Le 8 mars 2026 3e dimanche du Carême, année A – Jn 4, 5-42
Quand l’été arrive et que le soleil tape très fort, nous avons un besoin très fort, voire vital, d’apaiser notre soif. Cela est vrai aussi pour notre vie spirituelle. Comment trouver l’eau vive qui apaise, soulage et vivifie les profondeurs de notre être?
Défi d’être vivant
Tout d’abord nous devons reconnaître qu’assez souvent notre vie n’est pas facile. Notre condition humaine est une grâce mais c’est aussi un défi. Le passage du livre de l’Exode nous parle aujourd’hui exactement de cela. «Défi» et «Accusation» – voilà les grands contestataires sur le chemin de la vie de l’être humain. N’essayons pas de retrouver ces lieux sur une carte géographique: tout simplement ils n’y apparaissent pas! Mais ils décrivent avec beaucoup plus de chance le paysage intérieur de l’être humain que les réalités extérieures. L’important est de savoir que tout cela se passe dans le contexte de notre vie réelle, laquelle se présente dans le livre de l’Exode comme le milieu du désert. Pour avancer en plein désert, – de toute manière on se trouve déjà pris là-dedans, – la seule bonne attitude serait la confiance. Au lieu de cela, la panique nous prend comme elle a conquis le peuple d’Israël au désert. Que fait-on quand on se laisse envahir par la panique? La question sous-jacente est: Est-ce mieux d’être esclave et vivant que libre et mort?
Défi de la solitude et de l’isolement
On peut dire aussi que ce désert de la vie humaine se manifeste dans l’isolement et la solitude qu’on ne choisit pas mais qu’on subit. Dans l’Évangile de Jean la femme de Samarie se présente au puits de Jacob à une heure étrange, à l’heure de midi. L’heure la plus chaude de la journée. Ce détail semble indiquer qu’elle a de bonnes raisons d’éviter de se trouver en ce lieu en même temps que les autres femmes du village. Elle est en marge de la vie sociale et elle semble accepter cette situation. Quand on ne vous accepte pas, il y a un moment où on n’essaye même plus d’être accepté pas les autres. Et pourtant, au-delà de tout, on l’espère encore ! Le statut marital de cette femme nous indique que la Samaritaine a de quoi faire sourciller, qu’elle quête en vain l’homme qui la fera exister vraiment. Cette femme a une soif plus profonde qu’une soif d’eau qui désaltère, elle a une soif d’amour, une soif jamais assouvie.
L’Eau Vive de l’Amour
C’est à cette heure de l’isolement et de la solitude de midi qu’advient l’heure de la pleine lumière et que se lève la lumière du monde sur la Samarie et sur le monde, avec la révélation du Messie. Jésus révèle à la Samaritaine et à nous aussi que lui, Dieu, s’est fait homme, et qu’il a aussi une soif. Saint Augustin dans son commentaire de l’Évangile de Jean nous explique que «Celui qui demandait à boire avait soif de la foi de cette femme». Comme si Jésus voulait nous dire que nous ne sommes pas abandonnés à notre propre sort, ni que Dieu demeure impassible dans sa tour d’ivoire. La solitude humaine en rencontrant le Dieu unique devient communion divine. Dieu a soif de notre foi à nous. Jésus nous demande à boire pour nous rappeler qu’il nous a déjà fait le don de l’eau vive et que nous sommes appelés à partager cette eau vive avec notre prochain. Or comme la femme de Samarie nous sommes trop préoccupés par nos besoins quotidiens, ou comme le peuple au désert trop effrayés par notre vie, pour être conscients de notre soif profonde.
Jésus nous appelle à oser croire que l’amour est possible et que nous ne sommes pas condamnés à nous tenir à l’écart. Avec Jésus, le Dieu d’amour, tout est don et pardon. Quand Jésus parle de source jaillissante, il nous dit que l’eau qui jaillit des cœurs croyants peut désormais en abreuver d’autres.
Édouard Shatov, augustin de l’Assomption

Ne craignez pas