Benoît Tanguay: tel est le nom du boulanger du village, un homme accueillant, souriant, avenant qui, à l’évidence, aime son métier. Comme l’ancien curé du village, il connaît tous les gens du village par leur nom et prénom tellement il s’intéresse à la vie de chacun. Parvenu à la soixantaine avancée, il a annoncé qu’il prenait sa retraite dans deux mois après plus de 40 ans de service.
Il n’a trouvé personne pour reprendre son commerce et il ne restera plus sur place qu’un petit dépanneur et sa station service. Déjà, le bureau de la poste a été remplacé par des boites métalliques et le guichet automatique installé il y a à peine cinq ans sera bientôt fermé. Même l’église au centre du village ne sert plus que pour les funérailles, sauf en hiver. Le village n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut dans les belles années.
Pendant ce temps, on entend les politiciens parler des régions sans jamais avoir mis les pieds dans ces villages de l’arrière-pays. Combien d’autres villages comme le nôtre sont sur le point de disparaître? Les terres agricoles qui étaient la fierté du pays ne trouvent pas preneurs. Même les anciens de la place quittent afin de se rapprocher des services hospitaliers ou des résidences pour personnes âgées, laissant derrière eux une vie pleine de souvenirs. Il ne restera plus bientôt que le cimetière posé là à demeure.
Au moins, lorsque Benoît Tanguay quittera le village, on lui fera la fête parce que son commerce était le point de ralliement dans le village. Pensez-y: voilà quelqu’un qui a aimé son métier tout au long de ses quarante ans derrière le comptoir et qui a servi sa clientèle avec empressement, généreux de sa personne, toujours un mot d’encouragement lorsque nécessaire. Un brave homme comme celui-là ne passe pas inaperçu et son absence, désormais, laissera un vide difficile à combler.
Aimer ce que l’on fait, n’est-ce pas la clé du bonheur? Aimer simplement les gens qui nous entourent, être un rayon de soleil dans leur vie, n’est-ce pas ce qui rend heureux? Fréquenter de telles personnes rend le quotidien plus léger, les semaines et les mois plus agréables. Quelles qu’aient été notre naissance, notre fortune ou notre éducation, il est à la portée de chacun de faire de sa vie un temps de joie et de grâce. N’est-ce pas un clin d’œil de Dieu que de savoir le reconnaître?

« Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.»