Le 17 mai 2026 Ascension du Seigneur, Année A — Mt 28, 16-20
Pendant longtemps, nous avons imaginé l’Ascension à travers l’image d’un mouvement vers le haut. Nous avons souvent représenté l’Ascension comme un départ visible de Jésus vers Dieu, une image symbolique qui a marqué l’imaginaire chrétien. Pourtant, si nous écoutons profondément l’Évangile, l’Ascension n’est peut-être pas d’abord une histoire de distance ou d’éloignement. Elle est une révolution du regard.
Car Jésus ne demande jamais à ses disciples de fuir la vie réelle. Il ne les invite pas à se détourner du quotidien pour chercher un ciel lointain et inaccessible. Au contraire, juste avant l’Ascension, il les renvoie au cœur du monde, dans les villes, les maisons, les relations humaines, là où les personnes aiment, souffrent, travaillent, doutent et espèrent.
Désormais, les disciples sont appelés à reconnaître le Christ autrement: dans la communauté humaine, le partage et le service. Ils ne pourront plus suivre Jésus seulement avec leurs yeux. Ils devront apprendre à discerner sa présence dans la vie concrète, dans l’épaisseur des jours ordinaires, dans la rencontre de l’autre.
Voilà peut-être le message que nous entendons trop peu: le Christ ne disparaît pas, il change de lieu de présence. Il devient trouvable dans l’humain.
Il est présent lorsqu’une personne choisit encore le dialogue dans une société divisée. Il est présent lorsqu’une communauté refuse l’indifférence. Il est présent lorsqu’on prend le temps de s’asseoir avec quelqu’un qui vit la solitude. Il est présent dans les cuisines, les corridors, les salles communautaires, les appels inattendus, les repas partagés, les gestes silencieux qui redonnent dignité.
L’Ascension n’est donc pas une spiritualité qui nous éloigne de la terre. C’est une spiritualité qui nous rend enfin capables d’habiter pleinement la terre.
À Québec comme ailleurs, plusieurs cherchent aujourd’hui une spiritualité réelle, incarnée, respirable. Une spiritualité qui ne flotte pas au-dessus des blessures humaines, mais qui traverse la vraie vie. Une foi capable de rejoindre les fatigues relationnelles, les inquiétudes économiques, les fragilités psychologiques, les fractures sociales et la soif de sens.
Au centre culture et foi du Montmartre, nous croyons justement que la rencontre transforme. Nous croyons qu’une communauté n’est pas seulement un regroupement de personnes, mais un lieu où l’on apprend à devenir humain ensemble. Cela aussi est une expérience de l’Ascension: élever la vie humaine, relever les personnes, redonner l’élan à ceux qui n’en ont plus.
Le ciel, dans l’Évangile, n’est pas un endroit loin de nous. Le ciel commence chaque fois qu’une relation devient plus vraie, plus libre, plus fraternelle.
Les anges demandent aux disciples: «Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel?» Cette parole résonne encore aujourd’hui. Pourquoi chercher Dieu seulement loin de la vie, alors qu’il nous attend au cœur même de ce que nous vivons?
L’Ascension est peut-être cela: apprendre que la présence du Christ ne s’évapore pas dans le ciel, mais se révèle dans nos manières d’aimer, de servir, d’écouter et de faire communauté.
Jean Bosco Kanyama, assomptionniste

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