile de ce dimanche avait à nous dire? On est catholiques, après tout! On est chrétiens, il me semble…!

Je vous confie ici – à titre tout à fait exceptionnel1 – une expérience personnelle: j’ai commencé à avoir ces sortes de conversations avec mon fils qui vit au Mexique. Chaque dimanche, il va à la messe à l’une des très belles églises de Guadalajara, où il habite, et le soir, par téléphone, nous discutons de l’évangile. Pourquoi? Parce que c’est passionnant!

Comme deux philosophes qui, par définition, questionnent. Vous dire comme c’est rafraîchissant…!

Vous, qu’en pensez-vous?

Monique Lortie, éditorialiste à La Lettre du Montmartre

(lortie.monique@gmail.com)

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1 C’est la phrase devenue légendaire d’un de nos maîtres de philosophie, un religieux, quand il acceptait, chaque fois, l’apéro qu’on lui offrait!