Le 1er février 2026 4e dimanche du temps ordinaire, année A – Mt 5, 1-12a
Le texte des béatitudes que nous lisons en ce dimanche constitue l’introduction d’un enseignement plus large connu sous le nom de Sermon sur la montagne. Dans les chapitres précédents de l’évangile de saint Matthieu, Jésus a prêché dans les synagogues, guéri des malades et réuni autour de lui des disciples qu’il va maintenant former. Il les mène sur une colline qui domine le lac de Galilée. C’est là qu’il les enseigne.
Heureux les pauvres en esprit, les doux, ceux qui pleurent, les miséricordieux ceux qui bâtissent la paix, qui ont un cœur droit et qui recherchent la justice, le Royaume des cieux est déjà à eux. Dieu a toujours privilégié les anawim, les humiliés, les laissés-pour-compte, les sans-droits. Ces derniers dans la société sont les premiers dans le Royaume. C’est le renversement des valeurs comme dans le chant du Magnificat de Marie. Il nous faut ajuster notre regard sur celui de Dieu. Le cœur de l’évangile est là: nous devons imiter Jésus, devenir de vrais disciples. C’est là notre bonheur.
La dernière béatitude doit être lue à part: heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux. Qu’est-ce que cela veut dire? Je crois que Jésus annonce par là le sort que lui réserveront les leaders religieux d’Israël qui voient dans son enseignement une menace pour leur pouvoir sur le peuple. Ils le mettront à mort. Pour leur part, les disciples doivent s’attendre à ce que leur manière de vivre choque autour d’eux, provoque la persécution. De fait, lorsque Matthieu écrit son évangile, les chrétiens ont été chassés de la synagogue et doivent demeurer fermes dans la foi. Ils trouveront dans cette béatitude réconfort et consolation. «Le disciple n’est pas plus grand que son maître.»
Certains diront que c’est un texte qui rapetisse les personnes, laisse entendre que la faiblesse est exaltée. D’autres, au contraire, voient dans ces béatitudes une semence révolutionnaire. Pour ma part, j’avais un jour illustré ce texte par l’image d’une échelle tendue entre le ciel et la terre. Les hommes apprécient souvent leurs semblables selon qu’ils ont gravi le plus grand nombre d’échelons: ils sont dans le haut de l’échelle sociale. Mais Dieu regarde depuis l’autre bout de l’échelle et ce qu’il voit est bien différent. Cela nous aide à comprendre ce que signifie l’option préférentielle pour les pauvres. Eux, ils ont tout à espérer de la bonté du Seigneur, de la force de sa compassion, de la largeur infinie de son cœur miséricordieux.
Depuis cent ans maintenant, nombre de personnes sont venus dans la chapelle du Montmartre déposer au pied du Sacré-Cœur soit la souffrance qu’elles portaient ou l’action de grâce qui montait en elles pour un événement heureux. Pas de longs discours ou de formules bien roulées mais une prière confiante et fidèle puisée à même cette intimité avec le Seigneur née dans le silence et la quiétude. Le bonheur – c’est bien ce que veut dire le mot béatitude – est tissé à même ces choses simples de la vie au creux de nos rencontres quotidiennes où se dessine l’aventure de chacun. Dieu n’est-il pas la lumière qui colore notre devenir? Son amour pour nous n’est-il pas ce qui nous permet de continuer la route malgré les obstacles? Son pardon de toujours n’est-il pas la source du nôtre?
Dans sa lettre aux Corinthiens, Paul a bien raison de dire que Dieu a choisi ce qu’il y a de fou dans le monde et de faible afin de confondre la sagesse des forts, ce qui est modeste et méprisé dans le monde pour réduire à rien ce qui est célèbre pour les hommes. Sophonie prophétisait que le Seigneur allait choyer un peuple pauvre et petit, libéré du mensonge et de l’injustice qui vivra dans la paix et la sécurité. Ce chemin d’humilité, Jésus aussi nous le propose pour notre bonheur.
Relire les béatitudes, en cueillir toute la saveur, rend libre et audacieux. Rendons grâce à Dieu pour l’inspiration qu’elles suscitent dans notre chemin de foi et l’assurance qu’elles procurent qu’en vivant ainsi nous nous tenons toujours dans la main bienveillante de Dieu.
Père Gilles Blouin, assomptionniste

LA GUÉRISON D’UN LÉPREUX