Il y a, dans l’attente, une petite chambre secrète où l’âme peut respirer.
Nous croyons souvent que l’attente est un temps perdu. Une parenthèse inutile entre deux choses importantes. On attend à la banque, dans une clinique, à la caisse d’un magasin, dans un corridor trop blanc, sous une lumière trop forte. Autour de nous, les regards se posent sur les écrans, sur les pieds, sur les murs, ou sur les autres regards qui ne savent plus très bien où se poser.
Et pourtant, quelque chose demeure là, possible…
Il suffit de se laisser aller le long du temps qui passe. Ne rien forcer. Ne pas désirer d’être ailleurs. Ne pas se dire que l’on sera plus heureux plus tard, tout à l’heure, après le rendez-vous, après l’appel, après ce qui nous retient encore.
Peut-être que la paix de l’âme commence précisément là: dans cette minute qu’on n’avait pas choisie, mais qui nous est donnée.
Aujourd’hui, tout le monde semble happé par «l’emploi du temps».
Comme si le temps était une chose à dresser, à remplir, à surveiller. Mais le temps n’est pas seulement ce qui nous presse. Il est aussi ce qui nous porte. Il coule, il nous traverse. Le temps dépose en nous des images, des souvenirs, des songes, parfois même une petite lumière…
La rêverie accompagne l’attente comme une amie discrète. Elle ne demande rien. Elle n’exige ni méthode, ni performance, ni résultat. Elle ouvre simplement une fenêtre intérieure.
Alors, les choses ordinaires deviennent vivantes: une main posée sur un sac, une chaise un peu fatiguée, le bruit d’une porte, une silhouette penchée, un rayon de lumière sur le plancher…
On dit qu’attendre rend disponible aux contours des choses. Elle a bien raison, celle qui a dit cela. Car les contours des choses sont peut-être aussi les contours de notre propre présence au monde.
Savoir être attentif à la vie réelle, à la vie telle qu’elle se présente, ne serait-ce pas le commencement d’une vie plus calme? Non pas une vie sans inquiétude, mais une vie moins dispersée. Une vie qui consent à habiter ce qui est là.
On peut en rêver: cette vie est une douceur accordée à l’âme. Une façon de ne pas laisser le monde, le monde agité, le monde pressé, le monde de la tristesse et de l’angoisse nous voler entièrement à nous-mêmes…
Et vous, qu’en pensez-vous?
Monique Lortie MA phi – éditorialiste pour L’info-lettre du Montmartre.
(lortie.monique@gmail.com)

Une présence surprenante !