Éditorial du dimanche 28 juin 2026
L’été s’est présenté à nos portes avec ses promesses de fleurs, de fruits, de chaleur, de plus longues journées «enlumièrées». Ce sera aussi le temps pour plusieurs d’entre nous de casser un peu la routine pour accueillir famille ou ami (e) s de passage.
Ce temps d’accueil est un moment d’ouverture du cœur, d’ouverture à l’inattendu et à la différence aussi. C’est accepter d’être un peu bousculé par et pour l’autre.
Ces derniers jours j’ai été saisie par de multiples facettes d’accueil lors d’une marche sur le «Chemin des Sanctuaires» (18 jours, 365 km). Nous étions quatre à partir chaque jour.
Dans les gites communautaires, des gens dévoués s’assuraient de nous ouvrir les lieux et d’y installer le nécessaire pour favoriser notre repos. Dans une RPA, une dame chaleureuse nous invitait à établir contact avec les résidents de la place qui pourraient avoir le goût d’échanger. En face d’une fromagerie, une dame ménage un espace de repos pour les marcheurs et s’il pleut, la grange nous est ouverte (comme elle l’est pour les hirondelles qui y nichent) avec humilité et solidarité.
Comment ne pas être touché par ce couple, Louise et Émile, qui guette les pèlerins déambulant sur une longue route sans ombre, pour les inviter à venir s’assoir un peu, prendre un verre d’eau fraîche et même utiliser la toilette au besoin (et ne sous-estimez pas cette offre tellement réconfortante).
On retrouve le confort d’un bon lit dans des maisons d’hôte mais ce qui est le plus marquant est la disponibilité, le dévouement de ces gens qui plus que l’espace de leur domicile, nous ouvre une partie de leur parcours de vie pour mieux nous accompagner sur notre propre chemin.
Et que dire de Marcel, octogénaire pétillant qui devant les dégustatrices de crème glacée que nous étions, nous annonce avoir les clefs de l’église et nous offre une visite guidée mémorable, tout à fait en dehors de l’horaire habituel, puisant à la source de sa fierté et de son attachement pour sa communauté.
Sous un ciel aux nimbus menaçants, une dame s’informe de notre route et nous invite spontanément à venir s’abriter chez elle (et même à y passer la nuit au besoin) si nous craignons l’orage qui s’annonce. Ce ne sera pas nécessaire mais l’offre parle de mouvement spontané pour nous tendre la main et nous a profondément touchées.
Le chemin invite aussi à ouvrir la porte de notre temple intérieur lorsque celles des églises sont closes: une façon de s’accueillir soi-même et d’attiser cette lumière qui nous conduit.
En lisant l’évangile de ce dimanche (Mathieu, 10, 37-42) où il est question d’accueil, j’arrive facilement à l’incarner dans les visages rencontrés au fil de la route et considère que cette lecture demeure tout à fait contemporaine.
À cet égard une femme ne manque pas de ramener à notre conscience le devoir du pèlerin: celui d’amener avec lui dans ses pensées et prières tous les gens qui ont marqués son passage. C’est une façon de répondre à ce qu’on a reçu et de donner de la densité à cet exercice spirituel.
Au moment où j’écris ces lignes, je suis également portée par ma visite d’hier matin au père Marcel aux soins palliatifs. Il m’a semblé que son message s’adressait à chacun d’entre-nous.
Son accueil était dans son sourire et son ouverture au partage; il avait fait le choix de croire depuis plusieurs décennies en Dieu Amour et Miséricorde et renouvelait ce choix en s’abandonnant en toute confiance à Sa Grâce et Volonté. Cet accueil ultime éclaire son visage d’une sérénité sans fard, d’une sérénité-phare.
Je joins ma voix à celle des fidèles du Montmartre pour le remercier profondément pour tout ce qu’il a su nous transmettre avec bienveillance et pour lui souhaiter une route paisible, pavée de l’amour qu’il a semé.
Que cet été soit opportunité de manifester à notre tour notre sens de l’accueil face à autrui et laisser place à la Parole qui transforme nos chemins et les rend plein de Vie, jusqu’au bout.
Ann Montreuil, éditorialiste

«Être comme Dieu»