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Le Carême ou l’art discret de l’essentiel

Billet éditorial, dim. 15.02.2026
Monique Lortie MA phi
(lortie.monique@gmail.com)

© WRCF, Écoute François!

Nous connaissons le mot. Il traverse nos calendriers comme un vieux compagnon un peu austère: le Carême.

Soyons honnêtes: le Carême évoque des souvenirs. Souvenirs d’enfance, des privations vaguement sucrées, des promesses que l’on tenait à moitié et des résolutions que l’on oubliait tout à fait.

Pourtant, derrière cette silhouette un peu sévère, se cache une aventure étonnamment joyeuse: le Carême n’est pas d’abord une soustraction. Il est un Recentrement.

Un recentrement de notre vie sur l’Essentiel.

Mais l’essentiel, en fait, qu’est-ce que c’est? Qu’est-ce qui est «essentiel»?

Et si c’était mettre l’Autre au centre? Mettre l’autre au centre, c’est, par exemple, accepter d’avoir un peu moins. Un peu moins. Un peu moins de temps, Un peu moins d’argent. Un peu moins raison. Un peu moins d’attention sur soi pour que l’autre en ait plus. C’est, pourrait-on dire, une politesse du cœur poussée à l’extrême.

L’essentiel, c’est aussi faire le sacrifice du confort de l’ego: se taire pour laisser de la place à l’autre dans une conversation, ne pas chercher à avoir le dernier mot ou à raconter sa propre histoire qui est «mieux» que celle de l’autre.

Toutefois, le plus dur de l’Essentiel, c’est le pardon concret au fond intime de soi-même. Un acte du cœur en même temps que de la raison. Accepter de pardonner à quelque proche avec qui vous avez un froid, une rancune, une colère… jugée légitime. C’est là sans doute le volet le plus ardu du Carême. Celui qui nous challenge le plus.

Au fond, c’est, peut-être aussi et à notre échelle, une certaine «mort à soi», ce soi que nous chérissons, que nous ne mettons pas en doute parce qu’il semble être la partie la plus «moi» de moi.

Il y a aussi l’aumône en Carême…

Pour le Carême, il est aussi question de l’aumône – cette proposition que l’on n’aime pas particulièrement. Or, l’aumône, c’est le plus facile des actes de l’Essentiel: je fais un chèque et mon âme est sauvée!

Il y a pourtant mieux. Et plus concret. Mais cela demande de l’attention. Un exemple: au lieu d’acheter ce vêtement ou ce gadget, ou cette friandise dont vous avez envie, aujourd’hui même mettre cette somme «précise» dans une petite boîte et la donner, à la fin du Carême, à une personne, à votre église.

C’est ainsi, ici aussi, l’«autre» qui profitera de votre plaisir non satisfait.

Le Carême, donc, comme une sorte de renoncement à soi.

On a longtemps cru qu’il s’agissait de se priver de chocolat. Il s’agit plutôt de se déprendre de soi.

Non pas pour se punir, mais pour s’alléger. Comme une sorte de sobriété heureuse. Quarante jours… C’est assez long pour changer un rythme, assez court pour rester humain. Le Carême n’est pas une performance spirituelle; il est une pédagogie du cœur.

La bonne nouvelle, c’est que le Carême n’impose pas, il suggère: enlever, simplifier, offrir. Car au bout de ce chemin discret, il n’y a pas le manque – il y a la joie.

Une joie qui ne fait pas de bruit. Mais qui dure. Mais qui laisse entrevoir le sens. L’essentiel.