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Au nom de Dieu

Éditorial du dimanche 26 avril 2026

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai été profondément indignée le 19 mars dernier par le secrétaire de la défense américaine, Pete Hegseth, qui invoquait sa foi pour présenter cette guerre contre l’Iran comme celle d’une nation chrétienne cherchant à vaincre ses ennemis par la force militaire: «Que Dieu tout-puissant continue de bénir nos soldats dans ce combat». Il en rajoute une semaine plus tard: «Donne-leur… une violence d’action écrasante contre ceux qui ne méritent aucune pitié».

Ces propos d’une extrême violence mêlés à un mandat explicite pour Dieu sont déroutants. Ils font référence à une vision extrémiste de suprématie chrétienne qui a déjà fait couler assez de sang par le passé.

Courroucée, je réagis à un propos blasphématoire dans la mesure où est utilisée une référence sacrée pour la dénaturer et l’utiliser improprement. Ce «Dieu avec nous» qui enrôle ainsi Dieu au service des visées guerrières d’une nation est contraire à l’image de Dieu révélé en Jésus-Christ.

Loin de moi l’idée de vouloir limiter le droit à l’expression ni de faire l’apologie de la censure mais il y a des lignes rouges à ne pas franchir surtout si on se drape de sa foi pour ensuite en piétiner l’esprit fondamental.

Le prophète Esaïe (1, 15) avise: «Vous avez beau multipliez les prières, je n’écoute pas car vos mains sont pleines de sang». Le pape explicite: «…voici notre Dieu: Jésus, Roi de la paix, un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre et rejette celle-ci».

Avec beaucoup de dignité et de clarté, le Pape Léon XIV, prenant la parole pour la messe du jeudi saint, recadre en notant que la mission chrétienne a été dénaturée par des logiques de domination tout à fait étrangères à la voie de Jésus-Christ.

«Que la paix soit avec vous» avait constitué la première salutation du Christ Ressuscité et avait été reprise par Léon XIV le soir du 8 mai 2025 alors qu’il venait d’être élu.

Aux professionnels de la communication il recommandait quelques jours plus tard: «désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la terre».

Bien conscient du rôle diplomatique qui est attaché au Vatican, il ose des paroles dérangeantes pour certaines administrations sur les thèmes-phares de Paix- Justice et Vérité. Il incombe à l’Église de ne pas se soustraire à ce devoir. Nous avons besoin d’entendre résonner cette éthique, rempart contre tellement de dérives.

Lorsqu’il souligne qu’un délire de toute-puissance alimente la guerre menée par les États-Unis et Israël, lorsqu’il s’insurge en disant «Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent! Assez des démonstrations de force! Assez de la guerre! La véritable force se manifeste en servant la vie» il scande le message faisant battre le cœur de millions de personnes de toutes frontières, de toutes allégeances politiques ou spirituelles.

Il y a trop de sacrifices humains sur l’autel d’un ordre mondial désaxé, les mirages de prospérités conduisant à une spirale autodestructrice ne peuvent être mêlés au dessein de Dieu.

Lorsque le président Trump (dont la grandiloquence débridée a atteint son paroxysme avec la publication d’image composée par IA ), harangue le Pape en lui reprochant sa faiblesse en ce qui concerne le crime et son incompétence en politique étrangère, il donne un coup d’épée dans l’eau. Ceci devient une bonne occasion de recadrer les appels du Vatican à la paix et à la réconciliation en les situant au centre du message de l’évangile non pas comme une intervention politique ponctuelle mais comme un appel à la Vie dans ce qu’elle a de plus noble.

L’évangile de cette semaine (Jean, 10, 1-10) parle de cette voix du bon berger que les brebis savent reconnaître et qui est venu pour qu’elles aient la vie en abondance. Cette parole s’inscrit bien dans le discernement que nous avons à exercer dans notre quotidien où bien des voix s’élèvent.

Cette réflexion m’amène finalement à réfléchir à mes propres demandes à Dieu.

Albert Schweitzer apporte un éclairage sur ce propos: «Si tu veux vraiment savoir ce que veut dire le Seigneur exauce les prières, prie pour des choses spirituelles. Dans ce domaine il n’y a rien d’obscur. Tout est lumière».

Ann Montreuil, éditorialiste