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Que notre joie demeure

Éditorial du dimanche 29 mars 2026
Ann Montreuil, éditorialiste 

Ces mots sont imprimés en page couverture de l’œuvre de Kev Lambert, saluée par le prix Médicis de littérature en 2023 et dont on annonce l’adaptation théâtrale.

Le livre est là sur le coin d’une petite table; je me propose de le lire après cet édito.

Drôle de choix? C’est que pour l’instant je m’accorde le temps d’être interpellée par ce titre.

Oui, je veux le faire mien ce souhait. N’est-il pas formidable?

Mais à quelle joie fait-on allusion?

Le petit Robert distingue bien la joie du bonheur, du plaisir ou de la gaieté. La joie est plus profonde, si profonde selon Descartes que rien ne saurait l’altérer. C’est un état de béatitudes.

Les Béatitudes nous enseignent un chemin pour atteindre cet état d’esprit.

Il y a quelque chose dans la joie qui est comme filtré, purifié et qui contribue à une pacification du cœur, ayant des assises de confiance et d’abandon dans l’instant.

Avoir l’oreille tendue vers la poulie du puits qui grince alors que remonte à la surface l’eau fraîche au cœur du désert et y sentir la présence de cet homme qui à l’heure du midi assure qu’il nous donnera cette eau vive, celle qui étanche toutes les soifs,

Voir l’enfant qui éclabousse de ses rires dans ses courses éperdues avec son cerf-volant,

Se sentir interpellé par une conversation avec l’Ultime devant un lever de soleil ou un arc-en-ciel,

Se lover dans un silence partagé et habité,

Voir la flamme dans les yeux de l’autre et s’y réchauffer…

Et si la joie illumine et éclaire, elle n’est pas exubérante ou clinquante. On la porte en un écrin précieux et elle ne peut pas nous être dérobée.

La joie c’est comme un socle déposé en soi sur des assises de foi et d’espérance, un lieu et refuge dans le tumulte.

Le Pape François nous exhortait à éveiller cette joie de la foi, considérant que la joie ne vient pas des biens que nous possédons mais de la rencontre d’un être: Jésus parmi nous.

En cette période trouble il peut sembler anachronique ou indécent de parler de joie et pourtant… Elle n’est pas et ne doit pas être incompatible car c’est elle qui peut nous soutenir, nous garder debout et vivant. Donc pas d’œillères pour empêcher de voir les souffrances, les inepties, les guerres mais une oasis pour se retrouver afin de rester humain et vivant, capable de se redresser et défendre des valeurs d’amour qui sont nôtres et qu’il nous faut incarner. Notre monde en souffrance a besoin qu’on le regarde, qu’on cherche à le comprendre, qu’on l’aime et qu’on continue à construire des ponts plutôt qu’à faire sauter des bombes. Ainsi la quête d’un bien commun, de justice et de paix sont autant d’appels et de prières à relayer dans l’espérance d’une foi capable de se dresser et d’agir.

François Varillon disait: «N’est-ce parce que nous sommes faits pour la joie… que nous protestons contre le mal et la souffrance».

Dans une de ses homélies le frère Pierre-Marie Delfieux avance que «la joie n’est pas une invention des hommes mais une émanation de Dieu. Plus encore que la rechercher, il faut savoir l’accepter car elle se reçoit bien davantage qu’elle ne se cultive. Elle est avant toute chose une grâce venue du ciel et que l’Esprit lui-même dépose en nous comme un fruit, tout de suite après celui de l’amour».

Sœur Catherine Aubin écrit: «La joie, c’est le ciel en nous… nous sommes faits pour la joie et lorsque je suis au cœur de ma joie, je suis là où je suis ce que je suis vraiment».

En ce dimanche, une invitation est lancée de nous joindre à la foule en liesse qui accueille Jésus qui fait son entrée à Jérusalem sous les rameaux de l’espérance. Faisons nôtre ces Hosannas et qu’ils résonnent encore et encore dans notre quotidien à travers lequel nous invitons Jésus à nous ouvrir à sa Présence.

Et, que notre joie demeure!