Je ne sais pas pour vous, mais moi, cette année, l’Épiphanie me touche d’une façon un peu différente.
Il y a, bien sûr, la beauté du récit, les Mages, l’étoile, l’enfant reconnu… Mais il y a aussi ce mot – manifestation – comme une sorte de traduction de ce mot imposant, Épiphanie, et qui me revient cette année avec une insistance particulière. Alors, donc, je vous entraîne avec moi: qu’est-ce que cela veut dire, vraiment, «se manifester»? Et surtout: à qui quelque chose se manifeste-t-il, et où cela se passe-t-il?
Je n’ai pas de réponse toute faite. Seulement une sorte d’intuition – peut-être partagée: que certaines manifestations ne font pas de bruit, ne passent ni par les yeux ni par les oreilles… mais qui laissent en nous une trace, une clarté, comme si quelque chose s’était révélé plus en profondeur.
C’est de cela dont j’aimerais parler, aujourd’hui, presque en chuchotant comme on parle d’une chose fragile, mais précieuse. Une sorte de lumière qui éclaire de l’intérieur.
Chaque année, l’Épiphanie revient comme une fête lumineuse: l’enfant Jésus «se manifeste» aux Rois Mages, ces savants venus d’Orient, guidés par une étoile. C’est un récit riche de symboles, que les traditions religieuses ont honoré avec justesse: Dieu se montre. Dieu se donne à voir.
Mais se pourrait-il qu’il y ait d’autres manières d’être touchés par cette manifestation? Des manières moins visibles, moins audibles, mais peut-être plus… intimes?
Nous vivons dans un monde qui fait grand cas de ce qui se voit, s’entend, s’explique. Et même dans nos traditions religieuses, nous avons parfois pris l’habitude de chercher Dieu là où les yeux peuvent le suivre où les oreilles, l’entendre: une parole, un signe, un événement, un miracle…
Mais l’âme humaine, elle, n’est-elle pas plus vaste que nos cinq sens? Et si l’homme est homme, n’est-ce pas aussi, et surtout, parce qu’il peut percevoir l’invisible, ressentir ce qui ne fait pas de bruit, accueillir ce qui ne frappe à aucune porte, mais qui touche en profondeur?
La vraie manifestation – celle que nul œil ne peut capter – pourrait bien être celle qui a lieu dans le secret d’un cœur. Celle qui ne convainc pas par l’éclat, mais par une lumière doucement intérieure. Une évidence sans démonstration, mais une véritable évidence.
Il n’est pas interdit de penser que les Mages eux-mêmes, au-delà de l’étoile ou de l’enfant, aient été frappés par un appel intérieur, un pressentiment sacré, une résonance vivante…
Et si l’Épiphanie signifiait ce moment fragile où quelque chose nous touche sans se montrer? Si célébrer l’Épiphanie signifiait une invitation à écouter, non pas seulement les récits, mais le lieu en nous où naît le sens?
C’est peut-être véritablement là que Dieu continue de se manifester – discrètement, patiemment – à qui sait simplement… l’accueillir.

Paroles pour un temps de crise