Le 4 octobre 2026 27e dimanche du Temps Ordinaire, Année A — Mt 21, 33-43
«Que cherchons-nous dans notre relation avec Dieu?» – voilà la question que Matthieu nous pose dans le vingt-et-unième chapitre de son Évangile en nous racontant la parabole habituellement appelée la parabole des vignerons homicides.
Le monde déformé
Il faut remarquer dès le départ que ce n’est pas la parabole sur les méchants pharisiens et le «gentil» Jésus. Les choses sont un peu plus complexes. Il s’agit d’abord de réaffirmer l’Amour de Dieu pour sa vigne, le peuple d’Israël et le peuple des croyants en général, pour le monde. Dieu aime le monde et prend soin des partenaires de son Alliance. Dieu cherche toujours à apporter plus de justice, plus de paix et de miséricorde dans le monde dans lequel nous vivons. Et Dieu invite le peuple des croyants à faire de même. C’est là que la parabole de Jésus attire notre attention à un point particulier: très souvent au lieu d’avoir l’attitude «d’aides-soignants» de l’humanité nous avons une attitude homicide, l’attitude de l’envie pour nous emparer de l’héritage de l’autre, l’attitude du cœur où ne poussent que les ronces et des épines. Jésus en décrivant une telle attitude ne fait rien d’autre que décrire l’attitude que l’humanité adopte si souvent, il suffit juste de lire les nouvelles dans le journal ou de regarder les actualités du monde à la télévision. Toutefois une telle attitude ne produit que des ruines dans le monde et dans le cœur de l’être humain.
Le monde restauré
Si on regardait l’humanité seulement de la manière que je viens de décrire on peut assez rapidement tomber dans le désespoir. Ou pire, se croire supérieur à ces vignerons homicides et se dire: «Nous ne sommes pas comme eux» et retomber dans le meurtre et le fratricide d’une autre manière, beaucoup plus subtile. Pour éviter cela, Jésus nous invite à adopter une autre attitude : l’attitude de reconnaissance de la présence du Royaume de Dieu parmi nous. Nous sommes invités à reconnaître en Jésus l’incarnation de cette présence actualisée pour tout homme à tout âge. C’est pour cela que Matthieu invoque l’image de la pierre angulaire, une référence claire au livre de Daniel au chapitre 2 et au Psaume 118. Quand Jésus dit: «N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures: La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux!» Jésus nous révèle que Dieu est toujours présent dans notre histoire. Toutefois sa présence advient d’une autre manière que de la manière violente de ce monde, mais cela arrive dans ce monde. Jésus aussi nous fait comprendre que c’est lui, Jésus de Nazareth, qui est la pierre angulaire de la présence divine, et que cette présence met à terre tout royaume destructeur et assassin.
Le monde renouvelé
C’est là que nous devons entendre la dernière phrase de l’Évangile de Matthieu au chapitre vingt-et-un que le Royaume de Dieu sera donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. Dieu invite chacun et chacune d’entre nous à adopter l’attitude d’accueil du Royaume et donc de la solidarité avec le projet de Dieu qui n’est rien d’autre que le déploiement de la dignité humaine telle que Jésus nous la révèle. Saint Paul dans sa lettre aux Philippiens nous dit: «Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous». En fait, saint Paul nous décrit le comportement de la Pierre Angulaire de notre vie – Jésus Christ ! Nous sommes invités avec Jésus Christ comme ses disciples, comme son corps, à entrer dans la profondeur d’un tel mystère plein de tristesse, de puissance, mais aussi de joie et de paix.
Le fruit que Dieu nous demande, c’est d’être la lumière du monde, une inspiration pour l’humanité en ce qui concerne l’humanisation des profondeurs. Israël, après tout, est appelé «la lumière des nations». Jésus est l’incarnation et la personnalisation de cette lumière comme nous le chantons tous les soirs: «la lumière qui se révèle aux nations et donne la gloire de ton peuple Israël». On a de la difficulté à y croire!
Édouard Shatov, augustin de l’Assomption
