Petite méditation théologale à saveur, peut-être, augustinienne ou franciscaine.
MAI
C’est le moment d’acheter nos plants de tomates chez le meilleur vendeur de plants et graines de la région. Ou c’est plus simplement de sortir de la cave ou de la petite serre chaude les plants que l’on a amoureusement élevés et entretenus durant l’hiver à la maison.
Dehors, la terre est prête, souple et légère, riche du compost qui l’a accompagnée, en silence, sous la neige qui ne se doutait de rien.
Ce jour-là, vous mettez vos plants de tomates en terre, amoureusement et avec la confiance totale de celui, ou celle qui croit en la nature. C’est la foi vécue! Et totale!
JUIN
Les beaux plants – car ils sont beaux – grandissent et croissent, selon la nature et selon l’ordre établi depuis la Création, On guette déjà, avec l’espoir au cœur, les premiers bourgeons qui, toujours en silence, et selon la nature, se gaveront de sève pour accoucher de leur petite fleur jaune. Car le plan de tomates a son marketing à lui: de belles petites fleurs jaunes, celles qui attireront les abeilles gourmandes en vue de la fécondation nécessaire à la production concrète d’une… tomate. Bien sûr, les abeilles n’en savent rien mais elles agissent ainsi selon leur nature à elles de sorte que tout ce petit monde végétal et animal est content! Et que nous, les jardiniers, gardions très vive notre espérance.
AOÛT
C’est le temps de la récolte espérée! le jardinier et la jardinière sont contents, d’un contentement qui frôle l’orgueil… mais qui n’en est nullement! Les tomates, cette année, sont très abondantes… et belles! Belles comme une belle tomate: ronde, lourde, rouge à souhait ce qui laisse deviner la saveur qui se révélera à la première croquée.
Combien la nature est généreuse! Combien elle nous «concocte» des plaisirs pour nos sens d’humains! Elle qui, pourtant, ne partage pas avec nous l’humanité.
Mais l’histoire ne se termine pas là: le jardin aura été, cette année, trop généreux. Il faudra, et c’est le beau de l’histoire, partager les tomates avec ceux et celles qui n’ont pas eu le bonheur, ni le pouvoir, de faire, de leur côté, un jardin. Et là, ce n’est plus la nature qui mène le bal: c’est une petite voix, au-dedans de chaque jardinier, qui lui suggère, plutôt que de faire trop de conserves frileuses, de partager ses tomates. De faire plaisir à un ami, à une voisine. Cette voix intime s’appelle, peut-être, la charité. Celle du célèbre «Aimez-vous les uns les autres», allez donc savoir!
Vous-même, qu’en pensez-vous?
Monique Lortie, MA phi, éditorialiste à la Lettre du Montmartre
(lortie.monique@gmail.com)

« Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.»