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LAISSER CHANTER LES COQS, pour l’amour de Dieu !

12 octobre 2019 / Articles, Éditorial-Infolettre

Quand le discernement manque, tout manque, dit le proverbe. Un bel, un très bel exemple de cela en est fourni tout récemment par le FigaroVox, un organe du bien connu et légendaire Figaro français.

Une tendance se profile en France, et dans une moindre mesure chez nous aussi : des retraités, jeunes encore, et des moins jeunes aussi, des déçus des promesses des universités et des banques quittent enfin la ville et la pression de la vie en emploi pour aller se refaire une vie à la campagne. La campagne, là où tout n’est qu’ordre, et beauté, luxe, calme et volupté, disait déjà Beaudelaire en son temps. Là où le monde s’endort dans la chaude lumière des soleils couchants, etc., etc… Le rêve quoi !

Mais voilà que ces malheureux urbains ont un choc : la campagne, c’est bruyant, c’est même très bruyant ! Croassement des grenouilles, chant des coqs et des cigales, cloches des églises, cloches, en France, des vaches, des vaches d’ailleurs qui meuglent, des chiens qui aboient ; bref, notre citadin se retrouve floué.

L’affaire va très loin comme le montre celle de Coco et Maurice, deux coqs accusés par les nouveaux voisins de chanter « trop tôt, trop fort, trop souvent ». Le maire de la commune a même vu ce conflit dégénérer au point de se retrouver en cour, devant le tribunal correctionnel de Rochefort (Charente-Maritime) pour « tapage et mise en danger de la santé d’autrui » !

Toutefois, là n’est pas encore le plus aberrant de l’histoire ! Puisque des plaintes comme celle-là tendent à se multiplier en France depuis une quinzaine d’années, la réaction des maires se structure et les amène à créer « un grand débat national » : d’abord, dit une lettre ouverte adressée aux parlementaires, pour bien prendre conscience que les croassements des grenouilles, le chant des cigales, le pépiement des oiseaux, le braiement de l’âne, le meuglement des vaches sont en droit des choses appartenant au patrimoine national de la France. Un député UDI du département de Lozère « travaille actuellement sur un projet de loi en ce sens », dit le journal FigaroVox : ces bruits de la campagne font partie intrinsèque de notre vie, de notre patrimoine, affirme sans rire la lettre que le député fera parvenir à qui de droit. Et ce député de souhaiter du même souffle la création de commissions parlementaires « afin d’élaborer un inventaire qui rendrait compte de toute la réalité des traditions sonores, olfactives (le fumier), et plus globalement sensitives du milieu rural ou préurbain. » Et tout cela au motif qu’accepter « que nos traditions disparaissent, c’est effacer l’histoire. » Ainsi, cet inventaire pourrait être vu, ajoute le député, comme une première étape avant l’enregistrement de ces précieuses traditions campagnardes au patrimoine immatériel de l’Unesco !

C’est pas beau ça ?

La culture française, soit, Madame Bombardier, mais si c’est pour en arriver là, ça vaut peut-être pas le dérangement, non ?

MONIQUE LORTIE
lortie.monique@gmail.com



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