Pour l’amour de la vigne

Éditorial du dimanche 4 octobre 2026

Le temps des vendanges est arrivé.

Dans notre jardin les vignes sont regorgeantes de fruits à point; déjà depuis quelques semaines ils semblaient beaux mais leur goût s’est développé depuis. Il a fallu s’exposer à un peu plus de soleil, enduré des nuits fraîches, s’abreuver à un peu de pluie, abandonner quelques raisins aux oiseaux pilleurs ou aux guêpes avides de sucre. Voilà que les grappes sont à maturité, quelles attendent des mains ouvertes pour les accueillir et feront le bonheur de tous ceux qui les mangeront. Le propriétaire de la vigne n’aspire qu’à faire des heureux en redistribuant ses paniers rebondis, symbole de la prodigalité de la nature, de cette abondance qui nous dépasse. Quiconque en fera des gelées, confitures ou mordra à pleines dents dans les grappes est invité à rendre grâce au Maître de Toute Vigne dans cet élan du cœur qu’est la gratitude.

C’est l’image que j’aime voir et contempler quand je pense à notre société.

Comme pour l’entretien de la vigne, il y a beaucoup à faire pour éviter la déshumanisation, l’idolâtrie du profit, l’indifférence face aux cris de détresse, l’aveuglement confortant, la quête de performance à tout prix, l’érection de murs ou de cloisons, la négligence éhontée de nos écosystèmes. Nous sommes au cœur d’une civilisation en transformation avec tout ce que cela peut apporter d’appréhension, de défis mais aussi de prise de parole et d’espérance.

Plusieurs travaillent avec ardeur; il faut du temps pour construire son nid, sa maison, son quartier, son pays mais si le projet est nourri de valeurs vraies, nobles et pures, il deviendra oasis même dans un univers chaotique.

Les vendanges appellent beaucoup de travailleurs et si certains arrivent à la dernière heure aujourd’hui, ils seront possiblement présents plus tôt demain. Il y a de la place et des besoins pour mettre à contribution les divers talents.

Comme le disait le poète «Vigne-ault»: Je mets mon temps et mon espace à préparer le feu, la place pour les humains de l’horizon et les humains sont de ma race. Ces strophes sont au cœur de «Mon pays».

Nous sommes tous conviés à œuvrer à la vigne mais avons-nous le désir de nous approprier le fruit essentiellement à nos propres fins (faims) ou à le remettre au maître de la Vigne pour qu’il en dispose? Avons-nous confiance en ce maître ou voulons-nous nous y substituer? Qu’elle serait vraiment la juste part de chacun? Quel est le risque de s’accaparer du fruit dans l’immédiat en négligeant de faire fructifier la vigne pour ceux qui suivront.

Cette allégorie de la vigne invite à se resituer individuellement dans notre rapport avec la société et peut nous orienter vers les choix que nous avons à concrétiser sur notre bulletin de vote car la période électorale exhorte à nous questionner sur le devenir de notre maison commune.

Nous avons l’opportunité et le devoir de nous prononcer en faveur de ce qui nous importe pour un mieux-vivre ensemble. La Parole peut être au cœur de ce discernement.

Le pape Léon XIV écrit: Aucune main ne suffit à elle seule à supporter le poids des défis pesant sur le monde et aucune n’est si faible qu’elle ne puisse apporter sa contribution.¹

Déposer son bulletin dans l’urne est contribution pour célébrer la démocratie et la faire vivre.

Des gens s’avancent pour nous représenter; laissons un peu de côté le cynisme si prompt à se manifester et accompagnons-les plutôt dans leur responsabilité pour trouver un équilibre social favorisant la cohésion dans la reconnaissance de la dignité de tous.

Ils auront besoin de notre soutien et de nos prières…

Ann Montreuil, éditorialiste

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¹ Pape Léon XIV, Magnifique Humanité (2026) # 13