Comme plusieurs d’entre vous, je suis secouée par une vague d’indignation et de honte face aux récentes mesures gouvernementales pour contrôler l’immigration.
Je n’aborderai pas toutes les raisons (et elles sont foisonnantes) pour lesquelles l’ouverture de portes à de futurs citoyens venus de loin est porteuse de richesse si elle est bien orchestrée, à plus forte raison dans un contexte de vieillissement de la population.
En février 2010, le programme de l’expérience québécoise (PEQ) a été mis sur pied afin d’accélérer l’immigration des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires qualifiés au Québec. Il a subi d’importantes réformes en 2020 avec des exigences accrues pour l’expérience de travail et la maîtrise du français. On a fait des représentations à l’étranger pour faire du recrutement et des gens se sont mobilisés pour faire du Québec non pas une destination voyage, mais l’écrin d’un nouveau projet de vie.
Le 19 novembre 2025, le ministre Jean-François Roberge l’abolit pour y substituer le programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Mais voilà où le bât blesse: plusieurs de ceux qui se qualifiaient au PEQ ne pourront l’être au PSTQ et devront plier bagage.
Il est impératif de pleinement réaliser que ces hommes, femmes, enfants ont quitté pays, famille, amis pour se lancer dans l’aventure en rêvant d’une vie nouvelle, au prix de sacrifices et d’efforts d’intégration et d’apprentissage de la langue. Ils ont planté des racines en notre sol, tissé des liens avec leur communauté d’adoption ou leur milieu de travail.
Le gouvernement avertit qu’il ne respectera pas l’engagement initial qui devait les mener vers une résidence permanente, changeant à brûle-pourpoint les règles du jeu, trompant à la fois ces gens, plusieurs employeurs qui avaient misés sur eux dans leur plan d’affaire et de développement, plusieurs établissements d’enseignement supérieur qui auront aussi à en subir les contre-coups.
J’ai honte pour mon pays!
Se peut-il qu’à travers des grilles comptables on ait fait disparaître l’attribut d’humanité pour simplement aligner des chiffres de performance ou déplacé des pions selon des considérations purement administratives ou électoralistes?
Ceci est pure indécence.
Qu’on révise nos cibles d’immigration afin de pouvoir mieux planifier l’accueil et l’intégration est une chose.
Qu’on déchire une entente avec tout l’investissement humain que cela implique en est une autre.
Cela m’a amenée à réfléchir sur la question de l’engagement, de la parole donnée.
Napoléon Bonaparte, avec cynisme, déclarait que «la meilleure façon de tenir parole est de ne pas la donner». Mais voilà tout le dilemme lorsque le pas est fait et qu’une entente est conclue.
William Shakespeare alléguait qu’«il ne faut se fier à celui qui a violé une fois sa parole».
Plus près de nous, Antonine Maillet soulignait qu’«un homme qui a manqué sa parole une fois ne saurait appuyer sa cause sur l’honneur».
Ces jugements peuvent paraître tranchés mais peuvent influencer les votants que nous sommes et la voix que nous souhaitons prendre au concert des nations.
La place morale de l’engagement est cardinale, à la jonction de la responsabilité, de la solidarité et de l’éthique.
Lorsqu’en raison d’un lien de confiance établi des modes de vie sont chambardés, ajustés et en adéquation avec les demandes préalables, tout retour en arrière unilatéral mène à une rupture de l’alliance et expose au discrédit.
Cela respire de nos valeurs prépondérantes.
Mais justement, le gouvernement a la responsabilité de représenter ses concitoyens et présentement plusieurs considèrent que la rupture de l’engagement n’est pas une force de transformation positive.
Arendt souligne que «promettre c’est affirmer une continuité de soi face au temps».
C’est le propre des bâtisseurs et non pas des politiques à la petite semaine de maintenir un lien sensé entre le début et la fin d’une histoire.
Toutes les formes juridiques de la promesse sont ancrées dans le phénomène éthique fondamental de la sollicitude et de la confiance.
Ceci ne veut pas dire que l’on doive rester figé dans une position. Des ajustements sont signes d’adaptation et d’intelligence mais il y a une façon de faire les choses.
Rompre une promesse mine la crédibilité de l’État et n’est pas acte social sans conséquence.
Par le passé, on a déjà fait appel à une clause de droits acquis (clause grand-père) pour permettre des transitions plus harmonieuses et respectueuses.
Plusieurs voix s’élèvent pour le demander dans ce cas-ci et j’y joins ma voix de grand-mère.
Si on veut que notre parole soit entendue avec crédibilité à l’extérieure de nos frontières, le minimum est de la traiter avec déférence et de rester cohérent.
Je prie pour que ces milliers de gens qui ont pris le pari de venir enrichir notre société et j’espère encore que les portes opaques de la gestion ne se refermeront pas sur eux et sur leurs rêves.
Car être juste, c’est comprendre et comprendre autrui c’est aimer. (Leon Brunschvicg)
Et n’est-ce pas justement l’invitation ultime à laquelle nous sommes conviés.

CHOISIR DE COMPTER SUR DIEU TOUJOURS