Éditorial du dimanche 1er février 2026
Édouard Shatov, éditorialiste
«Car mes yeux ont vu le salut!» Dans la Prière de la Liturgie des Heures ce verset est chanté lors de la dernière prière de la journée et il résonne d’une manière particulière dans l’Évangile de Luc que nous entendons tous les 02 février, à la fête de la Présentation de Jésus au temple. Depuis 1997, cette fête liturgique s’accompagne de la célébration de la journée mondiale de la Vie consacrée. Cette journée fut instituée par saint Jean-Paul II, le 06 janvier 1997, comme fruit du Synode des Évêques sur la Vie consacrée, et de la publication de l’exportation apostolique ‘’Vita consecrata », l’année précédente.
Comment peut-on voir le salut? Comment peut-on voir Dieu, si c’est possible? Comment peut-on voir l’invisible, si l’invisible toutefois peut se voir? C’est possible et c’est précisément ce que nous confirme en ces paroles le vieillard Syméon en accueillant l’Enfant Jésus. Tout d’abord, il nous dit qu’il faut recevoir une annonce. Cette annonce fut donnée à Syméon, de la part de l’Esprit Saint, comme d’ailleurs pour chacun et chacune d’entre nous. Mais, vous pourriez me demander, et vous auriez raison: «Où et quand est-ce que L’Esprit Saint m’a fait une annonce personnelle?»
C’est là que le témoignage de la Vie consacrée peut nous aider à comprendre mieux cette réalité de l’action de l’Esprit Saint qui se manifeste à tous les baptisés sans aucune exclusion. Cette annonce est cachée dans l’extraordinaire force de stabilité, de l’enracinement de la vie consacrée dans une réalité donnée. La stabilité – l’enracinement dans un lieu et dans un temps – ce n’est pas une vie statique et figée, c’est, au contraire, une vie qui se donne pour accompagner les uns et les autres dans la quête incessante du vivre ensemble honnêtement, simplement et joyeusement dans la présence de Dieu.
La Vie consacrée communautaire nous apprend à faire face les uns aux autres dans toutes nos complexités, là où nous sommes, ici et maintenant. Nous devons affronter notre être réel, et non pas notre être imaginaire. Pour cela, l’aide de nos frères et de nos sœurs nous est indispensable. Nous sommes appelés chaque jour à approfondir notre perception de la vie humaine. L’enracinement dans la réalité nous fait saisir que les autres ne disparaîtront pas. Ils ne vont pas partir! Donc, pas de fuite, il s’agit d’apprendre à vivre ensemble.
Pour cela il faudrait discerner très attentivement l’appel que Dieu adresse à chacun et chacune d’entre nous. Comme écrivait John Henry Newman: «Tout être vivant, noble ou de condition modeste, instruit ou ignorant, jeune ou vieux, homme ou femme, a une mission, une œuvre. Ce n’est pas pour rien que nous avons été envoyés en ce monde; nous ne sommes pas nés au hasard.»
Une conséquence d’une telle méditation en suit. On ne peut pas, on ne doit pas «fuir» dans une «autre maison» où on nous «comprendra mieux». Dans le dialogue on apprend à vivre ensemble, là où nous sommes, en toute fraternité, avec nos complexités. La vie consacrée nous dit que chaque maison religieuse, chaque communauté chrétienne est une épiphanie, une manifestation de la condition humaine réconciliée et transfigurée en Jésus-Christ.
Peut-on oser voir, et vivre cela? «Car mes yeux ont vu le salut!»
Bonne semaine à toutes et à tous!
