Éditorial du dimanche 22 mars 2026
Édouard Shatov, éditorialiste
«Apprivoise-moi», demande le renard au Petit Prince dans le conte de Saint-Exupéry. «Si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde».
Cette réflexion surprenante, il me semble, est plus qu’appropriée en ce temps de Carême pour décrire notre relation avec Dieu, et surtout celle de Dieu avec nous. Le temps du Carême, le temps du désert, c’est un temps de rencontre et d’apprivoisement mutuel entre Dieu et l’être humain. Cela prend du temps; mais surtout cela nous fait découvrir que nous sommes invités à parcourir ensemble, avec l’autre, un chemin de découverte, de compréhension et d’émerveillement. Cela nous dit aussi que si nous essayons de couper court ce chemin, ce temps partagé avec patience et persévérance, nous courons le risque de ne pas le comprendre, et nous savons bien que ce qu’on peut avoir de peur de ce qu’on ne comprend pas. Il ne s’agit pas de tout ignorer ou de tout savoir, mais d’avoir cette «justesse de la juste mesure» pour que le prochain nous devienne accessible et compréhensible, avec qui nous partageons les moments essentiels de notre vie et qui pourtant demeurera toujours pour nous «un mystère» à découvrir un peu plus tous les jours.
Le temps du Carême – le temps d’apprivoisement – est un temps de lecture, de prière, de méditation et de charité dans nos vies quotidiennes. Pour approfondir tous ces aspects, j’attire l’attention sur deux ouvrages de Gianfranco Ravasi, le cardinal qui préside le Conseil pontifical de la culture, qui viennent d’être publiés aux Éditions Novalis.
Le premier a pour thème la fragilité de la condition humaine et s’intitule «Les sept maladies de l’existence. Une lecture du Livre de Qohélet». Partant de cette méditation sur la fragilité du monde, incluant la fragilité et la vulnérabilité de la vie humaine, ce petit volume nous fait comprendre l’incarnation de Dieu en Jésus Christ, Son entrée dans l’Histoire et la condition humaine avec ses limites, jusqu’à la souffrance et à la mort.
En même temps, il nous faut rappeler que cet engagement a pour moteur et pour motivation une réalité simple et complexe à la fois: l’amour! Et c’est en son deuxième volume que le cardinal Ravasi médite sur le mystère de l’amour de Dieu, de l’amour humain, ou tout simplement: le mystère de l’amour. Ce deuxième volume s’intitule: «Le langage de l’amour. Une lecture du Cantique des Cantiques.» Il nous rappelle que: «l’amour est véritablement une étincelle divine déposée en homme; il participe de l’éternité et de l’infini de Dieu, et dans sa capacité à se donner, il devient la représentation la plus transparente de l’Au-delà et de l’Autre. Oui pour reprendre les mots de Blaise Pascal: «Si l’amour existe, alors Dieu existe.»
La fragilité et l’amour me font penser aux multiples tableaux diptyques célèbres. Les deux ouvrages de Gianfranco Ravasi représentent deux volets de la réflexion d’affinement du désir lors du temps du Carême. Et ce sont ces deux côtés – la fragilité et l’amour – que nous devons apprivoiser, et qui finalement nous rendent «uniques» au monde, «uniques» pour le monde. Ils nous rendent «uniques» non pas pour nous isoler et nous plonger dans des abîmes de solitude insupportable, mais pour nous ouvrir les horizons de complémentarité dans la communion pour grandir et vivre dès maintenant ensemble dans l’éternité bienheureuse.
Qu’avons-nous à apprivoiser cette semaine en nous et autour de nous?
Bonne semaine à toutes et à tous!

Une Présence Étonnante