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CENT MILLIONS

Billet éditorial du dimanche 21.05.2023
Monique Lortie M.A. phi.

« Mille millions de mille sabords » disait le capitaine Haddock pour marquer son étonnement, son impatience ou sa colère, selon le bon vouloir de son concepteur Hergé. Le capitaine Haddock était, bien sûr, un personnage de fiction mais combien nous y croyions ! combien nous aimions y croire, combien il était « réel » pour nous, heureux lecteurs des Tintins, cette bande dessinée belge.

Or il appert que notre savoureux capitaine Haddock à nous aujourd’hui est canadien, il habite à Ottawa. Celui-là, est plus modeste ; c’est cent millions son nombre fétiche. Modestement, c’est cent millions, non pas de sabords mais de personnes en chair et en os qui représentent pour lui son rêve d’un Canada idéal1. Ou d’un Canada dilué, on ne sait trop…

Comme chacun de nous sommes un peu philosophes, une question surgit : « Pourquoi ? » Ou, dit autrement : « En vue de quoi ? »

La raison invoquée est celle-ci : « Nous manquons de travailleurs. Faisons venir – appâtons – des millions de pauvres gens dans les coins les plus reculés de la planète, mettons-les dans les usines, dans les petits commerces, les restaurants, les hôpitaux, les fermes et ils serviront à créer de l’abondance. » De l’abondance pour nous, ou peut-être, comme l’Histoire l’a déjà montré, pour quelques-uns d’entre nous.

Rappelons-la, cette Histoire de l’Amérique avec son besoin gourmand de mains-d’œuvre pour la culture intense de la canne à sucre, et du coton au sud, et pour l’industrie du bois au nord.

Ici, un mot vient à l’esprit du lecteur, n’est-ce pas ? Quand je dis poliment « main-d’œuvre », on comprend que je désigne l’autre mot, plus brutal, plus cruel : « esclave ».

J’exagère ? Soyons concrets : dans 10 ans à peine, ces postes pour lesquels nous « manquons de main-d’œuvre » seront comblés par des robots intelligents. Eh oui, même pour les consultations médicales, même pour la cueillette des petits fruits et l’enlèvement des ordures, les préposés tous azimuts ; c’est déjà commencé. Imaginons en éducation ! Facile, facile, les écoles ont déjà la culture du numérique. Encore bien modestement mais laissons la « science » évoluer.

Cela s’appelle l’IA.

On sait déjà, on sait, que l’IA, sous toutes ses formes remplacera des millions, voire des milliards de ces esclaves en Occident. Remplacera aussi les comptables, les notaires, les traders, les banquiers ; a fortiori ceux qui sont les ouvriers d’usine, les serveurs des restaurants, les profs de gym et ou de langues, les journalistes, les écrivains, les analystes, les peintres, les cinéastes, etc., etc., etc…

Dès lors, que deviendront ces immigrés ? Ceux à qui on aura menti sur l’avenir ? Ces ouvriers (on manque de travailleurs, rappelez-vous) qui ne trouveront plus de travail, remplacés qu’ils seront par les différents super-robots de l’IA ? Comment vont-ils pouvoir manger ?

Le pauvre bougre resté au fond de son Amazonie natale sera mieux nanti que les déplacés de notre ambitieux Premier Ministre : lui, le brave Amazonien, au moins, il sait encore et toujours faire son feu, il sait faire son pain…

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1 38,25 millions en 2021.