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Commentaires de l’Évangile

Voici la liste des Commentaires de l’Évangile du dimanche pour l’année 2018-2019.

Date Dimanches et Fêtes Évangile
8 décembre 2019 2e dimanche de l’Avent A Matthieu 3, 1-12
1er décembre 2019 1er dimanche de l’Avent A Matthieu 24, 37-44
24 novembre 2019 Jésus le Christ Roi de l’Univers – C  Luc 23, 35-43
17 novembre 2019 33e dimanche du temps ordinaire C Luc 21, 5-19
10 novembre 2019 32e dimanche du temps ordinaire C Luc 20, 27. 34-38
3 novembre 2019 31e dimanche du temps ordinaire C Luc 19, 1-10
27 octobre 2019 30e dimanche du temps ordinaire C Luc 18, 9-14
20 octobre 2019 29e dimanche du temps ordinaire C Luc 18, 1-8
13 octobre 2019 28e dimanche du temps ordinaire C Luc 17, 11-19
6 octobre 2019 27e dimanche du temps ordinaire C Luc 17, 5-10
29 septembre 2019 26e dimanche du temps ordinaire C Luc 16, 19-31
22 septembre 2019 25e dimanche du temps ordinaire C Luc 16, 10-13
2 juin 2019 Ascension du Seigneur  Luc 24, 46-53
26 mai 2019 6e dimanche de Pâques C Jean 14, 23-29
19 mai 2019 5e dimanche de Pâques C Jean 13, 31-33a.34-35
12 mai 2019 4e dimanche de Pâques C Jean 10, 27-30
5 mai 2019 3e dimanche de Pâques C Jean 21, 1-19
28 avril 2019 2e dimanche de Pâques C Jean 20, 19-31
21 avril 2019 Résurrection du Seigneur C Jean 20, 1-9
14 avril 2019 Dimanche des rameaux et de la passion du Seigneur C Luc 19, 28-40. 22, 14-23.56. 23, 1-49
7 avril 2019 5e dimanche de carême C Jean 8, 1-11
31 mars 2019 4e dimanche de carême C Luc 15, 1-3. 11-32
24 mars 2019 3e dimanche de carême C Luc 13, 1-9
17 mars 2019 2e dimanche de carême C Luc 9, 28b-36
10 mars 2019 1er dimanche de carême C Luc 4, 1-13
3 mars 2019 8e dimanche du temps ordinaire C Luc 6, 39-45
24 février 2019 7e dimanche du temps ordinaire C Luc 6, 27-38
17 février 2019 6e dimanche du temps ordinaire C Luc 6, 17. 20-26
10 février 2019 5e dimanche du temps ordinaire C Luc 5, 1-11
3 février 2019 4e dimanche du temps ordinaire C Luc 4, 21-30
27 février 2019 3e dimanche du temps ordinaire C Luc 1, 1-4; 4, 14-21
20 janvier 2019 2e dimanche du temps ordinaire C Jean 2, 1-11
13 janvier 2019 Le Baptême du Seigneur Luc 3, 15-16. 21-22
6 janvier 2019 L’Épiphanie du Seigneur Matthieu 2, 1-12
30 décembre 2018 Fête de la Sainte Famille Luc 2, 41-52
23 décembre 2018 4e dimanche de l’Avent C Luc 1, 39-45
16 décembre 2018 3e dimanche de l’Avent C Luc 3, 10-18
9 décembre 2018 2e dimanche de l’Avent C Lc 3,1-6
2 décembre 2018 1er dimanche de l’Avent C Luc 21, 25-28.34-36
25 novembre 2018 Le Christ, Roi de l’univers B Jean 18, 33b-37
18 novembre 2018 33e dimanche du temps ordinaire B Marc 13, 24-32
11 novembre 2018 32e dimanche du temps ordinaire B Marc 12, 38-44
4 novembre 2018 31e dimanche du temps ordinaire B Marc 12, 28b-34
28 octobre 2018 30e dimanche du temps ordinaire B Marc 10, 46b-52
21 octobre 2018 29e dimanche du temps ordinaire B Marc 10, 35-45
14 octobre 2018 28e dimanche du temps ordinaire B Marc 10, 17-30
7 octobre 2018 27e dimanche du temps ordinaire B Marc 10, 2-12
30 septembre 2018 26e dimanche du temps ordinaire B Marc 9, 38-43.45.47-48
23 septembre 2018 25e dimanche du temps ordinaire B Marc 9, 30-37
16 septembre 2018 24e dimanche du temps ordinaire B Marc 8, 27-35
9 septembre 2018 23e dimanche du temps ordinaire B Marc 7, 31-37
17 juin 2018 11e dimanche du temps ordinaire B Marc 4, 26-34
10 juin 2018 10e dimanche du temps ordinaire B Marc 3, 20-35
3 juin 2018 Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ B Marc 14, 12-16. 22-26
27 mai 2018 Sainte Trinité B Matthieu 28, 16-20
20 mai 2018 Pentecôte B Jean 15, 26-27 ; 16, 12-15
13 mai 2018 Ascension du Seigneur B Marc 16, 15-20
06 mai 2018 6e dimanche de Pâques B Jean 15, 9-17
29 avril 2018 5e dimanche de Pâques B Jean 15, 1-8
22 avril 2018 4e dimanche de Pâques B Jean 10, 11-18
15 avril 2018 3e dimanche de Pâques B Luc 24, 35-48
8 avril 2018 2e dimanche de Pâques B Jean 20, 19-31
1 avril 2018 Résurrection du Seigneur B Jean 20, 1-9
25 mars 2018 Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur B Marc 14, 1 – 15, 47
18 mars 2018 5e dimanche du Carême B Jean 12, 20-33
11 mars 2018 4e dimanche du Carême B Jean 3, 14-21
4 mars 2018 3e dimanche du Carême B Jean 2, 13-25
25 février 2018 2e dimanche du Carême B Marc 9, 2-10
18 février 2018 1er dimanche du Carême B Marc 1, 12-15
11 février 2018 6e dimanche du temps ordinaire B Marc 1, 40-45
4 février 2018 5e dimanche du temps ordinaire B Marc 1, 29-39
28 janvier 2018 4e dimanche du temps ordinaire B Marc 1, 21-28
21 janvier 2018 3e dimanche du temps ordinaire B Marc 1, 14-20
14 janvier 2018 2e dimanche du temps ordinaire B Jean 1, 35-42
7 janvier 2018 Épiphanie du Seigneur Matthieu 2, 1-12
1er janvier 2018 Sainte Marie, Mère de Dieu Luc 2, 16-21
31 décembre 2017 La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph B Luc 2, 22-40
25 décembre 2017 Nativité du Seigneur – la nuit Luc 2, 1-14
24 décembre 2017 4e dimanche de l’Avent B Luc 1, 26-38
17 décembre 2017 3e dimanche de l’Avent B Jean 1, 6-8. 19-28
10 décembre 2017 2e dimanche de l’Avent B Marc 1, 1-8
3 décembre 2017 1er dimanche de l’Avent B Marc 13, 33-37

Espérance

8 décembre 2019      2e dimanche de Avent A – Matthieu 3, 1-12
Lectures de ce jour

Espérer, c’est refuser la fatalité des conditionnements actuels. Si l’on est convaincu qu’on ne peut rien faire, alors c’est le désespoir. L’espérance ne se résout pas à l’impuissance. Nous espérons parce que nous croyons que les choses peuvent changer. Celui ou celle qui espère s’efforce de transformer certaines conditions de vie jugées inhumaines.
Comment discerner ce qui favorise ou détruit l’humain ? L’Évangile éclaire et révèle ce qui est humain, i.e. ce qui libère la personne ou ce qui l’enchaîne. Les moyens humains, techniques, politiques, économiques et autres doivent être mis au service de la libération des hommes et des femmes, non à leur asservissement.

Le prophète Isaïe dresse un portrait idyllique de ce que les hommes de son temps attendaient : les animaux féroces renoncent à leur agressivité… Les inimitiés entre les personnes sont effacées; les rapports de domination sont supprimés, etc. Enfin l’harmonie parfaite règne entre les humains et la nature ! Quel contraste avec la réalité d’alors et celle que nous observons actuellement. Au moment où tout va mal, Isaïe expose ce que Dieu va opérer avec son peuple.

Chose étrange, l’humain de nos sociétés opulentes ne sait plus espérer, alors qu’il dispose de moyens puissants pour améliorer sa condition. Il lui faut tout et tout de suite. L’attente le plonge dans l’anxiété, une anxiété qui frappe même les enfants.

Nos téléphones intelligents nous rapportent instantanément les événements du monde. La facilité de communication devrait être rassurante. Or les psychologues identifient une nouvelle maladie, la nomophobie, i.e. la peur d’être coupé de son cellulaire. Cette maladie cache la peur de ne pouvoir contrôler son environnement et révèle une obsession de sécurité totale, voire absolue.

Admettons-le : les turbulences que traverse notre monde, si on les rumine, entretiennent un climat d’insécurité. Les malheurs qui frappent la planète ici ou ailleurs nous renvoient constamment à notre vulnérabilité, à nos fragilités et à notre impuissance. Les compagnies d’assurances offrent de larges couvertures mais elles ne peuvent garantir la sécurité totale qui de fait n’existe pas. La rechercher c’est se condamner à l’anxiété. Si notre attention demeure rivée aux malheurs du monde, l’inquiétude ne fera que paralyser notre action.

Jean Baptiste interpelle vigoureusement les gens de son temps et les exhorte à porter « un fruit digne de la conversion. » Ses interlocuteurs ne sont pas des païens, mais de bons Israélites. Toutefois le Baptiste sait qu’une conversion vraie engage le cœur et l’intelligence. Elle ne se limite pas au respect d’une Loi, fut-elle celle de Moïse. Jésus, le précise : la conversion ne consiste pas d’abord à changer de mœurs mais à suivre quelqu’un, i.e. à Le suivre Lui.

Paul aussi appelle des Chrétiens à la conversion. Préoccupé de l’unité dans la communauté de Rome. Il invite les anciens d’origine juive à accueillir les nouveaux membres, issus du paganisme. Il demande à ces derniers de ne pas rejeter les anciens. Un défi semblable se pose à nous : les aînés ont connu une Église que les autres ignorent et ces derniers se présentent avec une sensibilité différente sur les questions religieuses et de société. Que les gens de ma génération n’oublient pas qu’ils furent un jour « nouveaux »!

Espérer ne se limite pas à attendre. Espérer c’est agir comme si le nouveau monde était déjà là, c’est se comporter comme si la justice et l’amour l’emportaient, c’est préparer ce monde nouveau. Saint Jean l’affirme :

« Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu. »

Agissons en conséquence. Communiquons cette certitude à notre monde inquiet qui doute de sa vraie valeur aux yeux de Dieu, qui doute de son pouvoir à changer les choses.

Nous avons surtout à découvrir que Dieu lui-même espère. Nous l’affirmons : Dieu est amour. Or celui qui aime se rend vulnérable ; il s’expose au rejet ou à l’indifférence de la personne qu’il aime. En ce sens, le Tout puissant, parce qu’Il nous aime, devient vulnérable; il peut être blessé par notre indifférence ou nos refus. Dieu espère; il attend notre réponse à son amour. Il vit aussi un « Avent », car nous sommes l’objet de son espérance.

Marcel Poirier, a.a.

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L’Eveil de L’Etre

1er décembre 2019      1er dimanche de Avent A – Matthieu 24, 37-44
Lectures de ce jour

Dans ce vingt-quatrième chapitre de son Évangile, Matthieu nous parle de la venue du Fils de l’Homme, qui est déjà venu et qui va venir. En fait, Matthieu nous parle de la venue, de la présence de Jésus dans l’histoire et dans la plénitude de l’accomplissement de l’Histoire. Qu’est ce que cela veut dire, au juste, la venue du Fils de l’Homme ?

Ordinaire extraordinaire !

Ce chapitre de son Évangile Matthieu nous l’a écrit, non pas pour nous faire peur, mais pour nous éclairer. Quand Jésus nous dit quelque chose, c’est toujours pour nous révéler le dessein bienveillant de Dieu, ce ne peut pas être pour nous effrayer. Première chose à entendre dans ce passage : « Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra ». Quand Jésus prend l’exemple de Noé il nous rappelle qu’à l’époque de Noé, personne ne s’est douté de rien. Cela veut dire que l’avènement de l’extraordinaire, la venue du Fils de l’Homme, se produira dans l’ordinaire, le quotidien de notre vie, là où on ne se doute de rien. Ce que Jésus nous invite à entendre, c’est que notre vie de tous les jours est la scène de notre salut. Ce qu’il faut retenir donc, c’est que le Fils de l’Homme vient d’abord pour nous sauver.

Changer le regard !

Pour cela il faut adopter une attitude particulière : l’attitude des veilleurs. Jésus nous invite à veiller. Il faut sortir du sommeil dans lequel nous sommes plongés très souvent dans le quotidien de notre vie. Tant d’occupations qui sont nécessaires : manger, boire, se marier, mais qui peuvent nous faire perdre l’objectif premier de notre vie : retrouver la communion la plus intime avec Dieu et avec les autres. Il faut changer notre regard sur la vie : sur Dieu, sur nous-mêmes et sur les autres. C’est sûrement cela qu’entend saint Paul dans sa lettre aux chrétiens de Rome : « L’heure est venue de sortir de votre sommeil. Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière ». Voilà l’élément essentiel de notre vie, c’est-à-dire la lumière de Dieu qui est déposée à l’intérieur, au plus profond, de chacun et chacune d’entre nous. Cette lumière, c’est la présence de Jésus lui-même ! Comme baptisés nous avons revêtu le Christ. Cela aussi veut dire que nous sommes invités à reconnaître que le combat de la lumière n’est pas juste notre combat, mais celui du Christ en nous.

La possibilité de l’Impossible !

Toutefois, la veille à laquelle Jésus nous invite n’affecte pas juste nos pensées, mais aussi notre comportement. Nous sommes invités à faire des choix, qui peuvent devenir un véritable combat. Si Jésus nous parle de Noé, c’est aussi peut-être pour nous rappeler que Noé a fait des choix. Noé a été estimé juste, or la justice c’est précisément le discernement entre ce que porte au Bien ou non, et finalement le choix en faveur du Bien. Ce n’est ni facile ni évident ! La possibilité de faire un tel discernement est la grandeur même de notre dignité humaine. Et si je comprends bien saint Paul, en lisant sa lettre aux chrétiens de Rome, notre conduite quotidienne, où un tel choix s’opère, est de la plus haute importance. Nous sommes invités à réveiller un nous ce don qui est déposé en chacun et chacune d’entre nous. Nous sommes invités à croire, tout simplement, que le projet de Dieu pour l’humanité est bienveillant et que tout être humain est capable du Bien. Nous ne sommes pas prisonniers de la méchanceté, de la jalousie et de la violence. De nos épées nous pouvons forger des socs, et de nos lances, des faucilles.

Comme nous dit Matthieu, il faut juste nous réveiller. Il faut juste veiller sur ce plan bienveillant de Dieu. Et parce que nous ne sommes pas seuls, Dieu nous invite à croire que là où il y a un peu de lumière, les plus grandes ténèbres peuvent êtres dissipées.

Édouard Shatov

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« Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. »

24 novembre 2019      Notre Seigneur Jésus le Christ Roi de l’Univers – C – Luc 23, 35-43
Lectures de ce jour

Des paroles prononcées sur la croix. Rudoyé, ridiculisé, impuissant, à deux pas de la mort, Jésus ouvre le paradis à un malfaiteur. Première canonisation officielle dans l’Église, déclarée par Jésus lui-même. Or ce 1er saint est un malfaiteur aux portes de la mort. Que faut-il comprendre ?

Nous honorons aujourd’hui le Christ Roi de l’univers. Cette scène nous aide à comprendre le sens de sa royauté du Christ. Cloué à la croix, Jésus subit les moqueries des uns et des autres qui ridiculisent son pouvoir, à commencer par les chefs des prêtres. « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les chefs connaissaient les miracles opérés par Jésus. En le voyant immobilisé sur la croix, ils ne craignent plus rien de sa puissance. Les soldats ne se privent pas non plus d’insulter un Juif : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Et, au sommet de la croix, Pilate a fait écrire « Jésus de Nazareth, roi des Juifs », pour se moquer en partie de Jésus mais surtout des Juifs qu’il détestait.

Jésus refuse d’utiliser la puissance qui l’aurait délivré, ce qui aurait impressionné fortement l’entourage. Dans le désert, il avait résisté à une tentation semblable. Il déclare donc à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Toutefois, au moment où il s’apprête à rendre le dernier souffle, il agit en roi et manifeste une autre forme de puissance : Il pardonne les péchés. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Et au larron crucifié à ses côtés, il va plus loin en l’introduisant au paradis. « Aujourd’hui avec moi, tu seras dans le paradis. »

Comment comprendre ce pardon à un malfaiteur sur le point de mourir ? Jésus accueille qui se tourne vers lui. L’approche de la mort change bien des perspectives. Elle fait pâlir passions et désirs, et en montre la fatuité. Elle attendrit ou elle endurcit. Elle fait remonter ce qui touche le cœur ou elle endurcit l’âme dans sa révolte. Nous sommes toujours confrontés au même choix : accepter ou refuser la réalité. Un des malfaiteurs se durcit dans sa révolte. L’autre, reconnaît qu’il mérite son sort, sans chercher d’excuses et reconnaît l’innocence de Jésus. Il reconnaît surtout que ce Jésus vient d’ailleurs et possède la clé du paradis. « Souviens-toi de moi » demande-t-il à Jésus. Comme si, depuis sa naissance, Dieu avait cessé de penser à lui. C’est nous qui oublions Dieu alors que Lui, par sa pensée, nous conserve dans l’existence.

Jésus répond : “Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. » Il ne dit pas « Tu seras dans le Royaume ». Le paradis nous renvoie à la création, quand Dieu lui-même déclarait que « cela est bon … tout cela est très bon »; au paradis où croissait l’arbre de vie, cet arbre accessible au 1er couple qui a préféré s’intéresser à l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

« Aujourd’hui », affirme Jésus, signifiant par-là qu’Il entraîne le larron dans un au-delà de la mort et le fait entrer dans une nouvelle vie. Il s’agit non d’un retour à un état originel mais d’une recréation. Et là, il sera avec quelqu’un. Nous le savons bien, nous ne pouvons être heureux tout seuls. La phrase de Jésus prend alors tout son sens : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ».

La scène le confirme : il n’est jamais trop tard pour se tourner vers Jésus. Au milieu de nos misères, physiques, morales ou spirituelles, l’oreille du Christ nous est ouverte et la puissance de sa miséricorde n’attend qu’un signe pour se manifester. La puissance de notre roi est de pardonner et de nous introduire dans une vie nouvelle partagée avec Lui.

Marcel Poirier, a. a.

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Confiance ! Rien ne sera perdu !

17 novembre 2019      33e dimanche du temps ordinaire C – Luc 21, 5-19
Lectures de ce jour

« Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu »!… Et pourtant, depuis notre naissance, nous avons quand même perdu beaucoup de cheveux. C’est bien la preuve qu’il ne faut pas prendre ces expressions au pied de la lettre ; elles sont une manière de parler. Jésus parle comme tous les prophètes avant lui : ils ne prédisent pas l’avenir : leurs discours ne sont jamais des prédictions, mais des prédications. La remarque est valable aussi pour la parole de Jésus sur la fin du Temple.

Voilà donc une première leçon de ce texte pour nous ; ce genre de discours ne doit pas être pris au pied de la lettre, il n’est pas fait pour prédire l’avenir de manière exacte : il est fait pour nous aider à surmonter les épreuves du présent. Le message, en définitive, c’est « Quoi qu’il arrive… Ne vous effrayez pas… »

C’est aussi : « Ne vous appuyez pas sur de fausses valeurs ». Le Temple en était un bon exemple ; restauré par Hérode, agrandi, embelli, couvert de dorures, il était magnifique ; mais lui aussi fait partie de ce monde qui passe…

Inutile également de chercher dans les paroles de Jésus des précisions sur les dates ou les modalités du Royaume ; qu’il s’agisse de la résurrection de la chair dans sa réponse aux Sadducéens, dimanche dernier, qu’il s’agisse de la fin des temps, aujourd’hui, il ne donne pas de précision. Il ne répond pas à ces questions pourtant bien précises : il dit « prenez garde de ne pas vous laisser égarer.. » ce qui n’est pas vraiment une réponse à la question posée. Il faut croire que ce n’est pas le genre de précisions dont nous avons besoin pour mener notre vie de Chrétiens …

Ailleurs il dira qu’il ne lui appartient pas, même à lui, le Christ, de connaître ces choses-là ; mais il nous dit très clairement quelle doit être notre attitude : une attitude de confiance que rien n’ébranle : ni les catastrophes, ni les persécutions.

Si j’entends bien, les persécutions viendront vite : Jésus décrit des catastrophes et il dit : « Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom. » Et un peu plus bas, « Vous serez détestés de tous à cause de mon Nom ». Au passage, on note que Jésus emploie deux fois l’expression « à cause de mon Nom » : à elle seule, elle dit la divinité du Christ ; dans le langage des Juifs, très souvent, pour parler de Dieu lui-même, on disait simplement ces deux mots « Le Nom ».

La parole qui suit : « Mettez-vous dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister opposer ni s’opposer. » Cela ne veut pas dire que les Chrétiens persécutés échapperont forcément à leurs persécuteurs… Certains mourront, Jésus le dit bien « ils feront mettre à mort certains d’entre vous » mais il ajoute « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu », ce qui veut dire que tout notre être, corps et âme, est dans la main de Dieu. A travers la mort même, nous sommes assurés de rester vivants de la vie de Dieu. Et, quelles que soient les persécutions, la Parole de Dieu poursuivra sa course, comme dit saint Paul.

Dans les perturbations du monde, ensuite, seule une confiance tenace nous évitera les égarements, et nous évitera aussi de nous laisser effrayer quels que soient les événements. Il faut garder en tête cette phrase de Jésus que saint Jean a retenue : « Confiance ! J’ai vaincu le monde ! » Saint Paul le dit aussi à sa manière ; vous connaissez ce texte : « Ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur. » (Rm 8,38-39).

Marie-Noëlle Thabut

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« Il n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. »

10 novembre 2019      32e dimanche du temps ordinaire C – Luc 20, 27. 34-38
Lectures de ce jour

Personne n’échappe à la mort. Que deviennent nos chers disparus ? Beaucoup préfèrent éluder la question et n’osent même pas envisager leur propre mort. À la question de « l’après » les réponses varient. Pour les uns, tout est fini. D’autres, y inclus de bons pratiquants croient en la réincarnation. Normalement, les Chrétiens croient en la résurrection de Jésus et en la résurrection de leur propre corps.

La foi en la résurrection dépasse l’idée de la survie. Plusieurs traditions philosophiques ou spirituelles voient la survie comme une libération du corps ; ce dernier est perçu comme une prison dont il faut sortir et se débarrasser. D’où le mépris du corps. Or croire en la résurrection implique la survie de toute la personne, corps et âme. De là le respect du corps, reconnu comme temple de l’Esprit Saint.

Les Saducéens, contemporains de Jésus, niaient la possibilité de la résurrection. Par l’histoire caricaturale de la femme aux 7 maris, ils tentent de démontrer le côté absurde de cette croyance. Les Pharisiens, eux, prêchaient la résurrection des corps, comme un retour à la vie telle que nous la connaissons.

Jésus répond aux uns et aux autres. Aux Pharisiens, il déclare que la résurrection ne consiste pas en un retour à la vie, d’où seraient bannies la souffrance, le mal et la peine. Il rappelle aux Saducéens sceptiques que le Dieu de leurs pères, Abraham, Isaac et Jacob, n’est pas un dieu des morts mais des vivants. Il affirme que les patriarches, morts depuis longtemps, vivent en Dieu. La fidélité de Dieu n’est pas rompue par l’arrêt cardiaque ou l’absence d’ondes cérébrales.

La loi du lévirat obligeait un homme à épouser la veuve de son frère laissé sans enfants. Elle n’était plus appliquée; toutefois, elle faisait ressortir l’importance de la descendance comme moyen de survivre à travers les autres ; la vie se perpétue dans les descendants.

La réponse de Jésus nous laisse sur notre faim. Que sera cette vie de ressuscité ? Les apparitions de Jésus laissent entrevoir qu’il s’agit d’une réalité différente de ce que nous connaissons. Il ne s’agit pas de réanimation, comme ce fut le cas pour Lazare ou la fille de Jaïre. Elle n’est pas non plus un retour à ce que nous avons connu, mais en version améliorée, comme l’imaginaient les Pharisiens. Nous sommes devant un mystère.
Jésus précise : « Nous serons comme les anges du ciel. »

La référence aux anges signifie que les morts, en ressuscitant, ne reviennent pas à la vie terrestre; il s’agit d’une transformation radicale, d’une re-création. Tout effort pour décrire cette vie nouvelle à partir de notre expérience risque de fausser la réalité.

Croire en la résurrection demeure une option de foi. Cela change-t-il quelque chose ? Certains pensent qu’il s’agit d’une consolation offerte aux faibles pour supporter les épreuves de la vie.

Comme Chrétiens, l’assurance de la résurrection nous offre une raison de vivre aujourd’hui, et même de vivre déjà en ressuscité. Dans ce cas, la survie ne commence pas après la mort; elle débute maintenant.
La vie, telle que nous la connaissons, présente déjà une valeur inestimable. Savons-nous l’apprécier à sa juste valeur ? Aspirer à un au-delà meilleur et supérieur, n’entraîne pas un mépris de toutes ces réalités que Dieu lui-même a créées et qu’Il a trouvées « bonnes. »

Au contraire, en affirmant que Dieu est le « Dieu des vivants », nous disons qu’il nous a donné la vie et nous maintient en vie. Ceux et celles qui apprécient la vie sont de belles images de Dieu et se préparent ainsi au monde nouveau de la résurrection. Pour ressusciter, il faut d’abord vivre, et cela commence maintenant.

Dieu tient à prolonger notre existence en nous faisant partager sa vie. Pourquoi ? Jésus nous révèle que Celui qui donne la vie est un Père et Il la donne non pour qu’elle s’achève dans le néant mais pour qu’elle grandisse dans un amour mutuel.

Rendons grâce pour la vie qui nous est donnée et pour la vie qui nous est promise.

Marcel Poirier, a. a.

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Désir religieux et foi 

3 novembre 2019      31e dimanche du temps ordinaire C – Luc 19, 1-10
Lectures de ce jour

Il y a quelques jours, vers le début de cet automne, se tenaient au Montmartre des assises de la spiritualité portant sur le thème du renoncement. Ce dernier semble avoir des liens avec certains récits bibliques où des personnages sont appelés à quitter pour suivre le Christ ou pour être ses disciples. On peut penser rapidement aux récits qui relatent la première rencontre de Jésus avec Simon ou Pierre, Lévi ou Matthieu. Cette dernière rencontre ressemble en quelque sorte à celle relatée dans l’évangile de ce 31e dimanche. Pour ce récit en particulier, on pourrait se demander s’il est bien question du renoncement chez Zachée ou de ce qu’on entend par conversion, comme on pourrait le dire de Pierre et de Matthieu.

Entendue comme un retour à un modèle ancien de penser, de parler et d’agir, la conversion ne semble pas s’être opérée chez Zachée. Entendue aussi comme un changement complet, cette conversion semble peu sûre de s’être opérée chez Zachée. Celui-ci est plutôt présenté comme il est : un homme dont le nom est le même, Zachée, chef de collecteurs d’impôts, riche. En tant que tel, il cherchait à voir qui « était » Jésus. Il est fort intéressant de remarquer que celui qui « est » – demeure un homme bien nommé, « est » exerçant une fonction importante et « est » riche – cherche à voir qui « est ». Il se produit quelque chose ici : le regard de l’autre « être » que Zachée cherche à voir croise le sien, à lui, Zachée. Zachée, de son nom qu’il est, est bien nommé par ce « qui est », qu’il cherchait à voir, Jésus : « Zachée, dit Jésus, descends vite. » Jésus dit de lui : « lui aussi ‘‘est’’ un fils d’Abraham », alors qu’aux yeux de tous, il est « un homme qui ‘‘est’’ un pécheur ». Celui qui « est » le Fils de l’humain dit au sujet de celui qui « est » un homme, pécheur, collecteur d’impôts, riche, Zachée : « est fils d’Abraham », en disant qu’il « est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».

Il apparaît très important de souligner que ce « est » un homme – avec tous les qualificatifs ou dépréciatifs s’il faut les appeler ainsi ou accidents aux yeux de tous ou de Jésus – « est » ce fils d’Abraham que le fils de l’humain désigne : Zachée. Ce « est » Zachée qui cherchait à voir ce « est » Jésus est plutôt vu et cherché par ce « est » Jésus. Jésus cherche et sauve Zachée, ce « qui était perdu ». C’est assez curieux que Zachée cherche à voir qui « est » Jésus et que Jésus dise chercher Zachée en tant que perdu, cet humain et fils d’Abraham. Le verbe chercher apparaît fondamental ici.

L’être humain « est » assez bien caractérisé par la quête. Ce fait dit strictement la religion chez lui. On pourrait parler d’une équivalence entre « chercher », « religion » et « être humain ». La quête se faisant pour soi ou pour la réalisation individuelle ou encore pour être au-dessus de tous désigne la religion en tant que non-foi ou « perdition », dirait Jésus. Cette religion apparaît bien chez Zachée qui cherche à « voir » qui est Jésus en mobilisant ses propres moyens qui le mettent au-dessus de tous : grimper dans un sycomore. Quant à Jésus, l’autre être que Zachée cherche à posséder comme d’autres qui l’en empêchaient, il amène Zachée à descendre et à se laisser chercher. Ainsi la religion comme non-foi chez Zachée qui cherche en dominant tourne en foi par le fait que Zachée se laisse chercher par Jésus d’en bas et descend vers lui, Jésus, avec lui jusque dans la maison à lui Zachée, son intimité, cependant sans se posséder. C’est dans cette foi que Zachée, étant ce qu’il est – humain religieux -, peut déclarer comme quelqu’un des gènes d’Abraham, ce chevalier de la foi qui se dépossède : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

Il est bien possible aujourd’hui de faire que la religion en tant que non-foi chez nous se convertisse en foi, en descendant des lieux où nous cherchons à posséder ou à dominer l’autre vers cet autre qui nous cherche humblement et s’invite chez nous. C’est de cette descente à l’autre jusque chez nous comme nous sommes que nous pouvons le déposséder et nous déposséder nous-mêmes comme Abraham le chevalier de la foi pour donner aux autres. Dans cette perspective de la rencontre de l’autre qui amène à donner et à se déposséder, la recherche ou le désir religieux chez l’humain dans ses instants de non-foi ne sera que foi.

Sadiki Kyavumba 

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Comment prier ?

27 octobre 2019      30e dimanche du temps ordinaire C – Luc 18, 9-14
Lectures de ce jour

Deux hommes prient dans le temple. Dieu accueille la prière du pécheur et ignore celle de l’homme fidèle à la Loi. Comment comprendre ce Dieu qui préfère le grand pécheur à l’homme fidèle ?

L’attitude pharisaïque

Dans sa fidélité, ce Pharisien dépasse les exigences de la Loi : il jeûne 2 fois par semaine (la Loi ne prescrit qu’un jour). Il est fier de sa vertu. Il a raison de se réjouir d’avoir bien fait. Nous devrions toujours nous réjouir quand nous réalisons ce qui est beau et bon.

Toutefois le Pharisien tire de sa fidélité un orgueil qui le conduit à mépriser les autres, en contradiction avec l’amour du prochain. L’orgueil peut s’insinuer dans les réalités les plus belles, même dans notre relation à Dieu.

Le Pharisien vit dans l’illusion que sa fidélité à la Loi et sa rectitude morale lui donnent des droits sur Dieu. Il oublie que l’amitié de Dieu demeure toujours un don, quelque chose à accueillir, à recevoir. On peut rechercher l’amitié d’un autre et poser des gestes pour lui plaire. Mais on ne peut décider qu’il va aimer en retour. Cette décision-là ne nous appartient pas, quoi que l’on fasse. L’amitié, comme l’amour, se reçoit. Cela vaut dans les rapports humains et se vérifie davantage quand il s’agit de la relation à Dieu.

Sûr de lui, le Pharisien va au temple, i.e. vers Dieu. Il rend grâce non pour l’amour que Dieu lui voue, mais pour ses performances personnelles. Imbu de lui-même, il ne demande rien à Dieu. Il confine Dieu à être le spectateur de ses actions.

La rectitude morale et la fidélité aux commandements, demeurent des objectifs valables, voire nécessaires dans notre marche vers Dieu; mais elles donnent souvent une fausse sécurité et ferment à la gratuité de l’amour de Dieu.

L’attitude du Publicain

La parabole ne précise pas en quoi ce Publicain était pécheur. Était-il collecteur d’impôt comme Zachée qui s’était enrichi aux dépens des autres ? Il n’est pas nécessaire de le savoir. Cet homme se présente devant Dieu, sans se comparer aux autres; il se reconnaît pécheur, conscient qu’il ne peut rien s’attribuer ; il n’a pas de bonnes actions à étaler. Il lui reste une seule option: implorer pardon de Dieu en comptant sur sa miséricorde.
“Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !”

L’homme s’est-il converti, comme ce fut le cas pour Zachée ? Jésus n’en dit rien, pour signifier que le Père demeure attentif au moindre regret, au moindre appel venant d’un de ses enfants. Jésus en donne un bel exemple sur la croix en accueillant la demande du “bon larron » qui, accroché à la croix, ne peut sûrement plus changer de vie.
“Amen, je te le déclare, dit Jésus, aujourd’hui avec moi, tu seras dans le Paradis.”

Le cas du larron comme celui de publicain, nous rappellent qu’il ne faut jamais désespérer de nous-mêmes, ni des autres. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses faiblesses et chercher à s’en sortir. Dieu entend toujours la prière de la personne qui cherche à se libérer de sa misère morale ou autre.

L’attitude de Paul

Paul, fait preuve d’une assurance, presque pharisaïque.
“Je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur…”

L’assurance de Paul n’a rien de pharisaïque. Il ne prétend pas que sa fidélité lui mérite le ciel. Il est sûr de la récompense parce qu’il fait confiance à la promesse du Dieu qui l’a appelé à servir. Il ne s’attribue pas à lui-même le mérite de cette fidélité
“Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Évangile.”
Ce qu’il a accompli, il le doit à la force reçue de Dieu.

Pour s’adresser à Dieu, il n’y a donc pas de condition préalable. Il suffit de se présenter devant lui tel que l’on est, comme le publicain qui reconnaissait son état de pécheur. L’exemple de Paul confirme que nous ne pouvons demeurer fidèles à l’Évangile sans une force intérieure venue d’ailleurs, i.e. de l’Esprit. Cette force demandons-la ensemble en nous tournant vers un Dieu qui nous aime.

Marcel Poirier, a.a.

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La force des yeux levés !

20 octobre 2019      29e dimanche du temps ordinaire C – Luc 18, 1-8
Lectures de ce jour

Que des combats dans nos vies ! Les maladies, les difficultés de relations professionnelles, familiales et ecclésiales ! Dans ces combats de la vie que nous appelons généralement les difficultés quotidiennes faut-il renoncer à l’amour et à la justice face aux obstacles de la vie ou faut-il plutôt persévérer, affronter les difficultés avec courage ? Voilà la question de l’évangéliste Luc au début du dix-huitième chapitre de son Évangile.

Sans se décourager

L’Amour et la Justice – deux réalités liées à jamais quand on croit en Dieu, à soi-même et aux autres. Ce n’est peut-être pas par hasard si Jésus rappelle cela à ses disciples et à nous à travers eux. Les disciples de Jésus croient qu’à la fin du monde Dieu règnera enfin sur toute la création et que le Fils de l’homme règnera avec lui. Cela veut dire que Dieu accomplira la Justice et l’Amour dans sa plénitude. Luc en nous présentant Jésus comme le Fils de l’homme (figure tirée du livre de Daniel) nous situe dans l’atmosphère de fin du monde, et cela ne devrait pas nous faire peur. Le thème de la fin du monde et du jugement est une assurance pour les croyants que l’amour et la justice auront enfin le dernier mot. En regardant les injustices et les manques d’amour dans notre quotidien cela est difficile à croire de temps à autre. A force de subir des injustices, ou juste de voir les autres êtres humains les subir à l’infini, le danger qui nous guette, c’est de devenir cyniques, de nous décourager et de ne plus croire que l’amour soit possible. C’est contre cette tentation que Jésus nous met en garde.

Prier avec Persévérance

Jésus nous raconte alors une histoire : l’histoire d’une veuve qui poursuit le juge de ses réclamations jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle en attend. Pourtant elle aurait toutes les raisons de se décourager : sa cause semble bien perdue d’avance, puisqu’elle a eu la malchance de tomber sur un juge qui se moque éperdument de la justice. Un juge qui se moque même de Dieu, ce qui veut dire qu’il n’a aucune référence absolue dans la vie. En effet, il y a de quoi se décourager. Mais elle s’obstine parce que sa cause est juste, elle n’en doute pas un instant. C’est elle que Jésus nous donne en exemple. L’exemple de reconnaissance de sa condition : si elle importune le juge, c’est parce qu’elle est dans le besoin. La première condition pour participer au Royaume de Dieu, c’est de reconnaître notre condition humaine telle qu’elle est, reconnaître nos manques et notre pauvreté. Une autre condition est la persévérance : dans notre attente du Royaume nous sommes invités à être aussi tenaces que cette veuve obstinée. Notre cause est encore plus juste que celle de la veuve puisque c’est la cause même de Dieu. La prière c’est juste cela : reconnaître notre condition et tenir à l’amour et à la justice.

Les yeux et les mains levées

Nous sommes invités à prier sans cesse, sans baisser les bras. Ou plutôt, dois-je dire sans baisser les yeux. Comment avoir une telle force ? Où faut-il la puiser ? La réponse peut être plus simple qu’on l’imagine. Il suffit juste de croire que Dieu veut le salut de son peuple, que Dieu veut le salut de l’humanité. Juste cela ! Nous sommes invités à croire que Dieu accompagne l’humanité à travers toutes les difficultés de la vie. Et les croyants sont invités à faire de même. Les mains et les yeux levés pour la prière sont le symbole de toute la prière humaine. Ils disent la confiance, la certitude du croyant que Dieu ne l’abandonne jamais. C’est Dieu qui agit : ces mains et les yeux levés le disent bien puisqu’ils restent immobiles et qu’ils semblent renvoyer la responsabilité vers le ciel ; mais en même temps, ils sont levés : le croyant ne baisse ni les bras ni les yeux. Les mains du combattant, les yeux levés dans la confiance du priant sont notre petite participation à l’œuvre de Dieu.

Mais il arrive que le priant, exténué, physiquement ou moralement, n’ait plus la force de « lever ni les yeux ni les mains » vers le ciel : alors il est bon de trouver des frères et sœurs pour soutenir nos mains défaillantes et pour encourager notre regard ; normalement, c’est le rôle de nos communautés. Cette entraide mutuelle est un signe que croire à l’impossible est possible, et que notre espérance ne nous trompe pas.

Édouard Shatov, a. a.

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Faire demi- tour !

13 octobre 2019      28e dimanche du temps ordinaire C – Luc 17, 11-19
Lectures de ce jour

Jésus est en route vers Jérusalem ; il sait que ce voyage le conduit à sa Passion, sa mort et sa Résurrection ; on peut penser que si Luc tient à nous parler de son itinéraire, c’est parce que ce qu’il va nous raconter maintenant a un lien direct avec le mystère du salut que le Christ apporte à l’humanité.

Donc Jésus traverse la Samarie et la Galilée ; dix lépreux viennent à sa rencontre, mais ils restent à distance : la Loi leur interdit de s’approcher de quiconque ; ils sont contagieux à tous points de vue ; la lèpre est une maladie très contagieuse et d’autre part, elle était, à l’époque, considérée comme le signe de la malédiction divine, car on croyait qu’elle était le signe du péché. Nos dix lépreux s’arrêtent donc à distance de Jésus et, de loin, ils crient vers lui. Ce cri et le titre « Maître » qu’ils décernent à Jésus sont à la fois l’aveu de leur faiblesse et de la confiance qu’ils mettent en lui. Jésus ne bouge pas, ne se rapproche pas d’eux. C’est de loin que Jésus dit aux malades : « Allez vous montrer aux prêtres » ; se montrer aux prêtres, c’était la démarche que les lépreux devaient faire pour que leur guérison soit officiellement reconnue. Cet ordre de Jésus est donc en soi une promesse de guérison.

On peut rapprocher l’attitude de Jésus dans l’épisode des dix lépreux de celle du prophète Elisée envers Naaman dans la première lecture. Effectivement, l’obéissance à l’ordre reçu apporte aux lépreux la guérison. Dans l’épisode qui nous occupe, les lépreux se mettent en marche pour aller rencontrer le prêtre ; et c’est en marchant qu’ils voient leur lèpre disparaître ; réellement, leur confiance les a sauvés. La maladie avait rapproché ces dix hommes ; dans la guérison, ils vont révéler le fond de leur coeur : ils ne sont plus dix lépreux, dix exclus ; ils sont neuf bons Juifs et un Samaritain, c’est-à-dire plus ou moins un hérétique. Tout hérétique qu’il est, le Samaritain sait que la vie, la guérison viennent de Dieu ; alors il rebrousse chemin, il fait demi-tour et cette fois, purifié, il peut s’approcher de Jésus : Luc dit « il glorifie Dieu à pleine voix » et aussi « il se jette la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce » ce qui est une attitude réservée à Dieu. Ce Samaritain vient de rencontrer le Messie et il le reconnaît. Implicitement, il vient également de reconnaître que pour rendre véritablement gloire à Dieu, ce n’est plus vers le Temple de Jérusalem qu’il faut se tourner, mais vers Jésus lui-même. Faire demi-tour, c’est précisément le sens du mot « conversion ». Et Jésus reconnaît publiquement cette conversion du Samaritain : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ».

« Et les neuf autres ? » demande Jésus. Eux n’ont pas fait demi-tour ; ils ont pourtant rencontré le Messie, eux aussi… mais ils ne l’ont pas reconnu… Ou, en tout cas, ils ont considéré comme plus urgent de se mettre en règle avec la Loi en continuant leur chemin vers le Temple et les prêtres. Jésus leur avait dit d’aller se montrer aux prêtres, ils y vont sans même prendre le temps de l’action de grâce.

Plus haut, dans le même évangile de Luc, Jésus a d’ailleurs commenté cet événement pour reprocher à ses compatriotes leur aveuglement à son sujet : il a commencé par constater « nul n’est prophète en son pays » puis il a ajouté : « Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; pourtant aucun d’entre eux ne fut purifié, mais bien Naaman le Syrien ». Et à ces mots toute la synagogue s’était mise en colère (Luc 4,27). Et plus tard, dans les Actes des Apôtres, Luc insistera sur le refus opposé à l’évangile par toute une partie du peuple d’Israël en contraste avec le succès de la prédication chez les païens.

C’est une question qui troublait les premières générations chrétiennes ; quand Luc écrit son Evangile, par exemple, la jeune communauté chrétienne se divise sur un problème de fond : faut-il nécessairement être Juif pour être baptisé ? Ou bien peut-on admettre des non-Juifs, des païens, au Baptême ? Le récit de la guérison d’un Samaritain, d’un hérétique, et plus encore le récit de sa conversion profonde venaient à point nommé pour rappeler trois vérités à ne pas oublier : premièrement, le salut inauguré par Jésus-Christ dans sa passion, sa mort et sa Résurrection est offert à tous les hommes sans exception. Deuxièmement, rendre grâce à Dieu, c’est la vocation du peuple élu, mais parfois ce sont des étrangers considérés comme hérétiques qui le font le mieux. Troisièmement, ce sont bien souvent les pauvres qui ont le coeur le plus ouvert à la rencontre de Dieu. Pour le dire autrement : sur le chemin de Jérusalem, c’est-à-dire du salut, Jésus entraîne tous les hommes qui le veulent bien. Quelle que soit leur race, leur religion, il suffit qu’ils soient prêts à faire demi-tour.

Marie-Noëlle Thabut

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Augmente en nous la foi !

6 octobre 2019      27e dimanche du temps ordinaire C – Luc 17, 5-10
Lectures de ce jour

L’Évangile d’aujourd’hui nous offre un récit significatif sur la foi et une courte parabole sur notre rôle de serviteurs de Dieu. Ces deux enseignements font suite à un précepte tout aussi exigeant de Jésus sur le péché et sur le pardon, et conduisent au récit de la guérison par Jésus des dix lépreux près d’un village samaritain. Il n’y a pas de lien logique clair entre les récits de Jésus au chapitre 17 de saint Luc, ni entre les récits et l’histoire de la guérison qui suit. Toutefois, en contemplant le devoir chrétien de la mission, nous entrons en résonance avec les disciples (ici appelés apôtres) tandis qu’ils implorent Jésus : « Augmente en nous la foi ! ».

À cette demande d’une foi plus grande (apparemment, une sainte requête de croissance spirituelle), Jésus répond en comparant deux extrêmes et en mettant côte à côte l’image d’un minuscule grain de sénevé et celle d’un grand arbre, le mûrier. Il nous pousse à dépasser la logique ordinaire en utilisant une image originale qui suggère que la foi n’opère pas selon des critères humains normaux mais qu’elle semble, au contraire, incompréhensible au regard humain, comme un mûrier au milieu de la mer. La foi, fondamentalement, est la profonde confiance en Dieu dans des circonstances qui semblent totalement hostiles à tout résultat. L’Évangile d’aujourd’hui nous met au défi de croire en Dieu au-delà des limites de la logique humaine et du sens du possible, en ne faisant ainsi plus qu’un avec l’esprit, l’imagination, la logique et le cœur de Dieu.

« Les Apôtres dirent au Seigneur : “Augmente en nous la foi !” ». Saint Luc appelle « apôtres » les Douze que Jésus a choisis au début de son ministère. Apôtres signifie « envoyés ». Alors que les trois autres Évangiles n’utilisent ce mot qu’une seule fois, pour désigner le groupe particulier de disciples de Jésus, Luc l’emploie six fois dans son Évangile et vingt-huit fois dans les Actes des Apôtres. Dans l’Église primitive, on était conscient du privilège non transmissible de ces Douze : l’authenticité de leur mandat et de leur mission se fondait sur le choix de Jésus en personne. C’est lui qui les avait choisis et envoyés. Ces apôtres sont donc les témoins officiels de la Bonne Nouvelle du Ressuscité. En ce sens, ils devront avoir suffisamment foi en lui. Ils sont les témoins privilégiés des enseignements et des miracles de Jésus et, en même temps, ce sont des hommes fragiles comme nous tous, en proie au doute et au manque de foi. D’où leur prière adressée à Jésus dans l’Évangile de ce jours : « Augmente en nous la foi ! », avec la certitude qu’il est Dieu.

Quels enseignements pouvons-nous en tirer, nous qui sommes les « envoyés » d’aujourd’hui ? Nous devons reconnaître humblement que la foi nous fait cruellement défaut dans notre mission d’évangélisation du monde. Le Seigneur ne nous dit-il d’ailleurs pas : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi » ? Il ne nous est donc pas possible d’avoir une foi capable de déplacer les montagnes s’il nous manque cette foi essentielle en Jésus Seigneur, en Jésus ressuscité et vivant en nous dans son Église. À quoi sert de vouloir posséder une foi qui fait des miracles devant les foules, ou qui possède des pouvoirs de guérison, ou des pouvoirs exceptionnels pour mystifier les païens et les chrétiens d’aujourd’hui ? Jésus lui-même a opéré tant et tant de miracles devant ses contemporains et ses apôtres, et cela n’a pas augmenté leur foi. L’essentiel est d’avoir l’humilité des apôtres et de prier sans relâche pour que le Seigneur nous vienne en aide : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! », comme le criait le père de l’enfant épileptique possédé par un démon.

À chaque Eucharistie, rencontre avec le Ressuscité, demandons-lui aussi la foi nécessaire pour pouvoir le rencontrer vivant dans nos vie et dans notre monde. Seule la prière incessante, âme de la mission, rend possible la foi.

Commentaire dans le Guide officiel pour le MOIS MISSIONNAIRE EXTRAORDINAIRE OCTOBRE 2019 « BAPTISÉS ET ENVOYÉS L’ÉGLISE DU CHRIST EN MISSION DANS LE MONDE », Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples Œuvres Pontificales Missionnaires, San Paolo, Rome, 2019

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L’indifférence

29 septembre 2019      26e dimanche du temps ordinaire C – Luc 16, 19-31
Lectures de ce jour

Un homme, richement vêtu aimait festoyer avec ses amis en partageant de bons repas. Il dispose d’une grande richesse et en profite. En d’autres mots, un bon vivant comme nous en voyons autour de nous. À sa mort, il se retrouve en enfer.

Qu’a-t-il fait de mal ? Il n’est pas dit que sa fortune provenait d’actes malhonnêtes. Il n’est pas égoïste. Même en enfer, il pense à ses frères et tente de leur éviter le même sort que lui. Il n’a rien fait de blâmable. Pourquoi se voit-il rejeté en enfer ?

Cet homme connaît la Loi de Moïse et le grand commandement de l’amour de Dieu et du prochain sans parler des interpellations des prophètes, tel Amos. De fait, il n’a pas observé le grand commandement. Il n’a rien fait pour le pauvre Lazare, gisant près de son portail. Il ne pouvait aimer Dieu dont il négligeait la Parole qui l’invitait à secourir les pauvres. Aux yeux de Dieu, il ne suffit pas de ne pas faire de mal. Un bon disciple de Jésus ne se contente pas d’éviter le mal.

La parabole décrit où mène l’attachement à la richesse. Pour un Juif d’alors, la richesse est vue comme un signe de bénédiction de Dieu et le malheur comme une punition pour le péché. Jésus remet cela en cause : il fait comprendre que la richesse n’est pas automatiquement une récompense de Dieu et surtout qu’elle peut détourner de Dieu. C’est pourquoi les propos de Jésus sur les dangers de la richesse étonnent les disciples et font ricaner les Pharisiens. De nos jours, lorsque le Pape François dénonce les méfaits du libéralisme économique, il est contesté même de la part de bons chrétiens.

Le non-respect des droits des faibles, comme un cancer, détruit immanquablement la société qui s’en accommode. Nous constatons l’écart grandissant entre les gens de classe moyenne et les grandes fortunes. Ces jours-ci, les partis politiques multiplient les promesses d’avantages financiers pour s’attirer le vote de la classe moyenne. Peu de nouvelles ressources pour les plus démunis. Pas de geste concret pour lutter contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux. Une loi récente stigmatise le port de signes religieux par les personnes en autorité. Souhaitons et prions pour que nos politiciens s’intéressent avec autant de zèle aux signes pas suffisamment « ostentatoires » de pauvreté.
Il serait injuste et simpliste de blâmer uniquement les riches. L’appétit de richesse s’étend à toutes les classes sociales. Loto-Québec se porte bien, signe que les rêves de gros lot demeurent séduisants.

Dans la parabole, le pauvre a un nom : « Lazare » (i.e. Dieu aide), un nom qui contraste avec sa situation misérable. Le riche n’a pas de nom. Il tire son identité de sa richesse. À sa mort, on l’enterre, car alors la richesse ne sert plus à rien. Tout sépare les deux hommes : le portail où git Lazare aurait pu être un passage permettant la rencontre; il a servi de muraille bloquant tout contact. Lazare ne peut même pas se nourrir des miettes du festin. Selon la coutume de l’époque, le convive d’un banquet se nettoyait les doigts avec des morceaux de pain et les jetaient par terre. Seuls les chiens s’intéressent à Lazare et viennent « lécher ses plaies. »

Le riche est demeuré insensible à la situation de Lazare, qu’il connaissait pourtant par son nom. Son désir de bien profiter de la vie a étouffé en lui la compassion. La richesse lui a engourdi le cœur et, pire, elle l’a rendu sourd à la Parole de Dieu qui l’invitait au partage.

La richesse aurait pu lui donner une liberté d’action ; elle l’a plutôt enfermé sur lui-même et ainsi rendu moins humain, moins à l’écoute de la Parole de Dieu. La « dolce vita » finit par anesthésier la conscience et engendre l’indifférence. Alors nous détournons les yeux et nous nous bouchons les oreilles.
Au séjour de morts, le riche se souvient de ses frères. Il aimerait leur épargner les souffrances qu’il endure et demande à envoyer Lazare leur parler. Ils ont connu Lazare et vont le reconnaître. Voir un mort revenir leur parler suffirait à leur ouvrir les yeux.

Jésus démasque cette illusion. L’exigence d’un signe fort, bien visible, pour croire en la Parole de Dieu, traverse toute la Bible. Jésus y est souvent confronté ; les Pharisiens, lui demandent des signes. Ses propres disciples en font autant.

Lorsque Jésus a ressuscité Lazare, le frère de Marthe et Marie, cela a effectivement provoqué l’adhésion de foi des nombreux Juifs qui en furent témoins. Elle a aussi confirmé les chefs du peuple dans leur décision de faire mourir Jésus et aussi Lazare, devenu malgré lui, un signe encombrant.
Avouons-le, à certains moments, aimerions bien percevoir des signes plus évidents quand il nous avons des décisions majeures à prendre.

Aujourd’hui, laissons la Parole de Dieu questionner notre relation à l’argent : attachement ou simple instrument ?
Frères et Sœurs, Amos voulait réveiller en nous le sens de l’indignation devant l’injustice. Jésus dégonfle le l’illusion de la richesse.

Que notre communion au signe du pain, nous réconforte, quelle que soit notre situation et nous fasse découvrir avec plus d’évidence que Dieu, que le Christ est celui en qui nous devons chercher notre sécurité et qui peut nous rendre plus humains.

Marcel Poirier, a. a.

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Les Voies de la Vie 

22 septembre 2019      25e dimanche du temps ordinaire C – Luc 16, 10-13
Lectures de ce jour

Dans le chapitre 16 de son Évangile, Luc nous présente Jésus qui dresse toute une série d’oppositions pour nous faire réfléchir sur la question : « Où se trouvent véritablement nos sécurités et nos priorités dans nos vies, et où ultimement se repèrent les chemins de vie ? »

Croire à l’Amour

Tout d’abord, remarquons que Jésus nous rappelle que dans notre vie nous sommes les gérants du plan de Dieu. Il est bon de se poser la question : « Le plan de Dieu, c’est quoi ? » Dans sa lettre à Timothée, saint Paul nous le dit d’une manière lumineuse et limpide : « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité ». Cette phrase est au centre de ce texte, mais elle est aussi au centre de la pensée de Paul, et surtout elle est le centre, la chose la plus importante de l’histoire de l’humanité : « Dieu, notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés ». Tous les mots comptent : « Dieu veut » : c’est le mystère de sa volonté, ce « dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement ». La volonté de Dieu est une volonté de salut, et cette volonté de Dieu concerne tous les êtres humains. Le Christ est venu pour annoncer en paroles et en actes l’amour de Dieu pour tous les êtres humains. Croire à cet amour, vivre de cet amour, c’est être sauvé.

Donner la Direction

Toutefois, assez souvent, nous plaçons notre foi et notre confiance dans des sécurités bien tangibles et bien visibles, à savoir, nous plaçons notre confiance dans l’argent. C’est bien là le point à faire attention. L’Argent se révèle trompeur de deux manières : d’abord, il nous fait croire qu’il nous assurera le bonheur, mais viendra bien un jour, pourtant, où il nous faudra tout laisser. Dans la phrase de Jésus « Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que le jour où il ne sera plus là… », la formule « il ne sera plus là » est une allusion à la mort. Ensuite, l’Argent nous trompe quand nous croyons qu’il nous appartient à nous tout seuls. Jésus ne nous pousse pas à mépriser l’argent, mais à le mettre au service du Royaume, c’est-à-dire des autres. Les richesses méritent bien leur nom et il serait stupide et hypocrite de les ignorer et mépriser. Mais nous n’en sommes pas propriétaires pour notre seul usage égoïste, nous en sommes intendants. C’est pour cela que Jésus parle de « bien étranger », c’est parce qu’il ne nous appartient pas. Il est bien vrai « qu’on peut être le plus riche du cimetière », mais peut-être qu’il y a un intérêt plus grand à être riche pour en faire profiter les autres.

Prendre les Moyens

Jésus fait découvrir à ses disciples, donc à nous, que pour vivre une vie heureuse et pleine de sens il ne suffit pas de « faire de l’argent » à tout prix en oubliant la solidarité et la justice. Dans la parabole que Jésus raconte pourquoi y a-t-il une louange déconcertante de l’intendant malhonnête ? Ce que nous sommes invités à comprendre c’est que l’intendant menacé de licenciement fait une dernière fois des cadeaux avec l’argent de son patron pour se faire des amis qui le lui rendront. Il est parfaitement malhonnête ; mais il a su trouver très vite une solution astucieuse pour assurer son avenir. Et l’astuce, ici, consiste à utiliser pour une fois l’Argent comme un moyen et non comme un but. Ce n’est pas la malhonnêteté que Jésus admire, c’est l’habileté : qu’est-ce que nous attendons pour trouver des solutions astucieuses pour assurer l’avenir de tous ? Nous sommes invités à consacrer autant de temps et de matière grise à inventer des solutions de paix, de justice et de partage qu’à gagner de l’argent au-delà du nécessaire, et la face du monde sera changée.

Au fond l’histoire pourrait s’écrire ainsi : choisissez Dieu, résolument, et mettez au service du Royaume, c’est-à-dire au service de l’Amour et de la Justice, l’habileté que vous mettriez à faire de l’argent. Alors, les voies de la vie s’ouvriront, la paix germera et le monde sera transfiguré dès aujourd’hui !

Édouard Shatov, a. a. 

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Une présence surprenante !

2 juin 2019      Ascension du Seigneur C – Luc 24, 46-53
Lectures de ce jour

Quarante jours après Pâques, nous fêtons l’Ascension de Jésus ressuscité. C’est le jour où il disparaît au regard de ses apôtres. Comme eux, nous avons notre regard tourné vers le ciel. Mais en même temps, nous ne devons pas oublier de regarder vers la terre. C’est cela le message de l’ange aux apôtres : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » En d’autres termes, nous chrétiens, nous sommes « citoyens du ciel » mais nous marchons vers notre patrie définitive qui n’est pas ici-bas et non pas dans un ailleurs indéfini non plus. Oublier notre foi au Christ ressuscité serait pour nous un aveuglement mortel. Mais cela ne doit pas nous faire négliger la mission confiée par le Christ : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples… »

Accueillir la présence de Dieu

Pendant le temps de Pâques, pendant 50 jours, nous fêtons le Christ mort et ressuscité. Nous méditons le grand passage de Jésus vers son Père. Cette période est là pour raviver et fortifier notre foi. C’était vrai pour les disciples. L’évangile nous dit qu’ils étaient encombrés par le doute. Mais si le Christ ressuscité est resté visible quarante jours, c’est précisément pour les faire passer du doute à la foi. N’oublions pas que le vendredi saint, ils ont subi un grave traumatisme. Ils ont vu leur Maître mis à mort sur une croix et enfermé dans un tombeau. Pour eux, c’était la fin d’une belle aventure. Mais voilà que le jour de Pâques, Jésus ressuscité les rejoint. Sa première parole, un message de paix, est message d’espérance que nous avons à transmettre à notre monde. Beaucoup vivent dans l’indifférence. D’autres sont hostiles à la foi chrétienne sans même savoir pourquoi. Plusieurs parmi nous sommes douloureusement marqués par la souffrance, la maladie, le découragement.

Accueillir notre mission

Nous sommes invités par Jésus-Christ lui-même à accomplir notre vocation et notre mission, à savoir, si je lis bien les textes d’aujourd’hui : à aider les autres dans les moments difficiles de leur vie. Nous sommes invités à leur communiquer l’espérance qui nous anime. Mais cela ne sera possible que si nous l’entretenons en nous. Il ne suffit pas de regarder ce qui va mal dans le monde. Il nous faut aussi regarder vers le ciel. Des moments de ressourcement sont nécessaires. Se ressourcer, c’est prendre du temps pour la prière, le temps de rencontrer les autres et surtout de se rappeler que l’Esprit Saint nous précède dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route. À la suite des apôtres, nous sommes envoyés pour proclamer la bonne nouvelle à toute la création. Pour cette mission, nous ne sommes pas seuls. Jésus reste avec nous. Le principal travail, c’est lui qui le fait dans le cœur des hommes. Le monde doit pouvoir découvrir en nous quelque chose de l’amour passionné de Dieu pour tous les êtres humains. Il est important que notre cœur soit de plus en plus accordé à son infinie tendresse pour l’humanité. Alors, ne perdons pas une minute. C’est à chaque instant que nous avons à rayonner de cette lumière qui vient de lui.

Accueillir notre vocation

Cette fête de l’Ascension vient donc nous rappeler le but de notre vie. Avec Jésus, nous devons nous rendre compte qu’il y a dans notre vie des passages essentiels d’une rive à l’autre. Nous sommes en marche vers ce monde nouveau qu’il appelle le Royaume des cieux et c’est là que Dieu veut rassembler tous les hommes et toutes les femmes. Comme nous dit la lettre de saint Paul aux Éphésiens : « Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait ». Ce qui veut dire, si je lis bien : Dieu ne veut que notre bonheur et notre accomplissement. C’est cette bonne nouvelle que nous avons à annoncer aux hommes et aux femmes de notre temps. Rien ne doit l’arrêter. Les violences, les guerres, les catastrophes n’auront pas le dernier mot. Le Christ ressuscité veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché. Nous sommes à dix jours de la Pentecôte. Les apôtres en ont profité pour faire une retraite. Avec eux, nous te supplions, Seigneur : Envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre.

Édouard Shatov, a. a.

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Je vous donne ma paix

26 mai 2019      6e dimanche de Pâques C – Jean 14, 23-29
Lectures de ce jour

Nous avons parfois l’impression que les premières communautés chrétiennes, notamment celles qui vivaient sous l’influence de la parole de Jean, vivaient dans une paix et une exultation inébranlables, nées de leur proximité avec les témoins de Jésus terrestre et ressuscité. Pourtant, le texte de l’évangile de ce sixième dimanche de Pâques nous laisse deviner le désarroi et l’inquiétude de la communauté johannique face à l’absence de Jésus. Celui-ci, a bel et bien donné sa paix à ses disciples. Pourtant, après sa résurrection, sa paix ne semble pas manifeste ?

Nous aussi aujourd’hui, nous cherchons la paix du Christ. Chacun et chacune a sa vision et sa définition de la paix. Pour certains, c’est le silence d’une plage ensoleillée sur une île déserte. C’est vivre dans la tranquillité, le calme, le repos,… et surtout loin des autres, loin des agitations et des bruits de la société, loin de toutes ces choses qui agressent notre corps et notre esprit. Pour d’autres, c’est l’accord conscient avec le fond de soi-même, c’est se retrouver dans un état « positif », apaisé, détendu, relax, cool, sans stress. Une des façons d’envisager la paix aujourd’hui est par exemple d’être «Zen», une forme de paix envisagée selon les mouvements religieux orientaux. L’image d’une personne en paix est alors presque la personne en position du «Lotus» en train de méditer devant un bon paysage. Pour d’autres encore, la paix est l’absence des guerres entre les nations.

Pour nous chrétiens qui croyons à la paix que Jésus dit avoir laissée derrière Lui, qu’est ce que la paix ? Comme pour la communauté Johannique, c’est, au milieu du désarroi, au cœur même de la conscience d’une absence, d’un creux dans le monde, la conscience aussi d’une présence, amoureuse et agissante au cœur de chaque être humain et du monde. Or la conscience de cette présence est rarement donnée, elle ne va pas de soi ; il faut la chercher, creuser l’existence quotidienne pour atteindre l’espace de paix qu’elle contient toujours. Un peu comme les creuseurs et chercheurs des minerais de l’or ou du coltan en Afrique, qui tamisent le fond des rivières ou des roches pendant des jours et des semaines, convaincus qu’ils finiraient bien par trouver la pépite tant convoitée.

Il y a au cœur de chaque personne un espace de paix qu’il faut découvrir. Notre foi au Christ ressuscité nous met en marche vers cette découverte. Si Lui, dans la résurrection, est arrivé à cette harmonie de l’être à laquelle nous aspirons, et si, comme chrétiens et chrétiennes, nous participons déjà en germe à cette harmonie, il va de soi que nous cherchions sans cesse à identifier au fond de nous cet espace de paix fondamentale et à le faire surgir à la surface de notre être, pour que de plus en plus, nous nous retrouvions nous-mêmes dans la paix de Jésus ressuscité.

Actualiser la paix qui dort au cœur de chacun et de chacune de nous, c’est en même temps construire la paix de notre monde. Quand on a expérimenté la joie de la paix avec soi, ne serait-ce qu’en un instant, on devient un quêteur de paix. Tous les gestes d’amour, d’amitié, de justice, de générosité, d’entraide, deviennent des signes d’une paix possible entre tous et toutes. On veut identifier ces signes, les rendre encore plus expressifs, pour que, peu à peu, les hommes et les femmes de notre temps les perçoivent comme des expressions d’une paix qui ne demande qu’à être découverte, identifiée, actualisée.

Être disciple du Christ ressuscité, c’est « être interprète de tous les gestes de paix qui demeurent souvent inefficaces parce que perdus dans l’anonymat du quotidien». Mais plus encore, c’est poser, nous-mêmes, au prix de notre propre sécurité, les gestes de paix qui feront découvrir à l’autre que la paix n’est pas une utopie. Nous n’avons pas à conserver comme un trésor la paix que nous recevons de Jésus Christ ressuscité. Elle nous est donnée pour être partagée (Proche est ta Parole. Lectures bibliques du dimanche année C).

Fr. Jean Bosco, assomptionniste

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La Victoire de l’Amour et de la Liberté !

19 mai 2019      5e dimanche de Pâques C – Jean 13, 31-33a.34-35
Lectures de ce jour

En ce cinquième dimanche de Pâques l’Évangile de Jean dans son chapitre treize nous invite à méditer le mystère de la force créatrice de l’amour et de la liberté.

La Liberté Créatrice

Tout d’abord nous sommes invités à recevoir la révélation de l’amour de Dieu confirmé dans la personne de Jésus-Christ, la Parole agissante de Dieu lui-même. Ce Fils trahi, abandonné de tous, persécuté par tous, persiste, seul contre tous, à n’être qu’amour, bienveillance, pardon ; il révèle au monde jusqu’où va l’amour du Père, c’est-à-dire jusqu’à l’infini, sans limites. Jésus pose cet acte d’amour librement et sans aucune contrainte. Uniquement par amour du Père et de l’humanité. Alors, nous qui contemplons ce mystère de l’amour fou de Dieu, nous devenons capables d’aimer comme lui à notre tour. C’était l’expérience des douze disciples devenus ses apôtres, c’est aussi la vocation de notre expérience de vie en Dieu. Car Jésus lie bien les deux choses ; il dit : « Maintenant, je vais révéler au monde jusqu’où va l’amour du Père » et « Maintenant je vous donne un commandement nouveau, c’est d’aimer de la même manière ». Dès maintenant nous en sommes capables parce que nous avons la possibilité de puiser en lui, Jésus, son propre amour. Aimer, d’une manière nouvelle, c’est cela ouvrir la porte de la foi, inspirer la confiance !

L’Amour Créateur

C’est la donne de la nouveauté de l’amour que Jésus nous révèle. Elle ne consiste pas dans le commandement d’aimer. Jésus ne l’invente pas ! Le commandement d’amour existe bel et bien dans l’enseignement de son temps. Ce qui est nouveau, c’est d’aimer comme lui. C’est-à-dire, non pas seulement à sa manière, au point d’être prêt à donner sa vie, en refusant toute puissance, toute domination, toute violence. C’est plus que cela, c’est d’aimer vraiment comme lui, en étant complètement guidé par son Esprit. Nous comprenons désormais d’une manière nouvelle la fameuse phrase : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres ». Bien plus qu’un commandement, c’est un constat. Si nous sommes réellement ses disciples, c’est son propre Esprit qui dicte nos comportements. Nous savons que l’amour au jour le jour est difficile. Comme le dit le livre des Actes des Apôtres : « Il nous faut passer par bien des épreuves ». Les épreuves de la foi, en fait, tout simplement peut-être sont les épreuves de la vie fraternelle. Alors, si nous y parvenons dans nos communautés chrétiennes, le monde sera bien obligé d’admettre cette évidence que l’Esprit du Christ agit en nous ! C’est en cela vraiment qu’est notre vrai, et peut-être unique, défi à relever.

Toutes choses nouvelles

Toutefois, Jésus vient de montrer en actes de quel amour nous devons nous aimer et il nous montre qu’un tel amour est possible. Il le montre à ses disciples, c’est-à-dire à chacun et à chacune d’entre nous lors de son dernier repas. Jésus a commencé par laver les pieds. L’étonnement a été grand : lui, le Seigneur et le Maître, s’est fait le serviteur : « Je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert ». Et il a terminé en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné ; ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi ». C’est donc cela « aimer » : aimer « comme » il nous a aimés. Si on y réfléchit, cela est possible. Il est possible de nous mettre au service les uns des autres, même de ceux pour lesquels nous n’éprouvons pas de sympathie. Notre fidélité à ce commandement est vitale, nous dit-il, puisque c’est à cela que nos communautés seront reconnues comme les communautés de l’amour de Dieu révélé en Jésus. C’est une liberté difficile à apprendre et pourtant si nécessaire.

C’est peut-être aussi là, dans cet amour et dans une telle liberté que se cache le secret du ciel nouveau et de la terre nouvelle, autrement dit, du monde nouveau. D’un monde basé sur l’amour et non pas sur la violence. En fait, un monde véritablement libre !

Édouard Shatov, a. a.

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Vocation : promesse et accomplissement

12 mai 2019      4e dimanche de Pâques C – Jean 10, 27-30
Lectures de ce jour

Ce quatrième dimanche de Pâques, dimanche des vocations, l’Évangile de Jean, au chapitre 10, nous invite à contempler et à méditer la vocation de Jésus-Christ et, à partir de celle-là, notre propre vocation.

Le projet de Dieu

Tout d’abord, Jésus parle de pasteur et de ses brebis, et en un premier temps il révèle le projet de Dieu sur le genre humain et sur l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Car le peuple d’Israël se comparait volontiers à un troupeau : « Nous sommes le peuple de Dieu, le troupeau qu’il conduit » est une formule qui revient plusieurs fois dans les psaumes. En particulier dans le psaume de ce dimanche : « Il nous a faits et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau ». Le troupeau est la richesse de son propriétaire, sa fierté, mais aussi l’objet de sa sollicitude et de tous ses soins. C’est pour les besoins du troupeau que le pasteur nomade déplace sa tente dans le désert, en fonction des plaques d’herbe pour la nourriture des bêtes. Ainsi Dieu se déplaçait-il avec son peuple tout au long de sa marche dans le désert du Sinaï. Nous nous souvenons que ce troupeau est bien souvent malmené, maltraité, ou mal guidé par les rois qui s’étaient succédé sur le trône de David, mais on savait que le Messie, lui, serait un berger attentif et dévoué. Donc, tout naturellement, Jésus, pour affirmer qu’il est bien le Messie, emprunte le langage habituel sur le pasteur et les brebis. Et ses interlocuteurs l’ont très bien compris.

La révélation de Dieu

Mais Jésus, en un second temps, les emmène beaucoup plus loin ; parlant de ses brebis, il ose affirmer : « Je leur donne la vie éternelle, jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main ». C’est une formule très audacieuse : qui donc peut donner la vie éternelle ? Quant à l’expression « être dans la main de Dieu », elle était habituelle dans l’Ancien Testament. C’est bien à cela que Jésus fait référence puisqu’il ajoute aussitôt : « Personne ne peut rien arracher de la main du Père ». Jésus met donc clairement sur le même pied les deux formules « ma main » et « la main du Père ». Il ne s’arrête pas là. Au contraire, il persiste et signe, dirait-on aujourd’hui : « le Père et moi, nous sommes UN ». C’est encore beaucoup plus audacieux que de dire : « oui, je suis bien le Christ, c’est-à-dire le Messie ». Jésus prétend carrément être l’égal de Dieu, être Dieu lui-même. Pour ses interlocuteurs, c’était intellectuellement inacceptable. Jésus rencontre donc l’incompréhension, voire la haine. Il sera persécuté, éliminé, mais certains crurent en lui. Dans son Évangile Jean le dit bien: « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu… mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jean 1,11-12).

L’accomplissement de la Promesse

Jésus affirme clairement que la promesse de Dieu s’accomplit. En Jésus nous voyons l’image de Dieu et l’image de l’humanité accomplie. Une nouvelle incroyable ! Nous pouvons enfin imaginer tout une foule de toutes nations, races, peuples et langues, dont nous parle ce dimanche le livre de l’Apocalypse. Ce livre utilise quatre termes – toute nation, race, peuple et langue – pour signifier que c’est bien l’humanité tout entière qui est concernée. « Tout homme verra le salut de Dieu » avait annoncé Isaïe (Is 40, 5). Dieu « plante sa tente » chez les êtres humains, chez nous. Dieu habite définitivement au milieu de nous. C’est ce mystère de proximité, d’intimité, de présence permanente de Dieu parmi nous, voire en nous-mêmes, que Jésus nous révèle en nous parlant du pasteur et des brebis. C’est cette nouvelle que Jean exprime dans son Évangile, en nous disant au sujet du Christ : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jean 1,14). Nous sommes invités à écouter la voix de cette bonne nouvelle qui proclame que Dieu est à jamais présent à l’humanité et que le mystère de l’Incarnation est l’accomplissement de cette promesse.

C’est bien grâce à ceux qui écoutent cette bonne nouvelle que la révélation continue à se répandre. « Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle ». Les disciples de Jésus, chacun et chacune d’entre nous, tout au long de l’histoire, avons bien besoin de nous appuyer sur cette certitude : « Personne ne peut rien arracher de la main du Père ». C’est le secret même de notre propre vocation, de notre propre accomplissement.

Édouard Shatov, a. a.

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La vie reprend son cours

5 mai 2019      3e dimanche de Pâques C – Jean 21, 1-19
Lectures de ce jour

Jésus est parti. Il se manifeste encore de temps à autre, mais il n’est plus là pour entraîner le groupe des disciples. Désœuvrés, encore sous le choc des événements violents des derniers jours, les apôtres retournent chez eux, en Galilée, loin de Jérusalem. Ils reprennent leurs occupations antérieures. La scène bucolique de Jésus servant le petit déjeuner aux apôtres au bord du lac est riche d’enseignements.

Retour à la vie ordinaire

Pierre décide d’aller pêcher avec 6 autres apôtres. De toute la nuit, ils ne prennent rien. Au petit jour, un étranger, en fait Jésus, que l’on ne reconnaît pas, leur conseille de jeter leurs filets à droite de la barque. Les filets se remplissent. Pierre avait pris l’initiative d’aller pêcher et ce fut un échec. En suivant le conseil de Jésus, il voit ses filets remplis de gros poissons. Le chiffre 153, symbolise l’universalité de l’Église qui accueille tous être humain. Pierre et les disciples y gagnent à suivre les conseils du Maître.

Sur la rive, Jésus les attend et leur a préparé lui-même un petit déjeuner : du poisson et du pain, cuits sur un feu de braise : ici le feu de la fraternité, allusion, par opposition, au feu de la trahison lors du reniement de Pierre.
Cette scène bucolique fait comprendre aux apôtres que Jésus leur conserve son amour. Il s’adresse à eux en leur demandant : « les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » expression qui traduit clairement l’affection qu’il leur porte. La scène signale en même temps la beauté et la bonté de la vie ordinaire et de ses rythmes.

Réhabilitation de Pierre

Jésus emmène Pierre à l’écart et lui demande : « Simon, m’aimes-tu plus que ceux-ci? » Notons à la 1ère question le « plus que ceux-ci ? » Pierre s’était vanté de suivre Jésus, voire de se battre et de mourir pour lui. La réalité a contredit cette présomption, car Pierre a nié connaître Jésus, pas une fois, mais trois fois. Pierre ne se compare plus aux autres ; il se limite à exprimer son amour. Comme Pierre, il vaut mieux ne pas nous se comparer aux autres mais plutôt à nous-mêmes et chercher à devenir meilleurs aujourd’hui que nous ne l’étions hier.

La question de Jésus, répétée à 3 reprises, fait écho au triple reniement de Pierre. Par cette démarche, Jésus confirme sans équivoque le leadership de Pierre. À la tête de son Église, il place un homme faible et limité : Pierre, « le roc », a failli et manqué à sa mission. La qualification principale exigée de Pierre est d’aimer Jésus. Ainsi, Pierre saura prendre soin des agneaux et des brebis qui lui sont confiés.

Tout ministère exercé au nom de Jésus est un ministère d’amour, caractérisé par l’humilité et l’obéissance à la Parole du Maître. En nous attachant à Jésus, nous saurons prendre soin de ceux et celles dont nous avons la responsabilité.

Pierre a besoin des autres pour avancer. Il reconnaît Jésus lorsque le disciple que Jésus aimait lui signale que c’est Jésus qui les interpelle.

Vieillesse et liberté

Après avoir confirmé Pierre dans sa charge, Jésus ajoute : « Amen, amen, je te le dis : « quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais : quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »

Pierre, l’homme habitué à prendre les initiatives et à commander, doit apprendre à lâcher prise. Les années qui s’accumulent rongent progressivement nos marges de manœuvre. Pierre doit apprendre à compter sur les autres comme chacun de nous doit éventuellement le faire. Nous sommes parfois appelés sur des terrains que nous préférerions éviter. Un dépouillement difficile, nous le savons bien.

En requalifiant Pierre comme chef des apôtres et leur manifestant à nouveau son amour, Jésus les prépare à recevoir l’Esprit Saint. Ils doivent d’abord s’habituer à son absence ou plutôt à une nouvelle manière d’être présent. Ainsi, ils comprennent qu’ils ont besoin de cette force intérieure que communique l’Esprit Saint.

Marcel Poirier, a.a.

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Le doute : fécond ou stérile ?

28 avril 2019      2e dimanche de Pâques C – Jean 20, 19-31
Lectures de ce jour

Thomas refuse de croire les autres apôtres qui affirment avoir vu Jésus vivant. Sceptique, il exige de voir et toucher la marque des plaies du crucifié. « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas. » D’où viennent cette réaction catégorique et ces exigences de Thomas, qui en ont fait le patron des sceptiques ?

Le doute peut être ambivalent. Pour certains il oblige à préciser, à clarifier. Il devient ainsi au service de la vérité recherchée. D’autres questionnent tout, et tout le temps. Ils alignent question après question, sans arrêt, jamais satisfaits. Ce genre d’attitude masque souvent la peur, voire le refus, non de la vérité comme telle mais plutôt de l’engagement qui pourrait en découler. Tant que l’on ne sait pas hors de tout doute, on refuse alors de s’engager.

Le doute de Thomas

D’où vient le doute de Thomas ? Comme les autres apôtres, il avait tout abandonné pour suivre Jésus. Il Le voyait comme le libérateur d’Israël. Il était même prêt à se battre pour Lui. Lorsque Jésus monte à Jérusalem et annonce qu’il va y mourir, Thomas, sans hésiter, invite les disciples: «Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui.» Jn 11,16 Tob

Thomas n’est pas le « douteux » systématique que l’on imagine souvent et dont l’attitude nous le rend sympathique. Au contraire, il avait développé une confiance sans borne en Jésus. L’entrée triomphale à Jérusalem avait attisé les attentes d’une libération prochaine et glorieuse. Or voici que, en quelques heures à peine, tout a basculé. Jésus est arrêté sans opposer de résistance; Il est jugé sommairement, condamné et exécuté avec brutalité comme un malfaiteur et un traître. La mort de Jésus a mis un terme à toutes les espérances du pauvre Thomas. Son rêve, comme celui des autres disciples, s’est écroulé ; ses illusions se sont évaporées. Le choc est proportionnel à ses attentes qui étaient énormes.

Celui dont la confiance a été trompée en est blessé et devient méfiant. « Chat échaudé craint l’eau froide » rappelle le dicton. Tel est bien Thomas : un homme blessé qui refuse de se laisser entraîner dans une nouvelle aventure. Comme les autres, il avait entendu Jésus parler de sa mort et de la résurrection qui allait suivre. Comme eux, il avait écouté sans comprendre et sans vraiment accepter. Toutefois, il a suffi que Jésus se manifeste à lui, confirmant ainsi l’annonce de la résurrection. Alors Thomas comprend et s’exclame : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Il s’agit de la profession de foi la plus forte de la part des apôtres : il reconnaît la divinité de Jésus. Il affirme ce qu’aucun des autres n’avait compris : que Jésus ressuscité est Seigneur et Dieu.

Nos doutes

Nous vivons dans un monde qui se questionne beaucoup. Le développement de la science nous pousse dans cette direction. Questionner pour mieux comprendre est bon, voire nécessaire. Interroger est une chose; remettre en question en est une autre. Tout remettre en question entraîne une perte de sens.
Bien des personnes avaient une confiance totale dans l’Église et ses ministres. Nous pouvons comprendre que les scandales qui éclaboussent l’Église minent leur confiance d’autant plus fortement que cette confiance était grande.

La paix

Jésus se présente à ses disciples en disant : « La paix soit avec vous ! » Aucune allusion au reniement de Pierre, à la trahison de Juda, à la fuite des autres. Aucun reproche. Une sismle salutation qui a une odeur de pardon. À ces hommes qui ont trahi, il donne son Esprit et les envoie à leur tour pardonner les faiblesses de leurs semblables.
En ce dimanche de la miséricorde, demandons au Seigneur de nous libérer du doute qui paralyse et des fautes qui ralentissent notre marche. Que son Esprit vienne raviver la confiance et stimuler notre espérance.

Marcel Poirier, a.a.

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« Croire à l’Impossible! »

21 avril 2019      Résurrection du Seigneur C – Jean 20, 1-9
Lectures de ce jour

En ce dimanche de Pâques, l’Évangile nous présente les apparitions de Jésus aux premiers témoins. Pour Jean, Passion et mort de Jésus constituent l’heure de sa glorification. La résurrection de Jésus et ses manifestations en gloire sont importantes, car elles viennent consacrer l’ensemble du parcours de Jésus, interprété depuis le commencement à partir de la Résurrection finale : « Quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent ! » Nous sommes invités à faire de même avec eux.

Le premier témoin

Pour être juste, nous devons dire « la première », car il s’agit de Marie-Madeleine. C’est elle qui la première découvre que le corps du Christ est absent de son tombeau. C’est elle qui voit que la pierre a été enlevée du tombeau et que le corps a disparu. C’est elle qui assiste la première à l’aube de l’humanité nouvelle ! Marie-Madeleine la pécheresse ! Elle est l’image de l’humanité tout entière qui découvre son Sauveur. Elle vient au tombeau dans une démarche de tendresse et de pitié pour retarder la séparation d’avec Jésus et prolonger le deuil. Une démarche d’amour qui est confrontée à une réalité inattendue. Mais, visiblement, elle n’a pas compris tout de suite ce qui se passait : là aussi, elle est bien à l’image de l’humanité ! Pour comprendre ce qui est arrivé, elle a besoin du support des autres disciples. Comme nous, elle court vers les autres pour comprendre.

Témoignage véridique d’une communauté

Pierre et le disciple que Jésus aimait sont présents tous les deux depuis le début de la Passion de Jésus dans une grande proximité avec lui. Pierre éprouve une douleur car il a trahi son Seigneur. L’autre disciple a manifesté sa fidélité jusqu’au pied de la Croix et à la mise au tombeau. Et pourtant, tous les deux sont appelés à découvrir la réalité nouvelle du Seigneur. Sans polémique ni rivalité apparentes, tous les deux attestent la nouvelle avec la prééminence qui leur revient : Pierre entre le premier au tombeau, devenant pour l’Église primitive et pour nous un témoin indiscutable. Mais l’autre disciple l’emporte manifestement par son adhésion au Seigneur. Ce sont les linges qui sont la preuve que Jésus est désormais libéré de la mort : ces deux linges qui l’enserraient symbolisaient la passivité de la mort. Devant ces deux linges abandonnés, désormais inutiles, Jean vit et il crut ; il a tout de suite compris. Nous devons nous souvenir que quand Lazare avait été ramené à la vie par Jésus, quelques jours auparavant, il était sorti lié. Le corps de Lazare était encore prisonnier des chaînes du monde : il n’était pas un corps ressuscité. Jésus, lui, sort délié : pleinement libéré. Le corps de Jésus ressuscité ne connaît plus d’entrave. Tous, comme Pierre et le disciple que Jésus aimait, fidèles ou non, nous sommes appelés à accueillir cet événement de la Résurrection.

Au-delà de toute preuve !

La fin de l’Évangile de ce dimanche nous livre une phrase est étonnante : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Au tombeau vide, Pierre et l’autre disciple ne reçoivent pas une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l’Écriture revenait tout d’un coup à leur mémoire, car il n’y pas une telle phrase dans l’ensemble de l’Écriture. Ce qui existait, c’est la parole de Jésus et l’espérance des disciples. Une espérance fragile qui a été anéantie lors de la Passion. C’est, tout d’un coup, l’ensemble du plan de Dieu qui est apparu à Pierre et au disciple que Jésus aimait. Ces deuz disciples et nous à leur suite sommes invités à faire un pas dans la foi et à reconnaître que la foi n’a pas de preuves contraignantes.

Notre foi n’a d’autre preuve que le témoignage des communautés chrétiennes qui nous ont précédés, que le témoignage des frères et sœurs qui nous entourent, et à qui nous faisons confiance. Nous sommes appelés à faire un pas vers l’impossible et à rechercher avec l’aide de l’Esprit Saint les réalités d’en haut.

Édouard Shatov, a.a.

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Roi sans couronne et sans armée 

14 avril 2019      Dimanche des rameaux et de la passion du Seigneur C – Luc 19, 28-40. 22, 14-23.56. 23, 1-49
Lectures de ce jour

La semaine sainte s’ouvre par l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Il semble que Jésus orchestre lui-même les détails de cette entrée afin de mettre en évidence le type de royauté qui est le sien, car jusque-là il avait soigneusement évité de s’attribuer ce titre.

Il envoie d’abord deux disciples réquisitionner la monture. De fait, lorsque ceux-ci détachent le petit âne, les maîtres acceptent immédiatement la raison donnée: «Parce que le Seigneur en a besoin. » Le pouvoir de réquisition est un pouvoir royal alors reconnu et accepté. De plus, monter sur un animal que personne encore n’avait monté, constitue également à un privilège royal. On peut déceler là des petits signes de l’intention de Jésus.

Jésus choisit ensuite d’entrer dans la ville du côté du mont des Oliviers. C’est par là en effet que devait se présenter le Messie, le futur roi. Il s’avance sur une monture, un âne, tel que le prophète Zacharie l’avait annoncé, un âne emprunté, qui ne lui appartient pas. « Dites à la file de Sion : Voici que ton Roi vient à toi; modeste, il monte une ânesse, et un ânon, petit d’une bête de somme. » Il accueille les cris enthousiastes de la foule: « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » Les Pharisiens protestent contre ces acclamations. Il leur répond : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »

Il pénètre ainsi dans la ville, en toute simplicité et désarmé. Voilà le type de royauté qu’Il annonce. La suite le confirme, ce Messie sans armes et sans escorte est vulnérable, totalement à la merci de ses ennemis. Arrêté, ligoté, flagellé, insulté, Il ne se défend pas et il ne répond pas à la violence de ses agresseurs. Pilate le constate lui-même : « Je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. » Sur la croix, malgré l’opposition des chefs des prêtres, Pilate fait poser l’inscription : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

Cloué à la croix, apparemment totalement immobilisé, sans pouvoir, Jésus trouve encore la force d’intercéder pour ses juges et tortionnaires : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » À l’un des malfaiteurs crucifiés avec Lui, et qui l’invoque, il répond : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Voilà notre roi ! Sa mort apparaît comme un échec. La haine et la violence qui la sert ont cru l’emporter. Mais la haine ne peut endiguer l’amour que Jésus porte à notre humanité et mettre un frein à son désir de nous faire entrer dans son Royaume et partager la vie du Père.

En se présentant de cette façon, Jésus brise à jamais l’image que nous nous faisons de Dieu. Instinctivement nous nous le représentons comme le Tout-Puissant, Celui qui a créé l’univers et qui peut tout : rien ne lui est impossible. Or, Jésus, dans son dépouillement, met en évidence la pauvreté d’un Dieu qui respecte la liberté de sa créature, notre liberté.

La pauvreté de Jésus révèle celle de Dieu devant les humains que nous sommes. Quand l’amour se heurte au refus obstiné des hommes, Dieu devient impuissant et meurt. Il meurt de nos refus d’aimer. Alors se manifeste la puissance de Dieu qui rend la vie à Celui qui l’a donnée jusqu’au bout.

Par son exemple, Jésus nous invite à le suivre sur la route du don de soi, à abandonner nos rêves de pouvoir et de richesse. Il nous révèle aussi la liberté d’un cœur qui aime et qu’aucune force ne saurait tuer.

Marcel Poirier, a.a.

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Il allège nos fardeaux

7 avril 2019       5e dimanche de carême C – Jean 8, 1-11
Lectures de ce jour

En ce cinquième dimanche du Carême nous sommes déjà dans le contexte de la Passion. Dans la scène que l’évangéliste Jean nous raconte il s’agit de beaucoup plus qu’une anecdote de la vie de Jésus, il s’agit du sens même de sa mission. Jésus, comme enseignant, nous révèle le grand enseignement de Dieu : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »

Être face-à-face

Pour accueillir le salut, il nous faut nous dégager de nos fardeaux. Tout d’abord du fardeau de la méfiance, des soupçons et de l’incrédulité. Pour cela il nous faut guérir notre mémoire. Assez souvent notre mémoire nous rappelle que nous n’étions pas toujours assez bons, ni aussi généreux que nous voulions l’être. Il peut arriver qu’au cours de notre vie nous nous soyons trouvés dans des situations des plus embarrassantes, telle celle de la femme prise en flagrant délit d’adultère dans l’Évangile d’aujourd’hui. Il se peut aussi que nous nous soyons trouvés à la place des accusateurs, en faisant toutefois, une lecture sélective et imparfaite des événements : l’adultère dont nous parle l’Évangile est en général commis par deux personnes, or, dans l’Évangile on ne mentionne que la culpabilité de la femme. Comme quoi, on ne cherche pas toujours la justice, mais on cherche le prétexte pour mettre l’autre, même Dieu, au banc des accusés. Dans l’Évangile, malgré l’apparent respect de l’apostrophe « Maître, qu’en dis-tu ? », Jésus n’est pas en meilleure posture que la femme adultère : les deux sont en danger de mort : la femme à cause de son péché, Jésus si sa réponse ne convient pas à la Loi.

Demeurer dans le Silence de Confiance

Pour prendre ce chemin de guérison il ne faut pas se dépêcher. Jésus ne répond pas tout de suite : « Jésus s’était baissé, et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. » Ce silence est certainement destiné à laisser à chacun le soin de répondre : très respectueux, il n’humilie personne ; celui qui incarne la miséricorde ne cherche pas à mettre qui que ce soit dans l’embarras, pas plus les scribes et les Pharisiens que la femme adultère ! Aux uns comme à l’autre, il veut faire faire un bout de chemin. Son silence est constructif : il va faire découvrir aux Pharisiens et aux scribes le vrai visage du Dieu de miséricorde. C’est une manière de nous faire entendre une parole ancienne et toujours nouvelle de Dieu que nous avons déjà entendue dans le livre du prophète Isaïe : « Le Seigneur dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides » ».

Réinventer l’Esperance et l’Avenir

Pour faire refleurir les lieux arides et les déserts des cœurs endurcis Jésus répond ; sa phrase ressemble plutôt à une question : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Sur cette réponse, ils s’en vont, « l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés ». Rien d’étonnant : les plus anciens sont les plus prêts à entendre l’appel à la miséricorde. Tant de fois, ils ont expérimenté pour eux-mêmes la miséricorde de Dieu… Tant de fois, ils ont lu, chanté, médité la phrase « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour », tant de fois ils ont chanté le psaume : « Pitié pour moi, SEIGNEUR, en ta bonté, dans ta grande miséricorde efface mon péché »… Ils viennent de prendre conscience de tous les pardons reçus. Les Pharisiens et les scribes voulaient sincèrement être les fils du Très-Haut, comme nous d’ailleurs ; alors Jésus leur dit, Jésus nous dit : « Ne vous trompez pas de Dieu, soyez miséricordieux ».

Jésus, le Verbe, vient d’accomplir parmi eux sa mission de Révélation. Il nous libère de nos fardeaux et nous dit : « Prenez mon exemple ! Voici que je fais une chose nouvelle ! Ne vous laissez pas accabler par votre passé, mais allez avec confiance aujourd’hui afin d’être heureux pour toujours ! »

Édouard Shatov, a. a.

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Fils prodigue – Père prodigue

31 mars 2019       4e dimanche de carême C – Luc 15, 1-3. 11-32
Lectures de ce jour

Un même mot désigne des réalités différentes. Le fils gaspille et dilapide. Le Père pardonne et accueille. Les biens gaspillés disparaissent. L’amour s’accroît quand il se donne.

Cette parabole choque les Pharisiens : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. » Elle les choque parce qu’ils se croient « purs », exempts de tout péché. Pourtant ils connaissent les Écritures qui affirment : « Aucun homme n’est assez juste sur terre pour faire le bien sans pécher. »

Le Père laisse partir le cadet avec sa part d’héritage. Sa maison n’est pas une prison. Ruiné et affamé, le fils envie la nourriture donnée aux porcs. Difficile de tomber plus bas. Il incarne la déchéance extrême. Le ventre creux, il se souvient de la maison du Père. Poussé par la faim, il y retourne. En route il réalise qu’il ne mérite plus d’être traité en fils. Souvent, les épreuves nous forcent à réfléchir. Le Père accueille celui qui l’a quitté et tout gaspillé. Il accueille même celui-là… Aucune limite à sa miséricorde. Cela devrait nous redonner courage quand nous désespérons de nous-mêmes et de notre capacité à devenir meilleurs…

Le personnage central de la parabole n’est pas le fils qui gaspille ni l’aîné qui se révolte, mais le Père. Après le départ du fils, il demeure Père et attend avec patience. Il ne cesse jamais d’être père, même quand ses enfants le rejettent. Lorsque le fils revient enfin, le Père l’accueille. Il lui laisse à peine le temps de reconnaître son passé fautif : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils… » Toutefois, il ne s’attarde pas à l’aveu. Aussitôt, il ordonne de l’habiller, de lui mettre une bague au doigt, signe d’autorité, et des sandales aux pieds. Il lui redonne ainsi sa dignité; il le remet au monde. « Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. » Le Père aime ses enfants et il les veut vivants.

Le pardon du Père ne ressemble pas au geste d’un comptable qui annule une dette, geste plutôt impersonnel. Le Père laisse au cadet le temps d’exprimer son regret. Sans cette reconnaissance de la faute, il manquerait quelque chose au pardon, non de la part du Père, dont le geste est sans retour, mais de notre part.

Souvent nous nous comportons comme ces enfants gâtés qui savent qu’ils seront pardonnés et accueillis et ne voient pas l’amour qui pousse le père ou la mère à rouvrir la porte du foyer, malgré la peine infligée.
En reconnaissant la gravité de nos fautes nous pouvons mesurer la grandeur de l’amour de Celui qui nous pardonne. Trop souvent, nous n’osons pas regarder en face notre réalité pécheresse. Nous fuyons ce côté obscur de nous-mêmes. Reconnaître son péché, ce n’est pas se mesurer à un ensemble de normes : c’est plutôt identifier notre déficience d’amour: notre médiocrité devant l’amour illimité de Dieu pour nous.

Dans cette parabole, le Père s’élance au-devant du fils qui revient; il sort aussi pour inviter l’aîné qui refuse de se joindre à la fête. Il prend toujours les devants. Cela confirme ce que Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » Le retour du fils à la maison devient un moment de réjouissance. « Il fallait bien festoyer et se réjouir; car ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé. » « Il fallait festoyer et se réjouir… »

Nous sommes des pécheurs pardonnés. Cela devrait nous combler de joie. C’est cette joie qui rendra notre témoignage de chrétien interpellant et attirant.

Marcel Poirier, a.a.

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« Faits divers »

24 mars 2019       3e dimanche de carême C – Luc 13, 1-9
Lectures de ce jour

Voilà bien un texte étonnant ! Il rassemble deux « faits divers », un commentaire de Jésus et la parabole du figuier. À première vue, ce rapprochement nous surprend, mais si Luc nous le propose, c’est certainement intentionnel ! Et alors on peut penser que la parabole est là pour nous faire comprendre ce dont il est question dans le commentaire de Jésus sur les deux faits divers.

Premier fait divers, l’affaire des Galiléens : en soi, il n’a rien de surprenant, la cruauté de Pilate était connue ; l’hypothèse la plus vraisemblable, c’est que des Galiléens venus en pèlerinage à Jérusalem ont été accusés (à tort ou à raison ?) d’être des opposants au pouvoir politique romain ; on sait que l’occupation romaine était très mal tolérée par une grande partie du peuple juif, et c’est bien de Galilée qu’à l’époque de la naissance de Jésus était partie la révolte de Judas, le Galiléen. Ces pèlerins auraient donc été massacrés sur ordre de Pilate au moment où ils étaient rassemblés dans le Temple de Jérusalem pour offrir un sacrifice.
Quant à l’écroulement de la tour de Siloé, deuxième fait divers, c’était une catastrophe comme il en arrive tous les jours. D’après la réponse de Jésus, on devine la question qui est sur les lèvres de ses disciples : elle devait ressembler à celle que nous formulons souvent dans des occasions semblables : « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour qu’il m’arrive ceci ou cela ? »

C’est l’éternelle question de l’origine de la souffrance, le problème jamais résolu ! Dans la Bible, c’est le livre de Job qui pose ce problème de la manière la plus aiguë et il énumère toutes les explications que les hommes inventent depuis que le monde est monde. Parmi les explications avancées par l’entourage de Job accablé par toutes les souffrances possibles, la plus fréquente était que la souffrance serait la punition du péché. J’ai bien dit « serait » ! Car la conclusion du livre de Job est très claire : la souffrance n’est pas la punition du péché ! À la fin du livre, d’ailleurs, c’est Dieu lui-même qui parle : il ne nous donne aucune explication et déclare nulles toutes celles que les hommes ont inventées ; Dieu vient seulement demander à Job de reconnaître deux choses : premièrement, que la maîtrise des événements lui échappe et deuxièmement, qu’il lui faut les vivre sans jamais perdre confiance en son Créateur.

Devant l’horreur du massacre des Galiléens et de la catastrophe de la tour de Siloé, Jésus est sommé de répondre à son tour ; la question du mal se pose évidemment et les disciples n’échappent pas à la tentative d’explication : l’idée d’une relation avec le péché semble être venue spontanément à leur esprit. La réponse de Jésus est catégorique : il n’y a pas de lien direct entre la souffrance et le péché. Non, ces Galiléens n’étaient pas plus pécheurs que les autres… non, les dix-huit personnes écrasées par la tour de Siloé n’étaient pas plus coupables que les autres habitants de Jérusalem. Là Jésus reprend exactement la même position que la conclusion du Livre de Job. Mais il poursuit et à partir de ces deux faits, il va inviter ses apôtres à une véritable conversion. Il le fait avec énergie et il insiste sur l’urgence de la conversion. Là, on croit entendre les prophètes comme Amos ou Isaïe, ou tant d’autres. Mais il ajoute aussitôt la parabole du figuier qui vient tempérer la rudesse apparente de ses propos. Elle nous dit combien les mœurs divines sont différentes des mœurs humaines, car elle nous révèle un Dieu plein de patience et d’indulgence ! À vues humaines, un figuier stérile qui épuise inutilement le sol de la vigne, il n’y a qu’une chose à faire, c’est le couper ! Traduisez, « si on était Dieu, les pécheurs, on les éliminerait ! » Mais les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes ! « Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive », disait déjà Ézéchiel (Ez 18, 23 ; 33, 11).
La conversion que Jésus demande à ses disciples ne porte donc pas d’abord sur des comportements ; ce qu’il faut changer de toute urgence, c’est notre représentation d’un Dieu punisseur. Bien plus, c’est en face du mal justement, qu’il faut nous rappeler que Dieu est « tendresse et pitié » comme dit le psaume de ce dimanche ; qu’il est « miséricordieux », c’est-à-dire penché sur nos misères. La conversion qui nous est demandée ne serait-ce pas tout simplement celle-ci ? A savoir nous mettre une fois pour toutes à croire à l’infinie patience et miséricorde de Dieu ? Et là encore, Jésus reprend bien à son compte les conclusions du livre de Job : ne cherchez pas à expliquer la souffrance ni par le péché, ni par autre chose, mais vivez dans la confiance en Dieu.

Alors les deux phrases « si vous ne vous convertissez pas… vous périrez de la même manière » voudraient dire quelque chose comme : L’humanité court à sa perte parce qu’elle ne fait pas confiance à Dieu. C’est toujours la même histoire : nous sommes comme le peuple d’Israël au désert, dont Paul rappelait l’aventure dans la deuxième lecture ; notre liberté doit choisir entre la confiance en Dieu et le soupçon : choisir la confiance, c’est croire une fois pour toutes que le dessein de Dieu est bienveillant ; ce simple retournement de nos cœurs changerait la face du monde !

Marie-Noëlle Thabut

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Le Corps Glorieux

17 mars 2019       2e dimanche de carême C – Luc 9, 28b-36
Lectures de ce jour

Quelques jours avant le récit de la Transfiguration dans le chapitre neuf de l’Évangile de Luc, au cours d’un temps de prière avec ses disciples, Jésus leur a posé la question cruciale : « Qui suis-je pour vous ? » Pierre a su répondre : « Tu es le Christ – c’est-à-dire le Messie – de Dieu ». Mais ce Messie ne se présente pas comme on s’y attendait. Il annonce sa gloire mais aussi sa souffrance et sa mort. C’est dans ce mystère paradoxal que Jésus introduit ses disciples et nous aussi avec eux.

Le Corps de la Prière

Environ huit jours plus tard, nous dit Luc, Jésus conduit ses disciples Pierre, Jacques et Jean sur la montagne ; il veut de nouveau aller prier avec eux. Luc est le seul des évangélistes à mentionner cette prière du Christ, lors de la Transfiguration. Les trois disciples découvrent que pour Jésus, la prière est une rencontre transfigurante. Quelque temps auparavant Jésus leur avait dit : « À vous il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ». C’est particulièrement vrai, ici, pour les trois témoins. C’est ce moment de prière sur la montagne que Dieu choisit pour révéler à ces trois privilégiés le mystère du Fils de l’homme. Car, ici, ce ne sont plus des hommes, la foule ou les disciples, qui donnent leur opinion, c’est Dieu lui-même qui livre la révélation et nous donne à contempler le mystère du Christ : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le ».

Le Corps de la Présence

La montagne dans l’Ecriture est le lieu de la rencontre avec Dieu et cela nous fait penser au Sinaï. Luc choisit son vocabulaire de façon à évoquer le contexte de la révélation de Dieu au Sinaï : la montagne, la nuée, la gloire, la voix qui retentit, les tentes… Nous sommes moins étonnés, du coup, de la présence de Moïse et d’Elie aux côtés de Jésus. Quand on sait que Moïse a passé quarante jours sur le Sinaï en présence de Dieu et qu’il en est descendu le visage tellement rayonnant que tous en furent étonnés, comme nous le dit le livre de l’Exode au chapitre 34 : « Quand Moïse descendit de la montagne, la peau de son visage rayonnait ». Quant à Elie, lui aussi « marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb », et là il a eu la vision de Dieu dans une brise légère. Ainsi, les deux personnages de l’Ancien Testament qui ont eu le privilège de la révélation de la gloire de Dieu sur la montagne sont également présents lors de la manifestation de la gloire du Christ. Luc est le seul évangéliste à nous préciser le contenu de leur entretien avec Jésus : « Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem ». (En réalité, Luc emploie le mot « Exode »). Comme la Pâque de Moïse avait inauguré l’Exode du peuple, de l’esclavage en Egypte vers la terre de liberté, la Pâque du Christ ouvre le chemin de la libération pour toute l’humanité.

Le Corps de la Promesse

Dans la nuée lumineuse de la Transfiguration, la voix du Père supplie : « Ecoutez-le ». Ces deux mots, « Shema Israël », pour des oreilles juives, c’était tout un programme. « Ecoute Israël », c’est la profession de foi quotidienne. C’est le rappel du Dieu Unique à qui Israël doit sa libération. Cet « Ecoutez-le » n’est pas un ordre donné par un maître exigeant ou dominateur mais une supplication et cela signifie juste : « Faites-lui confiance ». « Ecoutez-le », c’est un appel que Dieu seul peut se permettre de prononcer. C’est une allusion à la promesse que Dieu a faite à Moïse de susciter à sa suite un prophète. C’est une promesse qui a été faite dans le livre de Deutéronome : « C’est un prophète comme toi que je leur susciterai du milieu de leurs frères ; je mettrai mes paroles dans sa bouche ». Mais il faut bien remarquer que cette vision de Jésus transfiguré n’est pas donnée à ces disciples privilégiés pour qu’ils s’installent à l’écart du monde et de ses problèmes.

Il faut descendre dans la plaine car le projet de Dieu ne se limite pas à quelques privilégiés sur la montagne. Au dernier jour, c’est l’humanité tout entière qui sera transfigurée. Comme le dit saint Paul dans la lettre aux Philippiens, au chapitre 3 : « Nous sommes citoyens des cieux… Jésus transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ».

Édouard Shatov, a. a.

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Le Fondement de la Vie 

10 mars 2019       1er dimanche de carême C – Luc 4, 1-13
Lectures de ce jour

« Qu’est-ce qui constitue la base, la fondation de toute vie humaine ? » Dans la perspective croyante, c’est la confiance que nous accordons à Dieu. En fait, c’est notre foi. Dans le quatrième chapitre de son Évangile, Luc nous fait méditer précisément sur notre foi en nous envoyant avec Jésus au désert.

À l’ombre du Très-Haut

Il est très intéressant de rapprocher ce passage d’évangile du psaume qui le précède dans la liturgie de ce dimanche : « Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut et repose à l’ombre du Puissant, je dis au Seigneur : Mon refuge, mon rempart, mon Dieu dont je suis sûr ». C’est très exactement l’attitude du Christ, au seuil de sa vie publique : il se tient tout simplement à l’ombre du Très-Haut. La tentation serait de quitter cet abri ou bien de douter qu’il soit sûr, ou encore de chercher d’autres abris, d’autres sécurités. Ces trois tentations ont été celles du peuple d’Israël tout au long de l’histoire biblique. Et quand le Tentateur (son vrai nom dans le texte grec est le « diviseur », le « diabolos ») s’adresse à Jésus, c’est bien sur ce terrain qu’il se tient. Par trois fois, le Tentateur essaie de distiller son poison : « Tu es grand, tu peux bien faire ton bonheur tout seul ! » Le Tentateur chuchote aussi que « peut-être ferais-tu mieux de m’adorer, moi, pour réaliser tous tes projets. Jette-toi en bas, Dieu sera bien obligé de t’aider ». Voilà la tentation ultime pour mettre Dieu à l’épreuve.

Confiance jusqu’au bout

Mais Jésus sait bien que Dieu seul peut combler toutes les faims de l’homme, et il a choisi de faire confiance jusqu’au bout, de « se tenir sous l’abri du Très-Haut », comme dit le psaume. En fait, Jésus nous fait comprendre ce que c’est que d’entretenir une relation d’amour avec quelqu’un. Reprenons une à une les trois sollicitations du Tentateur et les trois réponses de Jésus. La première tentation nous fait comprendre que notre vie comprend aussi des limites, des faims, des vides. Il faut les accepter et accepter aussi le fait que c’est l’Autre, Dieu et notre prochain, qui peut les combler. La deuxième tentation met en évidence l’inversion de la perspective entre les exigences du Tentateur et les dons gratuits de Dieu : le Tentateur dit : « Commence par te prosterner, puis je te donnerai… », (et entre parenthèses, il promet ce qui ne lui appartient pas). Dieu, au contraire, commence par donner, et seulement après, il dit : « N’oublie pas ce que je t’ai donné, alors fais-moi confiance pour la suite ». La troisième tentation nous met en garde d’exiger des preuves de présence et de protection de Dieu ou, peut-être même de notre prochain. Le Fils de Dieu sait, lui, qu’il est en permanence sous l’abri du Très-Haut quoi qu’il arrive.

La Parole qui sauve

Où Jésus puise-t-il la force de résister à celui qui veut le séparer de son Père ? Dans la parole de Dieu : la force de ce texte est dans cette construction étonnante. Le Tentateur s’adresse à Jésus par trois fois mais à aucun moment, Jésus n’entre en discussion avec lui. Les trois réponses de Jésus sont exclusivement des citations de l’Ecriture. En cela, il est bien l’héritier de son peuple : à lui s’applique merveilleusement la phrase du Deutéronome que Saint Paul a reprise dans la lettre aux Romains au chapitre dix : « La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur » (Dt 30, 14). Ses réponses sont toutes les trois extraites du livre du Deutéronome. Ce livre a été écrit justement pour que les fils d’Israël n’oublient jamais que Dieu est leur Père. C’est une manière de dire que Jésus refait pour lui-même l’expérience que son peuple a faite au désert. Et c’est aussi notre expérience à nous, de chaque personne baptisée. Nous devons nous rappeler que sans mérites de notre part, le salut nous est donné gratuitement par Dieu. Il nous faut simplement l’accueillir librement dans la foi.

« Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. Celui qui croit du fond de son cœur devient juste, celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut ».

Édouard Shatov, a. a.

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Découvrir le cœur de Dieu 

3 mars 2019       8e dimanche du temps ordinaire C – Luc 6, 39-45
Lectures de ce jour

Luc a rassemblé ici plusieurs consignes de Jésus qui ressemblent à des mises en garde concernant les relations à l’intérieur de la communauté chrétienne. Chose étonnante, on retrouve ces mêmes recommandations dans les évangiles de Matthieu et de Jean, mais elles sont éparses et prononcées dans des contextes tout différents. Si Luc les a rassemblées ici, c’est qu’il voyait un lien entre elles ; c’est donc ce lien que nous allons chercher. Cela nous amène à distinguer deux parties dans ce texte : première partie, une réflexion sur le regard ; deuxième partie, la métaphore de l’arbre et des fruits.

La première partie développe le thème du regard. Il commence par un constat : un aveugle ne peut pas guider un autre aveugle, on le sait bien. Sous-entendu, méfiez-vous : quand vous vous posez en guides, rappelez-vous que vous êtes des aveugles de naissance. La petite histoire de la paille et de la poutre va tout-à-fait dans le même sens : avec une poutre dans l’œil, on est bel et bien aveugles ; pas question de prétendre soigner la cécité des autres. Entre ces deux remarques, Luc a intercalé une phrase à première vue un peu énigmatique : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître. » Cette formation dont parle Jésus, c’est en quelque sorte la guérison des aveugles que nous sommes. C’est bien le même Luc qui a noté que les disciples d’Emmaüs n’ont commencé à y voir clair que quand « Jésus leur a ouvert l’esprit à l’intelligence de l’Écriture » (Lc 24, 45).

Comme Jésus est venu dans le monde pour ouvrir les yeux des aveugles, à leur tour, ses disciples, guéris par lui de leur cécité, ont pour mission de porter au monde la lumière de la révélation. […] Magnifique mission à laquelle les disciples ne pourront faire face que s’ils se remettent en permanence sous la lumière du maître, et se laissent guérir par lui de leur aveuglement.

Luc passe ensuite sans transition à la métaphore de l’arbre et des fruits, ce qui donne à penser qu’on est toujours dans le même registre : le vrai disciple, celui qui se laisse éclairer par Jésus-Christ, porte de bons fruits ; celui qui ne se laisse pas éclairer par Jésus-Christ reste dans son aveuglement et porte de mauvais fruits. De quels fruits s’agit-il ? Évidemment, puisque ce petit passage fait suite à tout un développement de Jésus sur l’amour mutuel, on comprend que les fruits désignent notre comportement ; le mot d’ordre général étant « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Les contemporains de Jésus comprenaient très bien ce langage, ils savaient que le Père attend de nous des fruits de justice et de miséricorde, des fruits qui sont soit des actes, soit des paroles : « Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur », nous dit Luc. En quelques phrases, finalement, Luc vient de déployer tout le mystère chrétien : formé par Jésus-Christ, le Chrétien est transformé dans tout son être : son regard, son comportement, son discours. […]

La première étape de la formation, le B.A.BA en quelque sorte, consiste à apprendre à regarder les autres comme Dieu les regarde : un regard qui ne juge pas, ne condamne pas, qui ne se réjouit pas de trouver une paille dans l’œil de l’autre ! D’ailleurs la paille dans l’Ancien Testament, c’est l’image de quelque chose de minuscule. Souvenons-nous du psaume 1 : la paille est balayée par le vent, elle ne compte pas… Précisément, ne comptons pas les défauts des autres : Dieu, lui, ne les compte pas. « Le disciple bien formé sera comme son maître », nous dit Jésus ; cette phrase vient à la suite de tout le discours sur la miséricorde de Dieu, et sur notre vocation à lui ressembler. Tel Père, tels fils… Le programme est ambitieux : aimez vos ennemis, soyez miséricordieux, ne jugez pas, ne condamnez pas… et toujours, en filigrane, il y a cette affirmation « votre Père est miséricordieux » et vous, vous êtes appelés à être son image dans le monde. Comment témoigner d’un Dieu d’amour dans le monde ? Si nous ne sommes pas à son image ?

Une dernière leçon de ce texte : « Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur », nous dit Jésus. Alors, un bon moyen de découvrir le cœur de Dieu et de parfaire notre formation, pour devenir de plus en plus à son image, c’est de nous plonger dans sa Parole !

Marie-Noëlle Thabut

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« Soyez miséricordieux comme »

24 février 2019       7e dimanche du temps ordinaire C – Luc 6, 27-38
Lectures de ce jour

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » : « (alors) vous serez les fils du Dieu très-haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants. » On a envie de dire « quel programme ! » Et pourtant c’est bien cela notre vocation ; si on relit l’ensemble de la Bible, elle apparaît bien comme le récit de la conversion de l’homme qui apprend peu à peu à dominer sa violence. Cela ne va pas sans mal, mais Dieu est patient, puisque pour lui, comme dit Saint Pierre, « mille ans sont comme un jour et un jour est comme mille ans » (2 Pi 3,8). Dieu éduque son peuple lentement, patiemment, comme le dit le Deutéronome : « Tu reconnais, à la réflexion, que le SEIGNEUR ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils. » (Dt 8,5).

Cette lente extirpation de la violence du cœur de l’homme est exprimée de manière imagée dès le livre de la Genèse : la violence y est présentée comme une forme d’animalité ; je reprends le récit du jardin d’Éden : Dieu avait invité Adam à nommer les animaux ; ce qui symbolise sa suprématie sur l’ensemble des créatures. Et Dieu avait bien conçu Adam comme le roi de la création : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre. » Et Adam lui-même s’était reconnu différent, supérieur : « L’homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs, mais pour lui-même, l’homme ne trouva pas l’aide qui lui soit accordée. » Et vous savez que ce mot « accordé » signifie « accordailles, harmonie » ; l’homme n’a pas trouvé son égale.

Or deux chapitres plus loin, voici l’histoire de Caïn et Abel. Au moment où Caïn est pris d’une folle envie de meurtre, Dieu lui dit : « le péché est tapi (comme une bête) à ta porte ; il veut te dominer, mais toi, domine-le ». Et à partir de ce premier meurtre, le texte biblique montre la prolifération de la vengeance. (4,1-26). Cela revient à dire que, dès les premiers chapitres de la Bible, la violence est reconnue, elle existe, mais elle est démasquée, comparée à un animal : l’homme ne mérite plus le nom d’homme quand il est violent. Les textes bibliques vont donc entreprendre la difficile conversion du cœur de l’homme. Dans cette entreprise, on peut distinguer des étapes ; arrêtons-nous sur la première : « Œil pour œil, dent pour dent » (Ex 21,24). En réponse à l’effroyable record de Lamek (Gn 4,23), l’arrière petit-fils de Caïn, qui se vantait de tuer hommes et enfants pour venger de simples égratignures, la loi oppose une première limitation : « une seule dent pour une dent, et non pas toute la mâchoire, une seule vie pour une vie, et non pas tout un village en représailles… » La loi du talion représentait donc déjà un progrès certain, même s’il nous paraît encore maigre. La pédagogie des prophètes va sans cesse attaquer ce problème de la violence ; mais elle se heurte à une difficulté psychologique très grande : l’homme qui accepte de ne pas se venger croit perdre son honneur. Les textes bibliques vont donc faire découvrir à l’homme que son véritable honneur est ailleurs ; il consiste justement à ressembler à Dieu qui est « bon, lui, pour les ingrats et les méchants ».
Le discours de Jésus, aujourd’hui, est la dernière étape de cette éducation : de la loi du talion, nous sommes passés à l’appel à la douceur et au désintéressement, à la gratuité parfaite ; il insiste : par deux fois, au début et à la fin, il dit « aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent »… « aimez vos ennemis sans rien espérer en retour ».

Du coup, la finale nous surprend un peu ; jusqu’ici, si ce n’était pas facile, au moins c’était logique : Dieu est miséricordieux et nous invite à l’imiter ; et voilà que les dernières lignes semblent changer de ton : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera… vous recevrez une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. » Serions-nous revenus au donnant-donnant ?

Évidemment non, puisque c’est Jésus qui parle ; tout simplement, il nous indique un chemin très rassurant : pour ne plus craindre d’être jugés, contentons-nous de ne pas juger, de ne pas condamner les autres. Quant à la phrase « Votre récompense sera grande, vous serez les fils du Dieu très-haut », elle dit la merveille que découvrent ceux qui obéissent à l’idéal chrétien de douceur et de pardon, c’est-à-dire la transformation profonde qui s’introduit en eux : parce qu’ils ont ouvert la porte à l’Esprit de Dieu, celui-ci les habite et les inspire de plus en plus ; et, peu à peu, ils voient s’accomplir en eux la promesse formulée par le prophète Ézéchiel (Ez 36,27) : « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. »

Marie-Noëlle Thabut

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Où trouver le bonheur ?

17 février 2019       6e dimanche du temps ordinaire C – Luc 6, 17. 20-26
Lectures de ce jour

Jésus nous provoque par une affirmation étonnante : “Heureux les pauvres, … ceux qui ont faim, … ceux qui pleurent… , les persécutés…” Cela ne correspond pas aux refrains que l’on entend habituellement sur le bonheur.

Le bonheur auto-fabriqué

Les publications, livres et articles, sur le bonheur pullulent. Signe évident que le sujet passionne ou inquiète. Pour beaucoup, le bonheur est devenu une obligation. On le crée soi-même. Qui n’y arrive pas, n’a que lui-même à blâmer : trop faible, trop paresseux, incapable.

Dans tous les domaines, le succès, mesure du bonheur, est obligatoire : famille, profession, affaires, amour. Il faut tout faire et à la perfection. Aucun droit à l’échec, aux temps morts, aux moments sans histoire, car pour certains, le bonheur réside dans l’intensité de l’émotion. De là l’intérêt pour les sports extrêmes, les situations extrêmes.
Le devoir de réussite en conduit plusieurs à la dépression. Cela s’aggrave pour ceux à qui il faut tout et tout de suite. La souffrance et la mort n’ont plus de place dans ce décor. Pas de place non plus pour les pécheurs et pour le pardon.

La béatitude

Or Jésus déclare « heureux » les pauvres, ceux qui pleurent, etc. Dans sa bouche les mots “heureux et malheureux” ne sont pas de simples souhaits, comme nous en faisons à Noël ou lors d’un anniversaire. Ils sont d’abord un constat: le mot « heureux » confirme que les pauvres, ceux qui pleurent, et les affligés en tout genre sont sur la voie du bonheur, même au milieu des épreuves qu’ils traversent. On pourrait dire « Bravo les pauvres, ne lâchez pas ! » ou « Heureux vous qui pleurez, tenez bon car la consolation approche.» Par contre, le mot «malheureux » signale une voie qui détourne du bonheur ultime, en dépit des apparences contraires, en dépit d’un bonheur éphémère.

« Le bonheur, dit-on, ce n’est pas d’avoir tout ce que l’on désire, mais d’apprécier ce que l’on a. » Il y a là une grande sagesse. Le personnage de l’humoriste Yvon Deschamps déclare pompeusement : « Sans le bonheur, t’es pas heureux. » Comme le font tant de gens, il situe le bonheur en dehors de soi, différent de soi. Certes, il y a des biens ou des réalisations qui nous remplissent de satisfaction. Cela ne doit pas être méprisé, au contrarie. Mais cela passe.

Le Bienheureux

En fait, les béatitudes nous parlent d’abord de Dieu et de Jésus lui-même dont elles tracent le portrait. Dieu est heureux. Jésus est heureux. Il ne s’adresse pas aux pauvres en général, mais à ses disciples, qui, pour lui, se sont fait pauvres.

Ils peuvent s’abandonner à lui car Il ne va rien leur prendre. Jésus nous apprend à ne rien posséder ou plutôt à n’être possédé par rien. On peut alors accueillir les autres sans les posséder, sans les humilier.
Il y a plus. Les béatitudes proclament une bonne nouvelle fondamentale : la pauvreté, les peines et les pleurs, les injustices subies, rien de cela signifie que Dieu nous a rejetés, que Dieu nous punit pour quelque crime que ce soit. Bannir à tout jamais de notre vocabulaire l’expression : « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? »

L’horizon du bonheur : le Royaume

« Heureux, vous les pauvres ! » La béatitude est un constat et elle trace un chemin. Dieu n’est pas venu dans notre monde avec puissance, mais dans la faiblesse de la crèche. La vie terrestre de Jésus fut un échec dont l’aboutissement fut le Calvaire. Y aurait-il quelque chose de divin dans la faiblesse, dans le don et la dépossession ?
L’horizon du bonheur que révèle Jésus, c’est le Royaume, c’est-à-dire la communion à la vie du Père. Devenir disciple, ce n’est pas se rapetisser, mais se grandir. Le message de Jésus n’a rien d’un “opium” pour tranquilliser les pauvres et leur permettre d’absorber sans se révolter, les difficultés du temps présent en attendant un avenir meilleur dans l’au-delà. Il nous invite à ne désirer rien de moins que l’infini.

Marcel Poirier, a.a.

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La Confiance qui sauve !

10 février 2019       5e dimanche du temps ordinaire C – Luc 5, 1-11
Lectures de ce jour

En nous faisant lire le début de cinquième chapitre de l’Évangile de Luc, ce cinquième dimanche nous invite à réfléchir sur notre vocation d’êtres humains aimés par Dieu. Il faut juste faire confiance à Dieu et plonger dans les profondeurs de l’amour divin même si nous avons conscience de la sainteté de Dieu et de l’abîme qui nous sépare de lui.

Être sans crainte

Disons-le clairement, ce n’est pas notre péché ou notre indignité qui arrête Dieu ! Il lui suffit que nous en prenions conscience, que nous nous tenions en vérité devant lui. Car le jour où nous prenons conscience de notre pauvreté, Dieu nous comble. Tous les deux, Pierre dans l’Évangile et Isaïe dans le sixième chapitre de son livre, sont donc en proie à une espèce de crainte devant la manifestation évidente de Dieu. Lors de sa vision, Isaïe voit s’accomplir le geste qui le purifie et le rassure ; Pierre, lui, entend la parole de réconfort de Jésus : « Sois sans crainte ». Enfin, tous les deux reçoivent une vocation, au service du même projet de Dieu, bien-sûr, qui est le salut des hommes. Isaïe sera un messager, un prophète. Pierre sera un pêcheur d’hommes, un « sauveteur ». Il faut dire que Dieu prend toujours l’initiative de se faire proche de l’homme. Ce fossé qui nous sépare de Dieu, et qui nous paraît infranchissable et indépassable, c’est Dieu lui-même qui le comble.

Suivre pour sauver

« Ce sont des hommes que tu prendras », dit Jésus à Pierre. En grec, le sens du mot employé ici est « prendre vivant ». Quand il s’agit de poissons, c’est le mot qu’on emploie pour la pêche au filet : capturer des poissons, les arracher à la mer, c’est les tuer parce que la mer est leur milieu naturel ; mais quand il s’agit des hommes que l’on arrache à la mer, cela signifie les sauver : prendre vivants des hommes, les arracher à la mer, c’est les empêcher de se noyer, c’est les sauver. À cette parole de Jésus : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras », Pierre ne répond pas. La simplicité de l’attitude de Pierre est étonnante. Pierre va juste suivre Jésus. Rien d’autre que suivre le Maître, suivre Dieu lui-même. Il faut s’entendre sur le sens du mot « suivre » : il ne s’agit pas simplement de suivre le maître pour l’écouter. Il faut s’associer à sa tâche, il faut devenir les collaborateurs de Jésus. Même si l’entreprise paraît vouée à l’échec à vues humaines, il faudra continuer à lancer les filets. Nous sommes placés là devant le mystère extraordinaire de notre collaboration à l’œuvre de Dieu.

Jeter les filets

La seule collaboration qui nous est demandée, si on y réfléchit, c’est la confiance et la disponibilité. Tout a commencé parce que Pierre a fait confiance : « Maître, sur ton ordre, je vais jeter les filets ». À ce Maître qu’il vient d’entendre parler à la foule longuement, il fait confiance, assez pour l’écouter, assez pour se risquer à une nouvelle tentative de pêche. Après le miracle, Pierre ne dit plus « Maître », il dit « Seigneur », nom réservé à Dieu. C’est aux pieds du Seigneur que Pierre se prosterne. Pour se risquer à cette nouvelle sorte de pêche que lui propose Jésus, il faut le reconnaître comme le Seigneur. En fait, c’est la grâce de générosité qui nous est demandée pour avancer au large et jeter les filets. Ce que Luc vient de nous dire, c’est que la confiance accordée à Dieu constitue la base même de la sainteté. La sainteté n’est pas une notion morale, ni même un attribut de Dieu, elle est sa nature même. L’adjectif « divin » n’existe pas en hébreu, il est remplacé par le mot « Saint » qui signifie Tout-Autre (sous-entendu Tout-Autre que l’homme), celui que nous ne pouvons jamais atteindre par nous-mêmes, celui qui nous dépasse infiniment, à tel point que nous n’avons aucune prise sur lui. On ne peut être que « sanctifié » par Dieu et, de ce fait, refléter son image, ce qui est de tout temps notre vocation ultime.

Alors, faisons confiance et acceptons de jeter nos filets. Pour que la pêche soit miraculeuse, il suffit de croire en Dieu révélé en Jésus-Christ.

Édouard Shatov, a. a.

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Un amour impossible ?

3 février 2019       4e dimanche du temps ordinaire C – Luc 4, 21-30
Lectures de ce jour

Tout le monde reconnaît l’importance de l’amour dans la vie; aimer et être aimé, voilà l’essentiel ! L’épanouissement de la personne et son bonheur en dépendent. Les psychologues ne cessent de le rappeler : l’amour ou son absence conditionne tout le développement de l’enfant. L’être humain, dit-on, est fait pour aimer.

Les événements du monde, violence, injustices et oppression, nous placent constamment devant un énorme déficit d’amour. L’amour dans le couple, ce lieu privilégié, pose aussi question. La proportion élevée d’échecs et de ruptures signale qu’il y a là un vrai défi. Une des chansons de Gilles Vigneault s’intitule d’ailleurs : « qu’il est difficile d’aimer ! » Et puis, aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines personnes, renfermées sur elles-mêmes, ne se laissent pas aimer.

L’amour dont parle l’apôtre Paul dans ses lettres – il utilise le mot grec « agapè » – est un amour désintéressé, don gratuit, pouvant aller jusqu’à se sacrifier pour l’autre. Cette forme d’amour ou de charité se révèle à travers des formes multiples. On le retrouve évidemment dans les divers liens familiaux, dans les liens d’amitié et dans l’attitude bienveillante envers toute personne qui croise nos routes.

Questionné au sujet du plus grand commandement, Jésus l’affirme clairement : aimer Dieu et aimer son prochain, deux commandements qui n’en font qu’un et résument la Loi et des Prophètes, c’est-à-dire, indiquent la voie que Dieu trace pour devenir pleinement humain, pour devenir comme Lui, amour.

Nous connaissons l’hymne à l’amour contenu dans la lettre de Paul aux Corinthiens. Il ne s’agit pas d’un traité scientifique, bien argumenté. Aucun sentimentalisme. L’apôtre se contente, en quelques versets, d’énoncer que l’amour doit imprégner toutes nos actions. Il met en évidence que les plus belles ou grandes réalisations demeurent sans valeur si elles ne proviennent pas du cœur de celui ou celle qui agit.

« J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante, … J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien »

La motivation de toute action ou attitude s’enracine dans le cœur, sinon, elle n’a, aux yeux de Dieu, aucune valeur. Le geste calculé et intéressé ressemble à l’amour mais n’en est pas et ne fait pas grandir celui qui le pose.
Pour éviter toute illusion à ses lecteurs, l’apôtre fournit des exemples bien concrets.

« L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas, il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; … » Paul épelle en termes simples les attitudes à adopter dans notre quotidien. Tout un défi ! Si on met en parallèle cet hymne à la charité avec le Sermon sur la montagne où Jésus parle de pardon illimité, d’amour de l’ennemi, de non-violence et d’authenticité, nous nous retrouvons devant un idéal inatteignable. Jésus renchérit en affirmant : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Qui pourrait se targuer d’aimer ainsi ? Amour impossible ? Oui, impossible, si on ne compte que sur ses propres forces. Heureusement, quelqu’un a réussi à aimer ainsi : Jésus. Il a donné sa vie. Ce don, Il nous le partage pour que nous progressions sur la route de l’amour vrai, pour que nous soyons, comme Lui,« parfaits comme le Père est parfait ».

Avec nos pauvres forces limitées, aimer à la manière de Jésus est impossible, mais, unis à Lui, nous pouvons nous engager sur cette route de perfectionnement sans fin, car, « rien n’est impossible à Dieu. »

Marcel Poirier, a. a.

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La Joie de la Communion Créatrice

27 janvier 2019       3e dimanche du temps ordinaire C – Luc 1, 1-4; 4, 14-21
Lectures de ce jour

Dieu nous appelle à entrer dans la joie de sa promesse de constituer une communauté créatrice dans la force même de sa Parole. En fait, Dieu nous invite à faire la lumière sur notre vie, et de reconnaître tout simplement que nous ne sommes pas juste des individus dotés du don de créativité, mais que nous formons une communauté créatrice. C’est de cela que nous parle l’Évangile de Luc.

La Communion de l’Ecoute

Nous sommes invités à marcher dans la lumière de la Parole de Dieu et à reconnaître que Dieu est toujours proche de nous. La présence de Dieu se manifeste comme la communication de la Parole, de Sa Parole, confiée aux prophètes, et qui éclaire le chemin de notre existence humaine. La Parole de Dieu, tel quelle est présentée dans le livre de Néhémie est la source profonde de la joie de vivre. Nous sommes tous et toutes appelés à l’écouter, sans aucune exception : hommes, femmes, enfants, les jeunes et les plus âgés. Cette Parole, compréhensible et accessible, fait partie de notre vie. Grâce à nos langages évolués elle est traduite, commentée et expliquée ; en effet, la Parole de Dieu passe toujours par les médiations humaines.

La Communion de l’Esprit 

L’apprentissage d’une telle écoute nous est rendue possible par la force de la présence de Dieu même, et cela nous est donné par la grâce du don de l’Esprit-Saint. Cette présence manifeste sa plénitude dans la personne de Jésus-Christ. Jésus agit, comme nous le dit l’Évangile de Luc, avec la puissance de l’Esprit. Comme le dit Luc en citant le prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Jésus, accomplissement de la Promesse, porte la Bonne Nouvelle aux pauvres, annonce aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouvent la vue, il remet en liberté les opprimés, annonce une année favorable accordée par le Seigneur. Cette Bonne Nouvelle annoncée par Jésus nous dit que la Parole de Dieu est toujours d’actualité, elle n’appartient au passé, elle est la force même de Dieu qui agit dans notre « aujourd’hui ». Cette parole provoque en nous l’action de grâce, et nous pouvons le confesser : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ».

La Communion de Complémentarité

Une question se pose : « Comment cette Parole se réalise-t-elle aujourd’hui ? » La réponse suggérée par la liturgie de ce dimanche me semble simple et inspirante à la fois : Jésus-Christ agit aujourd’hui au milieu de la communauté de ses disciples, il agit au sein même de la communauté de ses disciples. Comme nous le dit saint Paul dans sa Première Lettre à la communauté de Corinthe, les chrétiens doivent agir en communion et dans la complémentarité pour donner à la Parole de Dieu cohésion et unité. C’est pour cela que Paul développe la comparaison du corps unique, formé de la multiplicité des membres, et qui ne peut exister que par la cohésion des activités de chacun. Cette comparaison nous fait comprendre une chose simple et difficile à la fois : dans la communauté il n’y a pas les inférieurs et les supérieurs ; toutes et tous nous sommes appelés à la communion dans la complémentarité de nos vocations différentes. C’est peut-être cela qui est difficile à croire pour chacun et chacune d’entre nous : que nous sommes toutes et tous appelés à la communion avec Dieu et les unes avec les autres sans aucune exclusion. C’est précisément cela que la liturgie de ce dimanche nous annonce : nous sommes appelés à l’unité dans la diversité.

La variété des visages des disciples de Jésus, la variété des visages des communautés chrétiennes et humaines ne doit pas nous faire peur. Réjouissons-nous plutôt de ce don de pluralité que Dieu nous donne pour manifester la richesse de sa Parole et de sa présence au milieu de nous.

Édouard Shatov, a. a. 

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Faits pour la fête

20 janvier 2019       2e dimanche du temps ordinaire C – Jean 2, 1-11
Lectures de ce jour

Jésus a déjà recruté cinq disciples. Au lieu de prendre la route du désert pour les former, Il va à Cana pour fêter. Imaginons Jésus partageant et riant avec les convives ; mangeant, chantant et dansant comme les autres invités.
Alerté par Marie, sa mère, sans doute impliquée dans le service, il constate le grand embarras des époux devant le manque de vin. Nous connaissons la suite : Il change l’eau en vin, une quantité énorme : environ 600 litres.
L’évangéliste présente l’épisode comme « le commencement des signes que Jésus accomplit. » Quel est ce signe ? Le geste de l’eau changée en vin ne vise pas à soulager quelque misère et ne contient aucun enseignement explicite. Par ce signe, qualifié de « commencement », l’évangéliste cadre la mission de Jésus : inviter l’humanité à des noces.

À Cana, Jésus partage simplement les joies des époux. Cela brise l’image d’un Jésus toujours sérieux, enseignant, à l’affût de misères à soulager et tourné exclusivement vers le Royaume à venir, comme si les réalités actuelles n’avaient pas de valeur en soi. À Cana, Il célèbre avec ses semblables les beaux moments de la vie. Dans sa prédication, Il utilise l’image du banquet pour illustrer le Royaume qui vient.

Lors d’une noce, on laisse les affaires et les préoccupations de côté pour s’intéresser aux autres et se réjouir avec eux, en mangeant, chantant, dansant, etc. Autant d’expressions qui traduisent la joie. En d’autres mots : un moment pour se concentrer sur l’essentiel, i.e. la rencontre des autres et l’appréciation de ce qui est beau et bon.

Et nous, savons-nous fêter ? Dans la parabole des noces, le Maître voit son banquet compromis par des invités trop occupés à leurs affaires. Déjà à l’époque, certains accordaient plus d’importance aux affaires qu’à la fête qui, à 1ère vue, ne rapporte rien. Regarder ou écouter les autres, être simplement avec eux, est alors perçu comme une perte de temps… Il est difficile de trouver du temps gratuit pour les autres. Certains parents préfèrent “faire des cadeaux” à leurs enfants plutôt que de passer du temps avec eux.

Pourtant, nous le savons, les affaires isolent et souvent opposent les gens, alors que la fête les rassemble; elle atténue les tensions et rétablit la communion. De nos jours, il faut “décompresser”, « s’éclater ». Cela ne crée pas forcément un vrai contact avec les autres. On s’éclate, i.e. on sort de soi. On se disperse au lieu de se retrouver.
Lorsque chacun vit pour soi, il en résulte une grande solitude, génératrice d’anxiété, d’angoisse, voire de stress. Beaucoup succombent alors à la tentation de s’évader : alcool, drogue, calmants, etc. . .

La noce ne se résume pas à un banquet. Elle est la signature d’une alliance, pas une alliance militaire ou politique, mais une alliance d’amour entre deux êtres fragiles, limités ; deux êtres qui veulent donner à leur union une dimension d’éternité. Ils célèbrent cette alliance avec leur entourage qui leur servira de mémoire et de soutien lors des moments d’épreuve.

À Cana, Jésus célèbre l’amour humain pour en révéler la grandeur. Il y entraîne ses disciples, pour les éveiller à la beauté de cet amour et les préparer à en découvrir un autre, encore plus beau et plus grand, i.e. l’amour de Dieu pour son peuple. Les noces terrestres préfigurent les noces du Fils de Dieu avec l’humanité. Les prophètes, Osée en particulier, ont utilisé l’image des noces pour signifier l’amour de Dieu pour son peuple. Osée voyait la relation de Dieu à son peuple comme un mariage d’amour, une relation qui fait la joie de Dieu, pour reprendre l’expression d’Isaïe dans la lecture de ce dimanche.

Comme Jésus à Cana, sachons fêter et apprécier la beauté de l’amour du couple. Or, l’essentiel de la fête, c’est la communion avec les autres, la gratuité de l’accueil. Jésus savait fêter. À nous d’apprendre ou de réapprendre. Nous nous préparerons ainsi à la grande fête des noces du Fils avec toute l’humanité.

Marcel Poirier, a. a.

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Le Mystère de l’Amour et de la Joie 

13 janvier 2019       Le Baptême du Seigneur – Luc 3, 15-16. 21-22
Lectures de ce jour

Après la Nativité de notre Seigneur à Bethléem, sa fuite en Égypte et son retour à Nazareth en terre d’Israël, l’évangile de ce dimanche attire notre attention sur le Baptême de Jésus Christ. Il nous rappelle que le Seigneur vient manifester une Alliance de Dieu avec son peuple et achever la libération promise. L’Apôtre Paul dans sa lettre à Tite nous dit : « Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. »

Tous et toutes appelé(e)s

« Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » – c’est le sens de la fête que nous célébrons aujourd’hui. Dieu nous a créés et nous sommes le chef-d’œuvre de la création divine. Dès le premier instant de cette création, dès le commencement, Dieu a désiré le bonheur pour la création toute entière, pour chacun et chacune d’entre nous. Comme nous le dit saint Paul dans sa lettre nous sommes « bien-aimés » de Dieu. Dieu a créé chaque personne comme son enfant bien-aimé – chacun étant plein de grâce et de bonté. Voilà le mystère qui nous est révélé dans le Christ lors de son baptême : quand le ciel s’est ouvert ; quand l’Esprit est descendu ; quand le Père a parlé. Comme le disait le prophète Isaïe : « Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé ». Cette prophétie vient de s’accomplir. Dieu nous appelle toutes et tous à reconnaître que par la grâce de Jésus-Christ nous sommes appelés à devenir en espérance héritiers de la vie éternelle.

Tous et toutes inspiré(e)s

« Le ciel s’ouvrit » – Dieu ne se cache ni de nous ni de quelqu’un d’autre. Le Dieu qui se révèle à ce moment précis est un Dieu qui n’ignore pas sa création. C’est un Dieu qui ne l’abandonne pas quand son œuvre d’amour traverse des difficultés. C’est un Dieu qui décide de nous partager son Amour et de vivre avec nous notre histoire. « L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus ». – Aujourd’hui, l’évangile nous dit clairement que le Dieu en qui nous croyons, ce n’est pas un Dieu de punition, mais un Dieu de compassion. Par l’Esprit, il descend sur Jésus, et par cette descente il atteint la nature humaine toute entière – comme une colombe, une colombe qui est le symbole de la paix. Ainsi Dieu nous montre que son Alliance avec nous est éternelle et que les êtres humains ne seront pas enlevés de ses mains ou de son cœur par une forme humaine ou surhumaine. Toutes et tous nous sommes les dépositaires du même Esprit qui sanctifie tout !

Tous et toutes aimé(e)s

Ce plan de Dieu, cette complaisance divine pour l’humanité, nous est révélé par la voix venant du ciel, la voix du Père : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ». Ce sont les paroles que le Père adresse non pas seulement à Jésus, mais aussi à chacun(e) de nous. Nous sommes, les enfants bien-aimés de Dieu. C’est une grande consolation pour tous, dont parle le prophète Isaïe : « Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem». Ce qui veut dire : parlez au cœur de tout être humain. Comme le Christ nous sommes soutenus par Dieu et affermis dans sa joie. Ce mystère de l’élection divine est présent d’une manière cachée dans chaque personne humaine.

C’est dans ce mystère que nous recevons la paix du Christ, la paix du Père et de l’Esprit saint, et nous découvrons que nous sommes aimés de toute éternité, au-delà, et malgré, et contre tout ce qui pourrait se passer de répréhensible dans notre vie. Il n’y aura pas de vengeance de la part de Dieu envers l’humanité. Il y aura seulement l’Histoire du Salut réalisée dans un Amour Divin sans mesure.

Édouard Shatov, a. a.

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L’étoile et la crèche 

6 janvier 2019       L’Épiphanie du Seigneur – Matthieu 2, 1-12
Lectures de ce jour

La fête de l’Épiphanie suit de près celle de Noël. Elle rappelle la visite des mages à Bethléem. Les tableaux qui représentent la scène dépeignent 3 rois couronnés, avec chameaux, serviteurs et cadeaux et en fond de toile, une étoile. La tradition populaire a enrichi de détails l’événement. Ainsi les évangiles apocryphes donnent le nombre et le nom de ces rois : Melchior, Balthazar et Gaspard. Par contre le récit de Matthieu demeure très sobre. Il se limite à dégager le sens théologique d’un événement dont les répercussions ont affecté l’ensemble de la création.

Les mages, des savants, croient au lien étroit entre les événements terrestres et le mouvement des astres. L’apparition d’une nouvelle étoile annonce un changement majeur sur la terre, perçue comme le centre de l’univers. Cette étoile indique la naissance d’un roi dont le destin va influencer la planète. La venue du Christ sur terre amorce donc un changement d’envergure cosmique.

Saint Paul signalera également ce lien entre l’histoire humaine et l’évolution de l’univers.
« La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu: livrée au pouvoir du néant, …, elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu.» Rm 8, 19-21

Les mages ne se reposent pas sur leur acquis. Ils gardent les yeux levés et l’apparition d’un nouvel astre les met en route et ils ne se laissent pas paralyser par les difficultés. Il est si facile de s’endormir dans nos certitudes et cesser de chercher. Les mages ont pris la route, sans savoir où cela les mènerait. En suivant l’étoile, ils ont accepté de marcher dans la nuit. À leur manière, ils nous invitent à observer dans l’univers les signes de la présence du Créateur au milieu de nous et à nous mettre en route pour l’honorer. La venue du Messie comble l’attente de ces chercheurs de sens venus de partout, comme les mages « venus d’orient », terres païennes.

La naissance de Jésus à Bethléem répond à l’attente fiévreuse du peuple d’Israël, l’attente d’un messie libérateur. L’étoile a conduit les mages à Jérusalem, car Dieu s’est révélé à Israël, pour que par lui, sa Parole rejoigne le monde entier.
« Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. »

Israël s’est parfois vu en propriétaire de la Parole, lui conférant prééminence sur les autres nations. Or, il n’en est que l’intermédiaire. Dieu, par Israël s’adresse à toute l’humanité. À notre tour, nous sommes dépositaires de la Parole et il nous revient de la communiquer aux autres, à tous ceux et celles qui se sont mis en route pour trouver un sens à leur vie. Pouvons-nous, osons-nous être l’étoile qui les guidera jusqu’au Christ ?

Scribes et prêtres ont indiqué où devait naître le Messie. Pourtant, à l’annonce des Mages, ils sont demeurés à Jérusalem. Nous pouvons connaître la Parole de Dieu, mais demeurer sur place comme les Scribes et en ignorer les invitations. La Parole n’est pas une pièce de musée, héritée de nos pères; elle ne sert à rien si elle ne nous met en mouvement.

La fête de l’Épiphanie nous redit que l’univers entier participe de cette naissance de Jésus. Le peuple juif, toutes les nations païennes et l’univers lui-même sont concernés. Ce qui étonne toujours, c’est que la gloire du Tout-Puissant se manifeste par la naissance d’un enfant. Une gloire qui n’écrase pas. De pauvres bergers ont répondu à l’appel des anges. Des savants ont perçu cet appel par leur science et sont partis rencontrer et honorer le nouveau roi. Et nous, dépositaires de la Parole, resterons-nous sur place ?

Marcel Poirier, a.a.

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Les Portes du Mystère de Dieu et de l’humain 

30 décembre 2018       Fête de la Sainte Famille – Luc 2, 41-52
Lectures de ce jour

Tout de suite après la fête de Noël nous célébrons la fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Nous sommes invités à réfléchir sur le sens de toute famille humaine en contemplant, grâce à l’Évangile selon saint Luc, la famille dans laquelle grandit la révélation du Dieu vivant, Jésus Christ, le Messie, le Sauveur du monde.

La Confiance de la Promesse

Tout d’abord il nous est rappelé que toute famille est accomplissement d’une promesse. Le premier livre de Samuel nous le rappelle aujourd’hui en citant les paroles d’Anne, la mère de Samuel : « C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. » Anne fait confiance au Seigneur et elle ne sera pas déçue. Rien d’autre, juste la confiance ! Le premier fondement de toute famille c’est la confiance. C’est la même confiance mutuelle qui était le fondement de la famille de Marie et de Joseph. Cette confiance dans l’accomplissement de la promesse est aussi liée à l’action de grâce. Il ne suffit pas juste de demander et de recevoir. Nous sommes invités à être reconnaissants. Avec Anne, mère de Samuel nous sommes invités à apprendre à dire pour chaque élément de notre existence : « À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. »

La Mémoire Vivante

Le deuxième fondement de la famille est la mémoire vivante de la présence de Dieu dans notre histoire, dans l’histoire de tout être humain et de toute famille. Nous sommes invités à nous redire sans cesse que Dieu en qui nous croyons est un Dieu qui garde la mémoire de ses promesses, et par ce fait même, il nous invite à garder dans notre cœur et dans notre intelligence les promesses qu’il nous a faites. Nous sommes appelés à nous souvenir comme nous le dit saint Jean dans sa première lettre : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. » Dieu nous aime infiniment et cet amour est manifesté en Jésus Christ. Nous sommes invités à reconnaître que Dieu demeure en nous en écoutant l’Esprit de Dieu et en aimant notre prochain. C’est cela : garder précieusement la mémoire des merveilles de Dieu dans notre vie et dans la vie de nos proches comme Marie a gardé les paroles du Seigneur dans son cœur et les a méditées tout au long de sa vie. La Mémoire est vitale pour notre existence humaine.

La Reconnaissance du Mystère

La confiance et la mémoire sont deux éléments qui permettent la reconnaissance de la présence de Dieu dans notre histoire d’aujourd’hui. Ils ne sont pas des obstacles sur notre chemin ; ils sont plutôt des repères que nous devons sans cesse garder dans notre cœur pour nous permettre à nous-mêmes et aux autres de grandir en humanité et dans l’humanité. La confiance et la mémoire permettent de reconnaître au temps favorable l’accomplissement des promesses dans notre vie. Cela n’est pas toujours une évidence ! Il faut aussi accepter comme Marie et Joseph, que Jésus, la présence de Dieu dans notre vie, échappera toujours à toutes nos tentatives de le posséder. Nous sommes invités comme Marie à garder dans notre cœur les événements de la vie de Jésus. Nous sommes invités à accepter que Jésus entre dans nos vies et que notre vie avec lui grandisse en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes et les femmes de notre temps.

Tout cela ne passe jamais sans difficultés. Cela demande des ajustements, des temps de silence, d’écoute et de méditation. La parole de l’Enfant Jésus, comme la parole de tout être humain, on ne la comprend pas toujours. N’ayons pas peur ! Jésus adolescent de l’Évangile de Luc nous invite au dialogue comme au Temple de Jérusalem. À son exemple, et avec son aide, nous sommes invités à nous dire une parole les uns aux autres. Nous sommes invités à reconnaître que nous formons une seule famille et à vivre cette communion familiale dans l’amour mutuel.

Édouard Shatov, a. a.

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Marie se mit en route … avec empressement

23 décembre 2018       4e dimanche de l’Avent C – Luc 1, 39-45
Lectures de ce jour

Le court récit de la Visitation de Marie à Élisabeth se caractérise par sa fébrilité. Marie se met en route avec empressement. L’enfant que porte Élisabeth tressaillit d’allégresse à la voix de Marie. Élisabeth s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes. »

Partager une bonne nouvelle

Marie se met en route « avec empressement ». L’archange Gabriel l’a informée que sa cousine Élisabeth était enceinte de six mois. On devine les raisons qui la motivent. Elle ne va pas vérifier les dires de Gabriel, comme si elle doutait du message qu’elle a entendu. Certes, elle va aider sa cousine durant les derniers mois de grossesse. Mais surtout, elle est consciente de l’extraordinaire expérience que vivent l’une et l’autre. Elle a besoin de partager en toute liberté ce qui lui arrive d’incroyable avec Élisabeth qui vit elle aussi une expérience hors du commun.
Il y a beaucoup plus : Marie est porteuse d’une nouvelle bouleversante. En effet Celui que son peuple attend depuis si longtemps, le Messie, va enfin se manifester. Elle ne sait trop comment, mais la promesse est en voie de se réaliser. Le Messie est déjà là. Marie va laisser éclater sa joie par le chant du Magnificat.

Il n’est pas facile en effet de partager ce que l’on vit intérieurement. Ces deux femmes expérimentent des maternités impossibles, attribuables à une intervention spéciale de Dieu. Marie avait besoin de partager sa joie. Élisabeth vivait sa stérilité comme une disgrâce et la venue d’un enfant la comble au-delà de toute espérance. De plus, l’une et l’autre, comme tout le peuple d’Israël, espéraient la venue du Messie.

L’exemple de Marie et d’Élisabeth nous invite à partager aussi ce que nous vivons au plan spirituel. Nous éprouvons toujours une certaine pudeur à le faire. Pourtant, cela devrait être au cœur de notre vie. Il faut une bonne dose d’humilité pour y arriver, car cela nous expose à l’incompréhension, voire au ridicule. Par contre, il est toujours possible de partager ses convictions profondes.

Être prophète

La salutation de Marie provoque une réaction, non d’Élisabeth, mais de l’enfant qu’elle porte. Dans le sein de sa mère, Jean réagit. Le 1er prophète à reconnaître Jésus est un enfant, un enfant à naître. Le Dieu-enfant, Jésus, reconnu par un autre enfant, Jean. Quelle leçon d’humilité ! Il n’est jamais trop tôt et jamais trop tard.

Par une simple salutation, Marie communique la présence du Dieu Sauveur. Nous imaginons parfois le témoignage comme quelque chose de compliqué. Une salutation toute simple peut ouvrir la porte des cœurs. Pour témoigner, il suffit de dire et surtout d’être ce que nous sommes, i.e. un homme ou une femme habité par la joie de nous savoir bénis et aimés de Dieu.

Si Jean Baptiste a été prophète dès le sein de sa mère, Élisabeth l’a été aussi. « Remplie d’Esprit Saint », dit le texte, elle reconnaît son Seigneur en l’enfant que porte Marie. « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Elle donne à l’enfant de Marie le titre de « Seigneur », titre que les Juifs réservaient à Dieu.

Dans les Évangiles, Élisabeth est le 1er personnage humain à reconnaître ainsi la divinité de Jésus.
La fête de Noël rappelle la 1ère venue de Jésus. Le monde en a été transformé. Nous ne savons pas comment la seconde venue du Christ va se manifester, mais nous pouvons déjà augurer qu’elle transformera le monde de l’intérieur. Tout comme un véhicule ne peut avancer sans d’abord allumer le moteur, laissons-nous pénétrer de la joie de Noël pour allumer notre moteur et alors nous pourrons nous mettre en route. Un visage triste ne saurait annoncer de façon crédible une bonne nouvelle.

Marcel Poirier, a. a.

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L’immersion dans le Bonheur !

16 décembre 2018       3e dimanche de l’Avent C – Luc 3, 10-18
Lectures de ce jour

Le texte de l’Évangile de Luc dans son troisième chapitre nous trace le chemin de la conversion. Le mot « conversion » veut dire changement de point de vue, ou changement de perspective, du regard. Et s’il y une chose qui peut changer notre regard, n’est-ce pas la recherche du bonheur et de la joie de vivre ? En fait, tous les textes de ce dimanche nous parlent de joie. C’est pour cela même que les vêtements liturgiques de ce troisième dimanche de l’Avent, avant la réforme de Vatican II, étaient roses, en signe de joie. « Soyez dans la joie !» dit saint Paul aux Philippiens. Ce qui ne signifie pas qu’il nous faut voir la vie tout en rose. C’est sur la recherche du bonheur et de la joie que Luc nous entretient.

L’immersion dans l’humanité

Luc nous dit que ceux qui viennent vers Jean-Baptiste, ce sont les petits : la foule, le peuple et les mal-vus ce qui inclut les publicains et les soldats qui les accompagnaient probablement. Humblement, ils demandent : que devons-nous faire ? Une interpellation qu’il faut traduire dans ce contexte par qu’est-ce que se convertir ? Jean-Baptiste a une réponse simple : la conversion se mesure à notre attitude envers notre prochain. En fait, nous, comme les foules qui s’approchaient du baptême de Jean et qui lui demandaient « Que devons-nous faire ? », nous pouvons fort bien répondre à sa place qu’au fond de nous-mêmes nous devinons la réponse ! La réponse de Jean, ainsi que la réponse que nous devinons, se situe dans la droite ligne des enseignements des prophètes : pratiquer la justice, le partage, la non-violence. Jean le Baptise révèle la profondeur de l’être humain dans son attente et on peut se demander: serait-ce lui le Messie ?

L’immersion dans l’Esprit

La réponse de Jean-Baptiste est très claire. Il affirme qu’il n’est pas le Messie mais que lui, Jean, il l’annonce. Quand Luc parle d’une Bonne Nouvelle, il s’agit de celle-là : la venue du Messie. Et Jean révèle le Messie de deux manières : il est celui qui baptise dans l’Esprit Saint et celui qui vient exercer le Jugement de Dieu. Tout d’abord, le Messie est celui qui baptise dans l’Esprit Saint. On savait, depuis le prophète Joël, qu’au temps du Messie, Dieu répandrait son Esprit sur toute chair. Quand Jean-Baptiste baptise il donne au Baptême un sens, celui de la conversion et de la rémission des péchés. Mais Jean annonce lui-même qu’avec Jésus, ce sera encore tout différent : « Moi, je vous baptise avec de l’eau… Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ». C’est cette phrase « dans l’Esprit Saint et dans le feu » qui devrait faire l’effet d’une bombe. Jean annonce que la prophétie de Joël est en train de s’accomplir et que le Messie est là et que c’est Jésus.

L’immersion dans l’accomplissement

Le Messie vient aussi exercer le Jugement de Dieu. Cet aspect-là de la vocation du Messie était très présent dans l’Ancien Testament. D’abord toute la méditation sur le roi idéal qu’on attendait pour les temps messianiques le présentait comme celui qui ferait disparaître tout le mal et ferait régner la justice. D’autre part, les chants du Serviteur, dans le deuxième livre d’Isaïe, insistaient fortement sur ce point : le Serviteur de Dieu, le Messie, déploierait le Jugement de Dieu. Très habituellement, ce Jugement de Dieu était évoqué comme une purification par le feu (nous retrouvons le mot « feu » ici) et par une opération de tri. Cette image de tri, les auditeurs de Jean-Baptiste la connaissaient très bien. Ce que nous devons nous rappeler, c’est que pour les auditeurs de Jean-Baptiste le tri est une image très positive. Ils savaient que c’est effectivement une Bonne Nouvelle, car ce tri ne supprimera personne : ce feu n’est pas un feu de destruction mais de purification. Jean veut nous dire que comme la pépite d’or est purifiée de ses scories pour être plus belle encore, ce feu nous débarrassera tous de ce qui, en chacun de nous, n’est pas conforme au royaume de justice et de paix instauré par le Messie.

Jean-Baptiste nous invite aussi à reconnaître que l’imagination de Dieu dépasse tout ce qui est imaginable par nous et que Dieu vient parmi nous. Il nous invite à nous immerger en Jésus-Christ : pleinement humain, plein de l’Esprit Saint, et qui mène à l’accomplissement l’alliance entre Dieu et l’humanité.

Édouard Shatov, a. a.

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Que devons-nous faire ?

9 décembre 2018       2e dimanche de l’Avent C – Luc 3, 1-6
Lectures de ce jour

La question ne devrait-elle pas plutôt être « Que pouvons-nous faire ? » À supposer que nous puissions faire quelque chose, tellement les défis sont énormes et entretiennent en nous un sentiment d’impuissance. Que faire quand les armes refusent de se taire en Syrie, au Yémen, en Ukraine et ailleurs ? Quand des millions de réfugiés cherchent des portes qui s’ouvrent pour les accueillir ? Quand tant de pauvres, hommes, femmes et enfants, dépendent pour se nourrir de la soupe populaire ? Etc… Que pouvons-nous faire ?

Quand tout est sombre

La Parole de Dieu retentit souvent quand tout semble perdu. Nous le constatons dans les lectures d’aujourd’hui. Le prophète Baruch s’adresse à un peuple en exil, soumis à des exactions de tout genre. Il invite ce peuple de pécheurs à relever la tête : « Debout, Jérusalem ! »
Jean Baptiste, à l’heure de l’occupation romaine, parcourt le désert pour inviter à la conversion. Il parle ou plutôt crie dans le désert, loin des palais, là où tous ont accès : pauvres et riches peuvent s’y rendre. On se déplace pour l’entendre; et lui, Jean, les presse d’opérer un déplacement intérieur, là où l’occupant romain n’a pas de prise. Il les appelle à la conversion.
La prison qui retient Paul captif n’enferme pas son cœur : il écrit au Philippiens et les encourage à tenir fermes : il leur redit son affection, oubliant sa propre situation de prisonnier. Peu importe notre situation, chacun conserve la clé de son cœur dont Dieu lui-même s’interdit de forcer l’entrée.

Fuite ou tremplin

Pour certains, se tourner vers Dieu implique une fuite de la réalité. Ils voient la religion comme une consolation pour les faibles. Or Baruch n’encourage pas son peuple à lécher ses plaies, mais plutôt à lever les yeux, à porter son regard sur la libération qui s’approche et à s’y préparer. Réconforté, le peuple retrouvera effectivement sa terre. Paul va mourir prisonnier, mais les Églises qu’il a fondées vont se multiplier. Hérode fera exécuter Jean Baptiste, mais Jésus prendra le relai.
Baruch prédit que le Seigneur va aplanir la route. Jean précise qu’Il va le faire, mais par ceux et celles qui se convertissent, par leurs mains et les nôtres. Dieu nous respecte trop pour faire les choses à notre place. À nous, là où nous sommes, d’aplanir la route pour que les autres puissent avancer.

La force de faibles

La Parole ne se révèle pas aux puissants. Pour l’entendre, l’empereur Auguste ou le roi Hérode doivent descendre de leur trône. Pour l’entendre, je dois abandonner mes rêves de grandeur, mes idées préfabriquées. Je ne dois pas m’attribuer la mission de sauver le monde, mais accepter humblement que Dieu a besoin de ma pauvreté pour y arriver. L’ampleur de la tâche ne doit pas décourager mais plutôt stimuler. Le fait que je ne puisse changer le tout ne peut servir de prétexte à ne rien faire. Je dois accepter en toute modestie de fournir la petite part qui est la mienne.
Que devons-nous faire ? Le champ à travailler demeure si vaste. Regardons ce qui est à notre portée. Imprégner notre quotidien de respect pour toute personne qui croise notre route; entendre les appels qui jaillissent autour de nous, de nos proches, de notre milieu de travail, de notre église, etc. Ouvrir simplement nos yeux sur les misères proches ou lointaines. Et comme la veuve de l’Évangile, y déposer la petite pièce de notre effort.

Qui attend qui ?

L’Avent sert à attiser notre désir de Dieu et de sa présence en notre monde. Ce temps nous presse de préparer le retour glorieux du Christ. Sa 1re venue, il y a 2000 ans a changé le cours de l’histoire. La 2e, glorieuse et toute en puissance, transformera radicalement notre monde. Nous l’attendons.
De son côté, Dieu attend patiemment que nous prenions conscience qu’Il est déjà là à nos côtés pour nous préparer à ce grand retour.

Marcel Poirier, a.a.

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LA RÉVÉLATION ULTIME ET LE DÉFI DES CROYANTS
LE STYLE APOCALYPTIQUE

2 décembre 2018       1er dimanche de l’Avent C – Luc 21, 25-28.34-36
Lectures de ce jour

Si on prend ces lignes au pied de la lettre, il y a de quoi frémir ! Mais nous avons déjà rencontré des textes de ce genre : on dit qu’ils sont de style « apocalyptique » et nous savons bien qu’il ne faut pas les prendre au premier degré ! Le malheur, c’est que, aujourd’hui, le mot « apocalypse » a très mauvaise presse ! Pour nous, il est synonyme d’horreur… alors que c’est tout le contraire ! Commençons donc par redonner au mot « apocalyptique » son vrai sens : on se rappelle que « apocaluptô », en grec, signifie « lever le voile », c’est le même mot que « re-velare » (en latin) – révéler en français ! Il faut traduire « texte apocalyptique » par « texte de révélation ». Ils révèlent la face cachée des choses.

Le genre apocalyptique a au moins quatre caractéristiques tout-à-fait particulières : Premièrement, ce sont des livres pour temps de détresse, généralement de guerre et d’occupation étrangère doublée de persécution. Deuxièmement, parce qu’ils sont écrits en temps de détresse, ce sont des livres de consolation : pour conforter les croyants dans leur fidélité et leur donner, face au martyre, des motifs de courage et d’espérance. Et ils invitent les croyants justement à tenir bon. Troisièmement, ils « dévoilent », c’est-à-dire « lèvent le voile », « révèlent », la face cachée de l’histoire. Ils annoncent la victoire finale de Dieu : de ce fait, ils sont toujours tournés vers l’avenir ; malgré les apparences, ils ne parlent pas d’une « fin du monde », mais de la transformation du monde, de l’installation d’un monde nouveau, du « renouvellement » du monde. Quand ils décrivent un chamboulement cosmique, ce n’est qu’une image symbolique du renversement complet de la situation. En résumé, leur message c’est « Dieu aura le dernier mot ». Quatrièmement, dans l’attente de ce renouvellement promis par Dieu, ils invitent les croyants à adopter une attitude non pas d’attente passive, mais de vigilance active : le quotidien doit être vécu à la lumière de cette espérance.

Ces quatre caractéristiques des livres apocalyptiques se retrouvent dans notre évangile d’aujourd’hui. Parole pour temps de détresse, elle décrit des signes effrayants, langage codé pour annoncer que le monde présent passe : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles… le fracas de la mer et de la tempête… les puissances des cieux seront ébranlées ». Parole de consolation, elle invite les croyants à tenir bon : « Votre rédemption (traduisez votre libération) approche ». Parole qui « lève le voile », « révèle », la face cachée de l’histoire, elle annonce la venue du Fils de l’homme. Jésus reprend ici cette promesse par deux fois, et visiblement il s’attribue à lui-même ce titre de « Fils de l’homme », manière de dire qu’il prend la tête du peuple des Saints du Très-Haut, c’est-à-dire des croyants.

LE DÉFI DES CROYANTS

Enfin, dans l’attente de ce renouvellement promis par Dieu, notre texte invite les croyants à adopter une attitude non pas d’attente passive, mais de vigilance active : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête. »… « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse… restez éveillés et priez en tout temps… » « Relever la tête », c’est bien un geste de défi, comme Jérémie nous y invitait dans la première lecture, le défi des croyants.

Le mot « croyants » n’est pas employé une seule fois ici, mais pourtant il est clair que Luc oppose d’un bout à l’autre deux attitudes : celle des croyants et celle des non-croyants qu’il appelle les nations ou les autres hommes. « Sur terre, les nations seront affolées… les hommes mourront de peur… mais vous, redressez-vous et relevez la tête » sous-entendu car vous, vous êtes prévenus et vous savez le sens dernier de l’histoire humaine : l’heure de votre libération a sonné, le mal va être définitivement vaincu.
Il reste une chose paradoxale dans ces lignes : le Jour de Dieu semble tomber à l’improviste sur le monde et pourtant les croyants sont invités à reconnaître le commencement des événements ; en fait, et cela aussi fait partie du langage codé des Apocalypses, ce jour ne semble venir soudainement que pour ceux qui ne se tiennent pas prêts.

Comme dans toutes les autres lectures de ce dimanche, les Chrétiens sont donc invités ici à une attitude de témoignage : le témoignage de la foi auquel nous invitait le prophète de la première lecture dans une situation apparemment sans issue, à vues humaines ; le témoignage de l’amour dans la lettre aux Thessaloniciens : « Que le Seigneur vous donne à l’égard de tous les hommes un amour de plus en plus intense et débordant » ; le témoignage de l’espérance alors que tout semble s’écrouler dans cet évangile : « Redressez-vous et relevez la tête… Vous serez dignes… de paraître debout devant le Fils de l’homme ». « Les hommes mourront de peur », mais vous, vous serez debout parce que vous savez que « rien, ni la vie, ni la mort… ne peut nous séparer de l’amour de Dieu révélé dans le Christ » (Rm 8, 39). Ce triple témoignage, voilà bien le défi chrétien. Beau programme pour cet Avent qui commence !

Marie-Noëlle Thabut

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Qu’est-ce que la vérité ?

25 novembre 2018       Le Christ, Roi de l’univers B – Jean 18, 33b-37
Lectures de ce jour

Jésus déclare : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci: rendre témoignage à la vérité. »
De quelle vérité s’agit-il ? Nous connaissons la réaction de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » Scrutons attentivement le contexte qui pousse Pilate à soulever la question.

Jésus se trouve alors prisonnier, enchaîné, seul et sans défense. Alors, et alors seulement, il accepte le titre de « Roi ». Jusque-là, il avait évité ce titre, trop ambigu dans l’esprit de ses contemporains et même de ses disciples. Car le titre évoquait pour eux le pouvoir de celui qui commande et se fait servir.
Devant Pilate, dépossédé de tout pouvoir et de force, Jésus accepte le titre qui correspond alors à ce que signifie pour lui la royauté : servir et donner sa vie en renonçant à la force. La vérité se reconnaît ainsi dans le fait que les mots et les idées correspondent parfaitement à la réalité.

Bien avant la passion Jésus affirmait clairement la nature de sa mission. « C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.» Dans une parabole, Il se présente comme le maître qui sert les domestiques qui ont su l’attendre : « Heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller. En vérité, je vous le déclare, il prendra la tenue de travail, les fera mettre à table et passera pour les servir. »

À Thomas qui lui demande d’indiquer la route qui mène au Père, Jésus affirme sans hésitation : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Il peut l’affirmer car il est l’image parfaite de Dieu, alors qu’en nous, l’image de Dieu est trop souvent ternie par nos refus et nos ambitions.

Nous serons dans la vérité de notre être quand toute notre vie reflètera l’image de Dieu qui est en nous, quand nous serons véritablement image de Dieu, comme Jésus qui ayant renoncé à la force, sert ses frères et sœurs et donne sa vie pour eux.

En la fête du Christ-Roi de l’univers, chassons de nos esprits les images que l’on accole à l’idée de royauté. Dans notre imaginaire, les rois détiennent un pouvoir absolu et tous sont à leurs pieds pour les servir. Or le pouvoir du Christ « Roi » ne ressemble en rien à celui des grands de ce monde.

Jésus ne nie pas son pouvoir. Lors du lavement des pieds Il rappelle aux disciples comment l’utiliser. « Lorsqu’il eut achevé de leur laver les pieds, Jésus prit son vêtement, se remit à table et leur dit: «Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous? Vous m’appelez ‹le Maître et le Seigneur› et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres; car c’est un exemple que je vous ai donné: ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. En vérité, en vérité, je vous le dis, un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratique. »

En célébrant le Christ-Roi de l’univers, nous fêtons un Dieu venu se mettre à notre service. Ainsi nous pouvons sans hésiter répéter jour après jour « Que ton Règne vienne ».
Le témoignage que Jésus rend à la vérité c’est de nous révéler qui nous sommes aux yeux de Dieu et nous inviter à préparer notre rencontre avec le Père qui nous fera partager sa propre vie.
Notre communauté chrétienne est bien petite. Si les relations que nous entretenons ici et dans nos milieux respectifs sont « vraies », alors nos vies deviennent un signe visible que le Règne du Christ déjà commencé.

Marcel Poirier, a.a.

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LE STYLE APOCALYPTIQUE… POUR ANNONCER LE SALUT 

18 novembre 2018       33e dimanche du temps ordinaire B – Marc 13, 24-32
Lectures de ce jour

Jésus ne nous avait guère habitués à ce genre de discours ! Tout d’un coup son style se met à ressembler à toute une littérature très florissante à son époque, mais bien étrangère à nos mentalités actuelles. Il faut se rappeler que les derniers siècles avant l’ère chrétienne ont été le théâtre d’une grande effervescence intellectuelle, pas seulement en Israël, mais en Egypte, en Grèce, en Mésopotamie. La littérature de divination faisait fortune ; dans toutes les civilisations, dans toutes les religions, les questions sont partout et toujours les mêmes : qui aura le dernier mot ? L’humanité va-t-elle irrémédiablement à sa perte ? Ou alors le Bien triomphera-t-il ? Que sera la fin du monde ?
Peu à peu un style était né dans tout le Proche-Orient pour aborder ces sujets : partout on retrouve les mêmes images : des bouleversements cosmiques, éclipses de soleil ou de lune, des personnages célestes, anges ou démons ; ce qui est intéressant pour nous, c’est de voir comment des croyants, Juifs puis Chrétiens ont emprunté les formes de ce style de leur temps mais en y coulant leur propre message, la révélation divine. C’est pour cela que, dans la Bible, ce style littéraire est appelé « apocalyptique » parce qu’il apporte une « révélation » de la part de Dieu (littéralement le verbe grec « apocaluptô » veut dire « lever un coin du voile », « révéler »). Au sens de « lever le voile qui recouvre l’histoire des hommes ».

Cette sorte de langage nous est assez étrangère aujourd’hui, mais au temps de Jésus, c’était transparent pour tout le monde. C’était du langage codé : en surface, il est question du soleil, des étoiles, de la lune et tout cela va être bouleversé. Mais en réalité il s’agit de tout autre chose ! Il s’agit de la victoire de Dieu et de ses enfants dans le grand combat qu’ils livrent contre le mal depuis l’origine du monde. Elle est là la spécificité de la foi judéo-chrétienne. C’est donc un contresens d’employer le mot « Apocalypse » à propos d’événements terrifiants : dans le langage croyant, juif ou chrétien, c’est juste le contraire. La révélation du mystère de Dieu ne vise jamais à terrifier les hommes, mais au contraire à leur permettre d’aborder tous les bouleversements de l’histoire en soulevant le coin du voile pour garder l’espérance.

Chaque fois que les prophètes de l’Ancien Testament veulent annoncer le Grand jour de Dieu, sa victoire définitive contre toutes les forces du mal, on retrouve ce même langage, ces mêmes images.
Tous les textes apocalyptiques ont un point commun : ils ne sont pas faits pour inquiéter, au contraire, puisqu’ils annoncent la victoire du Dieu d’amour. Le chamboulement cosmique qu’ils décrivent complaisamment n’est qu’une image du renversement complet de la situation ; le message, c’est « Dieu aura le dernier mot ». Le mal sera définitivement détruit ; par exemple Isaïe emploie les mêmes images pour annoncer le jugement de Dieu : « les étoiles du ciel et leurs constellations ne feront plus briller leur lumière. Dès son lever, le soleil sera obscur et la lune ne donnera plus sa clarté. Je punirai le monde pour sa méchanceté, les impies pour leurs crimes. » (Is 13, 10) ; c’est le même Isaïe qui, quelques versets plus haut, annonçait le salut des fils de Dieu : « Tu diras ce jour-là : Voici mon Dieu sauveur, j’ai confiance et je ne tremble plus, car ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR ! Il a été pour moi le salut. » (Is 12, 1-2). Et vous avez entendu Joël : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé… le SEIGNEUR est un abri pour son peuple ». Dans le style apocalyptique, tout-à-fait conventionnel, donc, l’annonce de la foi, c’est Dieu est le maître de l’histoire et le jour vient où le mal disparaîtra. Il ne faut pas parler de « fin du monde » mais de « transformation du monde », de « renouvellement du monde ».

Dans le Nouveau Testament, qui utilise, lui aussi parfois le style apocalyptique, par exemple dans l’évangile de Marc de ce dimanche, le message de la foi reste fondamentalement le même, avec cette précision toutefois : le dernier mot, la victoire définitive de Dieu contre le Mal, c’est pour tout de suite, en Jésus-Christ. Il n’est donc pas étonnant qu’à quelques jours de sa dernière Pâque à Jérusalem, Jésus recoure à ce langage, à ces images : le combat entre le Christ et les forces du mal est à son paroxysme et dans ce texte, si nous savons lire entre les lignes, nous avons un message équivalent à la phrase de Jésus dans l’évangile de Jean : « Courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).

Marie-Noëlle Thabut

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La valeur d’une piécette 

11 novembre 2018       32e dimanche du temps ordinaire B – Marc 12, 38-44
Lectures de ce jour

Jésus et ses disciples sont assis dans le temple face à la salle du trésor là où les gens déposent leurs dons. « Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. » dit le texte. Comme la monnaie se compose de pièces métalliques, on peut non seulement voir le geste du donateur mais également entendre le bruit de la pièce tombant dans le tronc. On devine alors l’importance du don au nombre de pièces et au bruit plus ou moins sourd que provoque leur chute. Le donateur le sait et peut ainsi étaler en public son geste de générosité.

Jésus observe le comportement des donateurs. Il attire l’attention des disciples sur le don insignifiant d’une veuve. Aux yeux des témoins son obole fait sourire car elle ne représente rien. Sans doute aussi aux yeux des apôtres. Jésus perçoit les choses autrement. Il affirme : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres ». Il en donne la raison : « Tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Le regard de Jésus dépasse les apparences. Il note « les grosses sommes » déposées par les riches. Toutefois son regard ne s’arrête pas à l’importance de la somme donnée, mais plutôt à la situation de la personne qui donne et à sa motivation. Jésus a vu le dépouillement total qu’implique l’offrande dérisoire de la veuve.

Jésus éduque les disciples qui se laisseraient impressionner par les « grosses sommes» et accorderaient plus d’importance à la personne qui peut se le permettre. Or le vrai critère de la générosité ne se situe pas à l’extérieur mais plutôt dans le cœur. Il se mesure à l’abandon de soi. En ce sens, même ceux et celles qui ont peu peuvent partager. Souvent d’ailleurs, toute proportion gardée, ils le font davantage que ceux qui possèdent beaucoup.

Cette femme n’ignore pas l’insignifiance de son don et, comme beaucoup de pauvres, ressent une certaine honte à donner si peu. Elle devine la réaction de ceux qui entendent le bruit à peine audible des deux piécettes jetées dans le tronc. Mais elle veut, avec ses pauvres ressources, contribuer au culte de son Dieu, bien consciente du faible impact monétaire de son geste. Mais elle tient à faire sa part, si petite soit-elle. Elle agit pour Dieu et le regard des autres ne l’arrête pas. Elle sait qu’Il agrée son offrande, car en donnant tout ce qu’elle a, elle se donne elle-même et renonce à sa sécurité

Nous société valorise hautement la production et l’efficacité. On admire ceux qui font bouger les choses et peuvent donner beaucoup. Dans ce contexte, lorsque les personnes atteignent l’âge où elles doivent réduire leur activité ou encore se retrouvent plus ou moins immobilisées par un handicap ou la maladie, elles en souffrent et s’estiment inutiles, voire à charge pour les autres et dépendantes.

Or, même dans ces circonstances débilitantes, la personne peut encore apporter sa contribution. Elle peut offrir sa « piécette »; la piécette de sa prière; la piécette de son affection aux personnes qui l’entourent ou la servent ; la piécette de son sourire, la piécette de patience dans la maladie, etc. Et toutes ces petites oboles plaisent à Dieu qui les agrée à leur juste valeur, car Il y reconnaît le cœur de la personne qui donne tout ce qu’elle peut donner.

Marcel Poirier, a.a.

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Aime ! Aime vraiment !  

4 novembre 2018       31e dimanche du temps ordinaire B – Marc 12, 28b-34
Lectures de ce jour

Le scribe qui s’avance n’est pas malveillant, au contraire : sa question était classique, un sujet de conversation courant, apparemment : si l’on comptait bien tous les détails de la loi juive, on dénombrait six cent-treize commandements : des problèmes de choix de priorité se posaient inévitablement. D’où la question : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Comme toujours, Jésus répond en se référant à I’Écriture elle-même ; et comme tout bon scribe, il sait rapprocher les textes entre eux. Le premier n’est autre que le fameux « Shema Israël », le Credo juif en quelque sorte ; le second est un passage du livre du Lévitique, bien connu des autorités religieuses.

Ces deux commandements sont des commandements d’aimer et Jésus ne leur ajoute rien pour l’instant. Le « Shema Israël » prescrivait d’aimer Dieu, et lui seul : c’était un thème très habituel dans l’Ancien Testament, aimer Dieu au sens de « s’attacher » à lui, à l’exclusion de tout autre dieu, c’est-à-dire en clair refuser toute idolâtrie. Cet amour dû à Dieu n’est d’ailleurs qu’une réponse à l’amour de Dieu, au choix qu’il a fait de ce peuple. Mais l’amour peut-il se commander ? L’élan, non, mais la fidélité, oui et c’est de cela qu’il est question ici : faire de l’amour une loi, c’est relativiser toute autre loi : désormais, la loi, quelle qu’elle soit, est au service de l’amour de Dieu, elle ne peut le remplacer ; or les palabres interminables sur l’ordre de priorité des commandements peuvent détourner du principal, l’amour lui-même.

Quant au deuxième commandement cité par Jésus, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », il figure au livre du Lévitique, dans ce que l’on appelle la « Loi de sainteté » qui commence par ces mots : « Soyez saints, car je suis saint, moi le SEIGNEUR votre Dieu » (Lv 19, 2). Or, curieusement, ce chapitre apparemment centré sur la sainteté de Dieu égrenait justement toute une série de commandements d’amour du prochain ; ce qui veut dire en clair que, bien avant Jésus-Christ, dans l’idéal d’Israël, les deux amours de Dieu et du prochain ne faisaient qu’un. Les tables de la Loi traduisaient bien la même exigence puisque les commandements concernant la relation à Dieu précédaient tout juste les commandements concernant le prochain.

Les prophètes avaient énormément développé les exigences concernant l’amour du prochain (et les scribes du temps de Jésus, à la différence des Sadducéens, lisaient couramment les textes prophétiques). Pour n’en citer qu’un, fort célèbre du temps de Jésus, retenons cette phrase du prophète Osée : « C’est la miséricorde que je veux, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes. » (Osée 6, 6). Notre scribe est visiblement dans cette ligne de pensée ; Marc note « Le scribe reprit : Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l’Unique et qu’il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. »

Jésus conclut par une formule d’encouragement, comme une « béatitude » : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu » (sous-entendu « heureux es-tu »). Jésus clôt-il cette série de controverses par une note positive, ce qui est propre à Marc : « Tu n’es pas loin du Royaume. » (…)

Alors, quel est l’apport original de Jésus ? Tout n’était-il pas déjà dans la Loi ? Oui, tout était en germe dans la Loi d’Israël, mais Jésus vient annoncer et accomplir la dernière étape de la Révélation : premièrement, il vient élargir à l’infini la notion de prochain ; Marc nous montre à plusieurs reprises Jésus luttant contre toute exclusion ; deuxièmement, Jésus vient sur terre pour vivre en lui ces deux amours inséparables, celui de Dieu, celui des autres sans exception ; enfin, il vient nous en rendre capables en nous donnant son Esprit : « A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 35).

Jésus vient de donner au scribe la plus belle définition du Royaume : c’est là où l’amour est roi, l’amour de Dieu nourrissant l’amour des autres.

Marie-Noëlle Thabut

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Le Chemin de la Foi  

28 octobre 2018       30e dimanche du temps ordinaire B – Marc 10, 46b-52
Lectures de ce jour

Ce texte de l’Évangile de Marc au chapitre 10 s’inscrit juste après ceux des dimanches précédents, c’est-à-dire dans la dernière montée de Jésus vers Jérusalem.

L’appel irrévocable

Jésus a annoncé pour la troisième fois à ses disciples sa passion, sa mort et sa résurrection et il se met en route vers Jérusalem, le lieu de sa Passion et de la Résurrection. C’est à ce moment précis que Bartimée, le mendiant aveugle, se met à crier : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Marc précise que beaucoup cherchent à le faire taire : effectivement, par les temps qui courent, les disciples et l’entourage de Jésus se passeraient bien de cette publicité. Mais rien ne fait taire les appels au secours de Bartimée : « Il criait de plus belle : Fils de David, aie pitié de moi ! » Cet appel constitue l’appel même du désir de tout être humain à être reconnu et accueilli ! Jésus l’entend et dit : « Appelez-le ». Jésus, lui, c’est clair, a décidé de ne pas prendre de précautions. Bartimée à son tour se montre très audacieux et il exprime sa demande sans aucune ambiguïté : « Rabbouni, que je voie ! » Immédiatement, sans faire un geste, Jésus lui répond : « Va, ta foi t’a sauvé ». Et aussitôt l’aveugle se mit à voir.

La confiance sans limite

Voila une grande vérité sur la foi et une parole d’encouragement : « Ayez foi en Dieu ». La guérison miraculeuse d’un aveugle à ce moment précis résonne donc certainement comme une révélation de l’identité véritable de Jésus. Un aveugle, le premier, sait ouvrir les yeux et appelle Jésus « Fils de David » (l’un des titres du Messie). Nous pourrons voir que cette guérison est suivie aussitôt de l’entrée triomphale à Jérusalem, où Jésus est acclamé comme le Messie. En plus, chose étonnante, Jésus ne cherche pas à garder secret ce dernier miracle. Aux portes de Jérusalem, Jésus accepte d’être reconnu pour ce qu’il est, le Messie, le fils de David. C’est la première fois que ce titre apparaît dans l’évangile de Marc. Car, désormais, les choses sont claires : Jésus lui-même s’est reconnu comme le Messie en se disant « Fils de l’homme », mais il a aussitôt précisé que ce serait à la manière d’un serviteur et non d’un maître. Cette guérison vient confirmer que Jésus est bien le Messie attendu.

Le renouvellement de l’espérance

Jésus nous invite à renouveler notre confiance en Dieu. Comme dans le texte de Jérémie de la première lecture de ce dimanche qui a été écrit pour lutter contre le désespoir de ses compatriotes et qui a annoncé le grand retour des exilés. Bartimée est manifestation de ce retour. Nous devons comprendre qu’aucun aveuglement ne peut empêcher l’être humain à revenir à Dieu son Père. Jésus est la manifestation et la réalisation de ce retour et de la guérison de la blessure humaine par le péché. La paternité de Dieu, qui restaure l’être humain en Jésus, est affirmée très clairement : « Je suis un père pour Israël, Ephraïm est mon fils aîné ». Cette manière de parler de Dieu est récente. On souligne la sollicitude de Dieu pour son peuple. Quand on parle de Dieu en Israël on affirme qu’Il est le Tout-Autre, et sa paternité est d’un autre ordre. Bartimée ose croire qu’en Jésus cette attente devient la réalité manifestée à chaque être humain. Marc précise que l’aveugle s’est levé d’un bond pour venir près de Jésus. Lui, l’humble, s’est, le premier, réjoui dans le Seigneur.

Le pauvre, le mendiant, a exulté à cause du Saint d’Israël et est entré à sa suite dans Jérusalem. Il est entré dans son épreuve, mais aussi dans la joie de sa gloire. C’est l’invitation qui est adressée à chacun d’entre nous.

Édouard Shatov, a. a.

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«Servir par amour»  

21 octobre 2018       29e dimanche du temps ordinaire B – Marc 10, 35-45
Lectures de ce jour

«Celui qui veut devenir grand, celui qui veut être le premier, qu’il se fasse le serviteur de tous» Mc 10, 44

Notre mentalité d’humains nous tire souvent vers une façon d’être à l’opposé de celle du Christ. Nous aimons la gloire qui vient des hommes, nous voulons être influent, nous cherchons à capter l’attention des autres voire à attirer les regards sur nous. Le Christ, Lui, il s’en était méfié. Lorsque par exemple les foules voulaient faire de Lui un roi, il se dérobait. Au contraire, l’évangile dit qu’au milieu de ces foules, il allait son chemin en annonçant la bonne nouvelle par des paroles et des actions bien concrètes. Il trouvait sa joie dans ce qu’il faisait sans attendre d’autre récompense que celle d’avoir accompli sa mission. Il est venu pour servir et non pour être servi.

Nous, nous attendons promotions, honneurs, récompenses. Certes, il est toujours des exceptions, mais, généralement, notre égo aime bien être estimé. Chrétiens et chrétiennes ou non, nous portons cette aspiration au fond de nous-mêmes. Chacun et chacune est plus ou moins autocentré. La vraie humilité est en effet presque rare. Pourtant, c’est en elle que notre moi s’accomplit en s’ouvrant à ce qui n’est pas lui. Et, loin de disparaître, le moi ne s’enrichit-il pas de ce qui est en l’autre tout en permettant en celui-ci d’exister avec le meilleur de lui-même?

Dans l’évangile de ce dimanche, deux frères, Jacques et Jean, deux disciples qui furent appelés par Jésus parmi les premiers, en même temps que Pierre et André, viennent trouver Jésus; ils ont quelque chose d’important à lui demander. Instantanément, Jésus les invite à exprimer leur intention; et eux : «accorde-nous de siéger l’un à ta droite, l’autre à ta gauche dans ta gloire».

Ne sont-ils pas eux aussi, en adressant leur demande à Jésus, sur cette logique de la gloire toute humaine? Les deux disciples parlent de gloire, tandis que Jésus marche vers la passion et la mort sur une croix. Réalisent-ils que c’est cela qu’ils demandent en ce moment? Veulent-ils le rejoindre dans sa situation de condamné? Vous ne savez pas ce que vous demandez, leur dit Jésus, qui leur parle de coupe à boire et du baptême dans lequel il va être plongé.

Plus probablement, les disciples pensent à la gloire du roi messianique. Il faut noter qu’à cette époque, beaucoup en Israël attendaient un roi-messie qui agirait comme un nouveau David pour redonner au peuple juif son autonomie politique devant l’occupation romaine. D’autres anticipaient un roi-messie sacerdotal de la lignée des prêtres du Temple pour rétablir l’alliance avec Dieu. Certainement, l’une ou l’autre de ces deux perceptions du roi-messie motivent la demande de deux disciples. D’où rêve de puissance, folie de grandeur ou ivresse de pouvoir!

Et nous, qui, en effet, ne rêvons pas à un Dieu tout puissant qui mettrait l’humanité au pas, et la place qui pourrait être celle de ses adeptes (les croyants)? Ce rêve, plus que l’on s’en rend compte, nous habite souvent. Mais, il faut le dire, la gloire de Dieu, n’est pas le triomphe de puissance, mais de l’amour authentique, effectif qui se concrétise dans le don de soi aux autres.

Le service, doit être l’amour en acte. Et ce service, pour être vrai, il doit aller jusqu’au dépouillement de soi, il doit être purifié de tout esprit de domination, de vaine gloire voire de toute recherche personnelle. Ce service pour être vrai, doit aller jusqu’au sacrifice de sa vie offerte et donnée dans les humbles tâches quotidiennes, dans les diverses fonctions que l’on exerce, quelque fois dans la souffrance à l’exemple de Jésus, Divin crucifié.

Fr. Jean Bosco, assomptionniste

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«Bon Maître»  

14 octobre 2018       28e dimanche du temps ordinaire B – Marc 10, 17-30
Lectures de ce jour

«Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genou et lui demanda : Bon Maître, que dois je faire pour avoir en héritage la vie éternelle? Jésus lui dit : pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon, sinon Dieu seul» Marc 10, 17-18.

L’homme riche salue Jésus en ces termes…Agenouillé devant lui, il l’interroge : «Bon Maître…». Comprend-il la portée de cette appellation? Se doute-t-il de la réponse qu’il recevra et de l’engagement qui pourrait s’en suivre? Comment considère-t-il Jésus? Comme un excellent rabbi, capable de lui donner un bon conseil, ou de lui prescrire une recette afin d’avoir en héritage la vie éternelle? Pressent-il qu’il est devant une offre de vie unique et inépuisable? Son agenouillement le conduira-t-il à la reconnaissance, à sa renaissance?

Bon Maître

La remarque de Jésus sur la salutation de l’homme riche mettra-t-il celui-ci sur le bon chemin, celui de son besoin de vie éternelle? Que lui est-il répondu en effet? Une interrogation : «Pourquoi m’appelles-tu bon?» La portée de mots de nos prières dépasse bien souvent ce que nous en comprenons. Nul n’est bon que Dieu seul! La salutation de l’homme riche sous-entendrait-elle cette profondeur? Et comment le demandeur comprend-il la «vie éternelle»? Comme beaucoup d’entre nous qui l’imaginons à la manière d’une récompense attribuée au terme d’une vie d’efforts méritoires? Comme un temps hors du temps, dont on ne sait ce qu’il peut être, sinon plus heureux que celui dans lequel nous vivons mais auquel pourtant nous nous accrochons de toutes nos forces?

Vie éternelle

«Vie éternelle» et «Bon Maitre» : ces deux notions ne doivent-elles pas être maintenues ensemble? Viendra l’heure où il faudra les réunir. Pour le moment Jésus continue d’aiguiller son interlocuteur vers la vérité, en l’interrogeant sur sa pratique des commandements envers le prochain, alors qu’il omet (est-ce intentionnement?) le commandement envers Dieu. L’application des commandements envers le prochain suppléerait-elle à un devoir envers Dieu comme on peut souvent l’entendre aujourd’hui? Certainement pas. Mais un déplacement n’est-il pas nécessaire quand il s’agit de Dieu? Déplacement que Jésus va inviter le riche à effectuer. L’effectuera-t-il? L’avons-nous fait nous-mêmes?

Bon Maître

L’observance des commandements envers le prochain, l’homme riche, semble-t-il, l’a réalisée. Est-il pour autant en possession de la vie éternelle? Non, puisque le Christ lui dévoile son manque. Et quel est ce manque? Mais d’aller jusqu’au bout de sa salutation. En saluant Jésus comme Bon, qu’il l’accueille alors comme Dieu véritable et se laisse entraîner en son intimité. N’est ce pas le véritable déplacement qu’il faut accomplir pour avoir la vie éternelle; vie qui ne peut être qu’intimité avec lui. Posant son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Et il lui dit : une seule chose te manque : va, ce que tu as vends-le et donne le aux pauvres…puis (surtout…) viens, suis-moi» (Mc 10, 21)

Jésus le «Bon» par excellence!

Oui? Non? Pas en paroles comme l’homme riche, tout homme riche (?) le déclare. L’homme refusant de reconnaitre Jésus comme le «bon» s’en est allé tout triste. Dieu n’a pas pris pour lui le visage du Christ! Il s’en alla tout triste, comment en aurait-il été autrement? Peut-être aurait-il accepté une ascèse, de faire un effort de plus pour gagner la vie éternelle? Mais entrer dans l’intimité du Christ comme réalisation du commandement de l’amour de Dieu, il n’en veut pas. Une autre richesse le retient : lui-même; mais elle ne lui donne pas la vie. Sommes-nous sûrs d’avoir choisi le Christ comme le Dieu véritable à suivre jusqu’au bout en renonçant à nous-mêmes ou aux richesses qui nous donnent l’illusion d’être par nous-mêmes? De n’être pas restés fixés sur des commandements à observer quand Dieu, dans le Christ, s’offre pour faire relation amoureuse et éternelle, relation qu’il est de toute éternité?

Bon Maître… Vie éternelle….
Déplacement? L’ai-je réalisé?

Christian Blanc, a.a.

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Mystère de l’Accomplissement  

7 octobre 2018       27e dimanche du temps ordinaire B – Marc 10, 2-12
Lectures de ce jour

Après avoir réfléchi sur notre vocation de collaborateurs de Dieu, voici que l’Évangile de Marc au chapitre 10 nous invite à méditer les modalités d’une telle relation. Il faut comprendre que le sujet du divorce, qui faisait et encore fait parler aujourd’hui, est le révélateur de notre perception de toute relation humaine.

Au commencement

Pour répondre à la question des Pharisiens : « Est-il permis à un homme de répudier sa femme ? » Jésus ne donne pas directement de réponse. Il aide ses interlocuteurs à chercher eux-mêmes les éléments de la ou d’une réponse. Sa référence majeure pour décrire la relation de l’homme et de la femme se trouve dans le livre de la Genèse. N’oublions pas que le livre de la Genèse dans le passage que cite Jésus ne parle pas d’un homme ou d’une femme en particulier. La Genèse parle de l’humanité en général dans laquelle hommes et femmes sont indissociables. Un verset que nous avons entendu en première lecture l’exprimait clairement : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Cela ne veut pas dire : « Il n’est pas bon pour un homme de rester célibataire », mais que l’humanité n’est complète que dans sa dualité, hommes et femmes. Car c’est seulement dans cette relation de dialogue faite à la fois de distance et de profonde intimité que l’humanité réalise sa vocation d’être image de Dieu.

Quand une pratique existe

C’est à partir de ce point de vue que la pratique du divorce que Jésus connaît bien devient une pratique douteuse. En se référant à la Loi, Jésus reconnaît bien que Moïse n’a rien prescrit du tout sur ce chapitre. Les lois données au Sinaï ne parlent pas de divorce, et pas une seule fois dans l’Ancien Testament, on ne trouve ce qu’on pourrait appeler un code du mariage incluant les conditions à respecter en cas de divorce. La seule chose qu’on peut trouver, et c’est cela que les Pharisiens ont en tête, c’est un passage du livre du Deutéronome (Dt 24, 1) qui reconnaît implicitement que le divorce existe puisqu’il interdit à un homme divorcé de reprendre ultérieurement son épouse, si elle-même entre temps a appartenu à un autre homme. Mais dans cette phrase il n’y a ni prescription, ni permission, ni conditions du divorce, mais seulement le constat d’une situation malheureuse. Le divorce existait bel et bien et la coutume de l’acte de répudiation s’était établie, mais peut-être est-il là le piège tendu par les Pharisiens ?

Vers un horizon nouveau

La réponse de Jésus est d’un tout autre ordre. Jésus la cherche sur un tout autre terrain ! Jésus se réfère au projet de Dieu : « Au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme ». Le mot « commencement » dans la Bible ne veut pas dire un début chronologique, il veut dire plutôt le projet originel, non pas ce qui commence mais ce qui commande la suite, ce dont tout découle. Cette phrase que Jésus cite fait partie du premier récit de création, un récit que tout le monde autour de lui connaissait par cœur. Tous ses interlocuteurs pouvaient compléter le verset entier : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; homme et femme il les créa ». La vraie destinée du couple, c’est d’être l’image de Dieu. Et, aussitôt, Jésus ajoute une deuxième référence prise, celle-ci veut dire, si le couple humain est l’image de Dieu, il est indivisible, indissoluble. Jésus en tire donc la conclusion logique : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas », c’est-à-dire : « Ce que Dieu a conçu dans l’unité, que l’homme ne le divise pas ».

On est là au cœur du mystère du projet de Dieu : c’est autrement plus élevé qu’une question de propriétaires, comme celle des Pharisiens : puis-je la répudier ? La femme est alors traitée comme un objet qu’on prend et qu’on peut tout aussi bien jeter. L’homme et la femme créés à l’image de Dieu sont des personnes libres qui ne sont propriété de personne, dès lors la dignité est inatteignable. N’est-ce pas une invitation à considérer nos relations humaines d’une manière nouvelle ?

Édouard Shatov, a.a.

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Ouverture et intolérance 

30 septembre 2018       26e dimanche du temps ordinaire B – Marc 9, 38-43.45.47-48
Lectures de ce jour

Deux termes opposés. Peut-on les conjuguer en semble ? Faut-il choisir ?
Au désert, Moïse désigne 70 anciens pour alléger sa tâche. Il les réunit dans la tente où Dieu lui parle habituellement. Envahis par l’Esprit du Seigneur ces hommes se mettent à prophétiser, i.e. à démonter par leur comportement la force du Seigneur qui agit dans le monde.

Deux hommes, Eldad et Médad, se mettent aussi à « prophétiser » alors qu’ils ne sont pas du groupe. Josué, assistant de Moïse, veut protéger son Maître et cherche à les en empêcher. Moïse demande alors :
« Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »

Moïse se montre tolérant et ouvert ; il ne tente pas à protéger son prestige ; il considère plutôt l’action des deux hommes bénéfique pour tout son peuple. Il souhaite même que tout le peuple devienne « prophète », témoin de la force agissante du Seigneur dans le monde.

L’évangile rapporte un épisode semblable. Les apôtres ont vu quelqu’un expulser un démon et ont tenté de l’en empêcher. Jésus refuse de réprimander l’homme. Il fait remarquer aux disciples :
« Celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous et pour nous. »

Méditons cette phrase. Il se fait du bien autour de nous, car l’Esprit du Seigneur agit dans le monde et son action déborde le cercle des disciples qui ne sont pas les propriétaires de la puissance divine. Dieu offre sa grâce à travers l’Écriture et les sacrements, mais il n’est jamais limité par les sacrements.
La tolérance de Jésus envers celui qui ne fait pas partie du groupe contraste avec les déclarations vigoureuses qui suivent :

« Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied…. Si ton œil … »

Comment concilier ce changement de ton ? D’une part, Jésus encourage le bien qui se fait en dehors du cercle des apôtres, car cela contribue l’avancement du Royaume. Par contre, il devient intolérant face au scandale qui provoque la chute d’un « petit ». Intraitable quand la personne adopte des comportements qui compromettent son avenir éternel. Alors il vaut mieux pour elle sacrifier un membre que d’être privé de la vie divine.

Il n’invite pas à couper la main ou le pied de quiconque désobéit à la Loi de Dieu. Mais il rappelle que l’on doit prendre les moyens, fussent-ils radicaux, pour éviter la perte de la vie en Dieu. Chacun doit absolument prendre les moyens, fussent-ils douloureux, pour éradiquer le mal qui l’empêche d’avancer.

Nous connaissons des situations où un tel choix s’impose : l’homme devenu dépendant de la drogue ou de l’alcool doit cesser toute consommation s’il veut survivre. La personne dépendante du jeu, du sexe doit faire des choix radicaux. De tels choix sont incontournables pour qui cherche le Royaume.

Tolérer le bien. Oui. Se montrer intolérant pour ce qui détruit l’être humain. Toujours. Que l’Esprit nous éclaire pour bien distinguer ce qui fait avancer le Royaume et ce qui en détourne.

Marcel Poirier, a.a.

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LES PENSÉES DE DIEU NE SONT PAS NOS PENSÉES

23 septembre 2018       25e dimanche du temps ordinaire B – Marc 9, 30-37
Lectures de ce jour

« Les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur d’interroger Jésus » nous dit Marc …
On les comprend ! Pourtant, ce n’est pas la première fois que Jésus annonce de tels événements ; puisqu’au chapitre précédent, dans le même évangile de Marc, après la fameuse profession de foi de Pierre à Césarée, Jésus a déjà dit exactement la même chose ; mais ce n’est toujours pas clair ! Pour les disciples, c’est même incroyable, choquant, contradictoire.

Pourquoi ? Parce que ses paroles sont totalement contraires à l’idée qu’ils se font de Dieu et totalement contraires à l’idée qu’ils se font du Fils de l’homme.

Et pour les trois privilégiés qui ont été témoins de la Transfiguration de Jésus (dans l’évangile de Marc, la Transfiguration est placée au début de ce même chapitre 9), c’est peut-être encore plus scandaleux, invraisemblable. Ils sont encore dans la lumière, dans l’éblouissement de la Transfiguration… Jésus a été déclaré le Fils bien-aimé, celui qu’il faut écouter… et voilà qu’il annonce pour lui-même les plus grandes humiliations ; il les présente comme certaines, inéluctables. Même si tous n’ont pas été témoins de la Transfiguration, tous ont entendu la profession de foi de Pierre : « Tu es le Messie », c’est-à-dire celui que Dieu a choisi pour sauver son peuple, pour régner sur son peuple. Dans l’évangile de Marc, Jésus ne répond guère à Pierre, il ne fait pas de commentaire.
Et tout de suite après, Jésus dit ces choses étonnantes : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. » Nous sommes au paroxysme de la contradiction : lui qui vient d’être dit le Bien-aimé de Dieu, il est l’élu de Dieu, le Messie, le roi qu’on attend, le Fils de l’homme : tout cela lui promet un destin glorieux ; et pourtant Jésus dit qu’il doit affronter la souffrance et la haine des hommes, en un mot, la croix. Or dans la tête des disciples, comme dans celle de tous leurs contemporains d’ailleurs (et peut-être bien dans la nôtre), la gloire et la croix ne font pas bon ménage !
Autre contradiction, ou invraisemblance : dans un premier temps, il va être livré, tué, réduit à l’état d’objet passif de la haine des hommes. Celui qui doit prendre la tête de toute l’humanité sera traité comme le rebut ! Et puis, dans un deuxième temps, il ressuscitera, il triomphera ! Le dernier sera devenu le premier. Non seulement, la gloire et la croix sont inséparables, mais il semble bien que la gloire passe par la croix !

LE MONDE À L’ENVERS

C’est le monde à l’envers : pas étonnant que les disciples ne soient pas spontanément au diapason ! Car « nos vues ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes », comme l’a dit Jésus à Pierre (8, 33). Plus tard, seulement, les disciples comprendront « qu’il fallait » que le Christ aille jusque-là pour « glorifier » son Père, c’est-à-dire révéler son amour. Pour l’instant, ils n’ont pas du tout envie d’être derniers ! Au contraire, juste après ces paroles troublantes de Jésus, ils se sont mis à discuter entre eux pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand ! Ils sont dans une problématique de rivalité, celle dont Saint Jacques parlait dans la deuxième lecture. Chose curieuse, Jésus n’a pas l’air horrifié : il ne leur dit pas « c’est mal de vouloir être premier », il leur donne même le moyen d’y arriver. Décidément, on va d’étonnement en étonnement dans ce texte.

Le moyen, d’après lui, est bien simple et ce qui est intéressant, c’est qu’il est à la portée de tout le monde ! « Celui qui veut être le premier, qu’il se fasse le dernier et le serviteur de tous. Jésus prend un exemple qui effectivement est à la portée de tout le monde : il prend un enfant, le place au milieu d’eux et l’embrasse : ce geste, de la part de Jésus, est certainement très significatif ; à l’époque, l’enfant n’était pas « l’enfant-roi » comme on dit aujourd’hui !
En embrassant un enfant, Jésus embrasse la petitesse. C’est tout un programme. Puis il leur dit : « Qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là, m’accueille moi-même »… On croit entendre la fameuse parabole du Jugement Dernier dans l’évangile de Matthieu : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Jésus précise bien « si vous le faites en mon nom ». C’est là probablement le secret de la véritable grandeur aux yeux de Dieu : ce ne sont pas les actions en elles-mêmes qui sont grandes ! C’est de les faire au nom de Jésus-Christ.
Voilà encore une bonne nouvelle : parce que cela aussi est à la portée de tout le monde !

Marie-Noëlle Thabut

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Les sens de la Vie

16 septembre 2018       24e dimanche du temps ordinaire B – Marc 8, 27-35
Lectures de ce jour

C’est par l’apprentissage de la parole que nous devenons des êtres humain. Apprendre la parole c’est se réapproprier la vie de Dieu, la nôtre et celle des autres. C’est précisément l’un des thèmes principaux de ce dimanche que l’évangéliste Marc nous livre dans le huitième chapitre de son Évangile.

Oser la question

On peut dire que chaque personne est un pays, un monde à découvrir avec son langage propre. Cela s’applique à Dieu, à nous-mêmes et à notre prochains Tout commence par des questions, questions que Jésus pose à ses disciples : « Pour les gens, qui suis-je ? Pour vous, qui suis-je ? » Ce sont toujours des questions complexes auxquelles il nous faut répondre. Il s’agit de nommer les choses et les êtres. C’est en nommant les choses et les êtres que nous entrons en communication et en communion avec les réalités et les êtres du monde. Les paroles reçues et données sont à l’origine de nos dialogues et de nos rencontres décisives. Cela demande beaucoup de courage et d’audace. Comme Pierre nous sommes invités à oser une parole d’attachement et d’amour. Comme Pierre nous devons prendre la parole et dire à Jésus Christ d’abord : « Tu es le Messie », et par la suite une parole qui ose notre propre vie.

Oser la parole

Nous devons apprendre la langue de Dieu pour lui parler et pour parler de lui. Pierre, dans l’Évangile de Marc, dit une parole brève, mais une parole qui ose et espère tout. Pour cela il nous faut apprendre à écouter Dieu, nous-mêmes et les autres. Pour cela nous devons nous ouvrir à Dieu, nous plonger et nous baigner dans sa présence, dans sa propre Parole – Jésus Christ. Nous sommes invités à nous approcher de Dieu et à nous rendre vulnérables pour qu’Il ouvre les oreilles de notre cœur. Comme le dit bien le prophète Isaïe : « Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. » C’est cela la grande merveille de la révélation judéo-chrétienne : Dieu parle et il nous apprend véritablement à écouter et à parler. Dieu nous parle ouvertement et cela signifie que Dieu et l’être humain existent l’un pour l’autre. Dieu opère la révélation réciproque ; en se révélant à nous, Dieu nous révèle à nous-mêmes. La Parole de Dieu – Jésus Christ – nous dit que Dieu n’est rien d’autre que le don sans mesure à l’humanité dans la grâce de l’amour.

Oser l’écoute

Dieu est la Parole aimante qui se livre pour notre bonheur et notre salut. Ce don de soi est peut-être la chose la plus difficile à comprendre et à accepter. Dans l’Évangile de Marc Jésus parle ouvertement de ce don qui se réalise dans la traversée de la souffrance et du rejet de Dieu par les êtres humains. Cela a été vrai à l’époque de la vie publique de Jésus Christ et cela reste vrai aujourd’hui. Le don de soi nous interpelle et nous dérange. Comme Pierre nous tentons de prendre Jésus à part et de lui faire de vifs reproches. C’est de cette attitude égocentrique que Dieu par son amitié vient nous guérir en Jésus-Christ pour que nous puissions entrevoir le monde réel, le monde dans toute sa dimension. Le don de soi est l’attitude indispensable de la foi et de la profondeur de notre humanité. Pour apprendre à parler nous sommes invités à écouter Jésus-Christ et d’une certaine manière à renoncer à nous-mêmes. Cela signifie qu’on fait le vide pour se remplir de l’autre, pour nous rendre, à l’exemple du Christ, toujours disponibles à lui et à notre prochain.

Cette écoute produira nécessairement une parole agissante dans nos paroles et nos actes, et comme le dit saint Jacques nous révélerons au monde la foi, la confiance et l’espérance qui nous habitent. Nous révélerons alors au monde l’essence de Dieu et de l’être humain, l’essence de la vie même.

Édouard Shatov, a. a.

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« Effata ! – Ouvre-toi ! »

9 septembre 2018       23e dimanche du temps ordinaire B – Marc 7, 31-37
Lectures de ce jour

Samedi, 8 septembre, il y avait au Centre ExpoCité un grand rassemblement pour lancer l’année pastorale 2018-2019 dans notre diocèse. Le thème retenu pour l’animation pastorale de l’année était :

Allez ! En avant la mission !

Ce thème le redit, la préoccupation principale des autorités diocésaines n’est pas de réduire le nombre de paroisses ou de fusionner les différentes communautés chrétiennes, même si cela demeure un enjeu majeur, délicat et souvent douloureux. Il y a plus important : la mission, notre mission comme disciples de Jésus et notre attachement à sa personne qui doit demeurer quelles que soient les circonstances.

L’évangile d’aujourd’hui dépeint Jésus de passage en pays païen, la Décapole, hors des frontières de la religion juive. «Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler et le supplient de poser la main sur lui.» Jésus, même hors de son champ d’action habituel, accueille la demande et emmène le sourd à l’écart, car il ne cherche pas à épater l’entourage.

À l’époque, on estimait que lors du contact d’un membre sain avec la partie malade, la partie saine l’emportait sur la maladie. Jésus se plie aux usages de la médecine du temps. Ainsi, Il met les doigts dans les oreilles du sourd et de sa salive, touche la langue de la personne. Alors,
« les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata », c’est-à-dire « Ouvre-toi ! »
Et, ajoute le texte, en parlant de l’homme handicapé : « Ses oreilles s’ouvrirent : sa langue se délia, et il parlait correctement. » Il fallait que les oreilles de cet homme s’ouvrent pour que sa langue se délie et qu’il puisse parler correctement.

Ce miracle, comme tant d’autres, rappelle que le Christ est venu pour arracher l’être humain à sa misère. Il accomplit, par ses guérisons, l’oracle du prophète Isaïe annonçant cette libération, par la guérison des gens. Notons la réaction des témoins : « Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses ! ». » Leur exclamation fait écho la réaction du Créateur : « Il vit que cela était très bon. »

Il entre dans le plan de Dieu que toute personne soit bien dans son corps. Certes, notre organisme n’échappe pas à l’usure du temps ni aux accidents, ni à la maladie. Il demeure néanmoins important d’apprendre ou réapprendre à sentir, toucher, goûter, respirer, marcher, etc. Et à apprécier chacun de ces instants tout en aidant les autres à se sentir bien dans ce qu’ils sont et deviennent.

Jésus soulage les misères pour redonner la liberté. Il le fait pour attirer l’attention sur une liberté plus grande, encore à venir, c’est pourquoi il agit discrètement en ordonnant aux témoins « de n’en rien dire à personne. » Saint Marc signale l’accueil enthousiaste des païens en contraste avec la difficulté des disciples fermés aux signes nombreux qu’opère Jésus. Et nous ? Où est notre enthousiasme devant l’action de Jésus ?

Au moment où notre Église lance la mission, gardons en tête cet épisode. Que le Seigneur ouvre d’abord nos propres oreilles à sa Parole. Alors seulement, nous pourrons parler correctement au monde d’aujourd’hui. Alors seulement nous trouverons les gestes ou les mots qui libèrent. Ne recherchons pas les actions spectaculaires pour épater la foule, mais seulement ce qui apporte la liberté, celle du corps quand cela est possible, et surtout celle de l’esprit et du cœur. Devenons des semeurs d’espérance. Que l’on puisse dire de nous : « il a bien fait toutes choses.

Marcel Poirier, a.a.

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UN ROYAUME PAS COMME LES AUTRES

17 juin 2018       11e dimanche du temps ordinaire B – Marc 4, 26-34
Lectures de ce jour

Jésus ne disait rien à la foule sans employer de paraboles, nous dit Marc ; c’était certainement la seule manière d’avoir un petit espoir d’être compris ! Car la leçon était quand même rude à faire passer ! Jésus lui-même annonce d’entrée de jeu qu’il va parler du Royaume de Dieu, mais tout le monde a déjà des idées là-dessus ; et les idées des hommes ne coïncident pas du tout avec les siennes, apparemment ! Alors il lui faut déployer toute une pédagogie dans la ligne de la conversion que l’Ancien Testament avait déjà entreprise. Au début, le peuple d’Israël, comme tous les peuples, ne pouvait envisager le Règne de Dieu qu’en termes de Souveraineté.

Dans cette optique, dire « A toi le règne, la puissance et la gloire » revient à dire « c’est toi le plus fort ! » Si les textes du livre de l’Exode nous présentent toujours les rencontres de Moïse avec Dieu dans l’orage, les éclairs, le feu et le tremblement de la montagne, c’est que sans toutes ces preuves de grandeur et de puissance, le peuple n’aurait jamais pu prendre ce Dieu au sérieux !

Même le grand prophète Elie, au début de sa carrière, ne peut pas imaginer Dieu autrement que dans des manifestations grandioses : et c’est le feu du ciel qu’il implore pour impressionner les prophètes des idoles. On se souvient comment, plus tard, Dieu a révélé au prophète Elie que sa puissance n’est pas ce que l’homme croit spontanément. C’est le fameux épisode d’Elie à l’Horeb : « Le SEIGNEUR dit à Elie : Sors et tiens-toi sur la montagne devant le SEIGNEUR ; voici, le SEIGNEUR va passer. Il y eut devant le SEIGNEUR un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le SEIGNEUR n’était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; le SEIGNEUR n’était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le SEIGNEUR n’était pas dans le feu. Et après le feu, le bruissement d’un souffle ténu (une brise légère). Alors, en l’entendant, Elie se voila le visage avec son manteau. » (1 R 19, 11-13). Cette fois, Elie avait tout compris : Dieu n’est pas dans les démonstrations de puissance que nous aimons tant, il est dans la brise légère.

Ce paradoxe, si on y réfléchit, parcourt toute la Bible, dès l’Ancien Testament : à commencer par le choix surprenant d’un tout petit peuple pour porter au monde la plus grande des nouvelles. A travers même les échecs apparents du Christ, la déchéance et la mort sur la Croix, s’est levé sur le monde le triomphe de l’amour.

CONFIANCE, LA MOISSON VIENDRA

Telle est la leçon de ces paraboles, une magnifique leçon de confiance : Dieu agit, le royaume est une semence qui germe irrésistiblement, il est peut-être encore invisible, mais la moisson viendra. Jésus nous dit quelque chose comme : « Vous savez la puissance de vie qui se cache même dans une toute petite graine. Contentez-vous de semer : c’est votre travail de jardiniers. Dieu vous fait confiance pour cultiver son jardin. A votre tour, faites-lui confiance : la semence poussera toute seule, car c’est Dieu qui agit… C’est votre meilleure garantie. »

Jésus l’avait bien dit en parlant de lui-même : « En vérité, en vérité je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si, au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. » (Jn 12, 24). C’est là que se manifeste la vraie puissance de Dieu : la parole semée dans la pauvreté et l’humilité devient peu à peu un arbre immense dont les bras sont assez grands pour accueillir l’humanité tout entière. Voilà le dessein bienveillant de Dieu : « Réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. »

« La graine de moutarde, quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères, et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »

Marie-Noëlle Thabut

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Jésus était-il « Fou » ?

10 juin 2018       10e dimanche du temps ordinaire B – Marc 3, 20-35
Lectures de ce jour

On croirait entendre Saint Jean quand il dit en parlant de Jésus : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu » et encore « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Marc le dit autrement, mais il me semble que c’est bien le même message. Les siens, les voilà : sa famille d’origine, mais aussi, sa communauté religieuse, les scribes de Jérusalem. Pour les uns comme pour les autres, Jésus est surprenant, inattendu, voire choquant. Alors, chacun se forge une explication : soit il est fou (c’est l’explication de la famille), soit il a fait un pacte avec le diable (ce sont les autorités religieuses qui le disent).

Curieusement, Jésus ne cherche pas à discuter avec ceux qui le croient fou, mais il prend très au sérieux l’autre accusation, celle d’être possédé du démon. Il commence par faire appel à la logique : on dit souvent que l’union fait la force, à l’inverse, dit Jésus, tout groupe divisé va à sa perte. Un royaume divisé par la guerre civile sera la proie des autres peuples qui profiteront de ses divisions ; une famille qui n’a plus d’esprit de famille n’est plus une famille ; et si Satan travaille contre lui-même, il n’ira pas bien loin. Dans ce cas-là, a l’air de dire Jésus, vous n’auriez qu’à vous réjouir, vous qui êtes les ennemis du diable, par profession, si j’ose dire.

Jusqu’ici, les explications de Jésus sont claires. Il continue : « Personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, s’il ne l’a d’abord ligoté. Alors seulement il pillera sa maison. » Marc nous a prévenus, il faut entendre cette phrase comme une parabole, on peut donc traduire : l’homme fort, c’est Satan ; si moi, Jésus, je me suis rendu maître dans la maison de Satan, puisque j’expulse les démons, c’est que je suis plus fort que Satan… entendez : Jésus est le vainqueur du mal. Le livre de la Genèse que nous avons entendu en première lecture, annonçait que le mal, un jour, serait vaincu : Jésus se présente ici comme celui qui enlève le mal du monde. Puis Jésus quitte le registre des explications, le ton devient beaucoup plus grave : « Amen, je vous le dis : Tout sera pardonné aux enfants des hommes, leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. »

La première partie de la phrase ne nous étonne pas, heureusement ; nous sommes bien persuadés que Dieu pardonne toujours ; il pardonnera même, a l’air de dire Jésus, à ceux qui m’auront pris pour un fou. La miséricorde de Dieu est sans limite, l’Ancien Testament l’a tant de fois répété : « Oui, près du SEIGNEUR, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat » disait le psaume 129/130.

Mais alors, la deuxième phrase nous choque : Jésus dit qu’il existe un péché impardonnable, ce qu’il appelle le blasphème contre l’Esprit. Pourquoi emploie-t-il cette expression ? Que s’est-il passé au juste ? Rappelez-vous le début de l’évangile de Marc : la réputation de Jésus est parvenue à Jérusalem, on dit partout qu’il guérit les malades, et qu’il expulse les démons. Le peuple, dans sa simplicité, ne s’y trompe pas et reconnaît là l’œuvre de Dieu. Et c’est bien pour cela que l’on vient à lui en foule.
Prêter des arrière-pensées malveillantes à Celui qui n’est qu’Amour, c’est cela que Jésus appelle « blasphémer contre l’Esprit ». Car c’est au moment même où Jésus guérit que les scribes le traitent de démon ; c’est n’avoir vraiment rien compris à l’amour de Dieu. Et, du coup, ils deviennent incapables de l’accueillir. Car on sait bien que l’Amour ne peut se donner que s’il est accueilli. Voilà pourquoi Jésus dit que ce péché là est impardonnable : ce n’est pas que Dieu refuserait de pardonner, ce sont les cœurs des scribes qui sont fermés.

La fin du texte va exactement dans le même sens : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? … Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » En d’autres termes, pour reconnaître le doigt de Dieu à l’œuvre, encore faut-il être de la famille de Dieu. Jésus dit cela en regardant tous ceux qui étaient en cercle autour de lui, c’est-à-dire cette foule qui accourait vers lui, parce qu’elle reconnaissait en lui la présence de l’Esprit. Là encore, on croit entendre Saint Jean : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu… Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1, 12).

Marie-Noëlle Thabut

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Dieu est mort – Vive Dieu !

3 juin 2018       Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ B – Marc 14, 12-16. 22-26
Lectures de ce jour

Le philosophe athée Nietzsche affirmait : « Dieu est mort, nous ne nous en sommes pas encore aperçu. » Beaucoup d’autres ont souscrit à sa déclaration, croyant ainsi préparer l’enterrement définitif de Dieu.  En répétant « Dieu est mort », ils n’avaient pas totalement tort.  En fait, un certain vendredi, il y a 2000 ans, Jésus de Nazareth a été cloué sur une croix et il en est mort.  Lui, le Fils de Dieu, a donné sa vie jusqu’au bout et en est mort.  Ses juges et tortionnaires ne se sont pas aperçu qu’ils venaient de mettre à mort le Fils de Dieu.  Jésus lui-même le laisse entendre par sa prière :   « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Lc 23,34

L’eucharistie nous renvoie à ce moment précis de l’histoire du salut, le moment où le corps de Jésus s’est vidé de son sang.  Le pain et le vin, le corps et le sang, séparés, redisent ce moment ultime de la vie de Jésus, le moment du don total, de son dernier souffle: le moment de sa mort. Lors de l’eucharistie, nous participons à ce moment qui dure encore.

L’eucharistie récapitule l’essentiel de notre foi : réaliser le projet de Dieu d’unir tous les humains dans l’amour et de leur faire partager sa propre vie.  Le pain eucharistique se mange.  La nourriture que nous absorbons habituellement se transforme en nous, devient nous  Mais ici, c’est nous qui en l’ayant reçue dans la foi, devenons ce que nous avons mangé. Le Christ se donne à nous pour que nous soyons lui, pour que sa vie circule en nous et nous rende divins. L’eucharistie mobilise tout notre être corps et âme.

Il est vivant

Le Christ est ressuscité et s’est manifesté à ses disciples pour leur signifier que la mort n’avait plus d’emprise sur lui.  La veille de sa mort, en instituant l’eucharistie, il anticipait le moment ultime et il a laissé comme héritage sa personne, rien de moins.  Un héritage illimité à partager avec tous les disciples qui se joindraient aux apôtres.  Par le sacrement tout simple du pain et du vin, il allait se donner et communiquer sa propre vie. Par ce moyen tout simple, il se met à notre merci, sans jamais forcer la porte de notre cœur.

Jésus est mort.  Mais quand il se donne à nous par le pain et le vin, il ressuscite pour le monde, si, bien sûr, nous le laissons transformer nos vies.  En chacun et chacune de nous il revit et poursuit sa mission de salut pour le monde.  Par le pain eucharistique, Jésus étend sa présence de ressuscité au monde.

Tous ceux et celles qui le reçoivent ne forment qu’un seul grand corps, le sien que l’on nomme « le corps mystique » du Christ, ce corps formé par ceux et celles qui l’accueillent, ce corps animé par sa vie à Lui.

L’existence complète

Certains disciples n’acceptaient pas le langage de Jésus : manger la chair, boire le sang.  Un langage qui heurte aussi nos sensibilités et nous provoque.  L’eucharistie nous rappelle que la mort, celle du Christ et la nôtre, font partie de la vie et n’en constituent qu’un moment, qu’un passage.  Ne rapetissons pas notre vie à la salade que nous mangerons ce soir ou à la promenade que nous ferons demain.

L’eucharistie, justement parce qu’elle évoque la mort de Jésus, nous resitue devant la totalité de notre existence d’hommes et de femmes, existence qui doit demeurer ouverture au divin et dont l’aboutissement est la participation à la vie de Dieu.  Par la communion, nous goûtons déjà un peu de la vie future.

Dieu est mort.  Mais il revit en ceux et celles qui le reçoivent. Il revit en plus grand dans le corps mystique du Christ.  Il vivra pleinement quand chacun et chacune de nous arrivera au bout de son chemin. Vive Dieu !

Marcel Poirier, a. a. 

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Un Dieu – Trois personnes

27 mai 2018       Sainte Trinité B – Matthieu 28, 16-20
Lectures de ce jour

Nous commençons nos prières par « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ».  Dans la liturgie nos demandes s’adressent au Père, par le Fils qui vit dans l’unité de l’Esprit.  Nous en concluons d’autres par « Gloire au Père, etc ».

Choisis par amour

Qui donc est ce Dieu que nous invoquons ? Nos mots demeurent inadéquats pour parler de Dieu.  Nous ne saurions rien de Lui s’il ne s’était révélé.  Une révélation progressive.  Elle s’est heurtée à l’incapacité des humains d’imaginer un être tout-puissant qui les aime sans les dominer.  Encore aujourd’hui, des hommes et des femmes ne voient en Dieu qu’un juge sévère et distant.

Lors de la sortie d’Égypte, Israël fait l’expérience d’un Dieu qui libère. Progressivement, Il comprend que son Dieu est à l’origine de l’univers.  Il ne peut y avoir qu’un seul créateur; Dieu est unique.  Ce Dieu créateur l’a choisi pour être son peuple.  Israël conçoit cette élection à la manière d’un amour exclusif, qui le place au-dessus des autres nations.  Jésus fait éclater cette perspective et révèle que l’amour du Père s’étend à toute l’humanité. Tous sont « choisis ».

Saint Jean affirme que « Dieu est amour ».  Il aime ses créatures, mais il ne les a pas créées pour meubler sa solitude.  Non.  Dieu est amour en lui-même.  Avant la création de l’univers, des relations de communion existaient entre les 3 personnes divines.  L’univers n’est que le débordement d’un amour préexistant. Nous ne sommes pas des marionnettes de sa toute-puissance; nous sommes ses enfants, désirés par amour, voulus pour eux-mêmes.

Images de Dieu

En Dieu chaque personne est don de soi à l’autre. Créés à son image nous sommes aussi des êtres de relation.  Je ne peux grandir comme personne sans relation à l’autre et à Dieu.  Je ne puis atteindre ma stature d’être humain sans ouverture à l’autre.

Trop souvent nous nous fermons sur nous-mêmes pour nous protéger.  Nous sommes portés à rétrécir l’image de Dieu en nous, au lieu de l’agrandir, de lui donner sa pleine mesure.

Richesse à partager

En ce dimanche de la Trinité, nous célébrons l’océan d’amour dans lequel nous baignons, le mystère d’un amour où chacun de nous a sa place unique. Savoir que nous sommes aimés de Dieu est une grande richesse.  Une richesse à partager.  Avant de quitter ses apôtres, Jésus leur dit : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples.

« Pour certains, « Toutes les religions se valent ».  Pourquoi vouloir baptiser toutes les nations ? S’il s’agissait simplement d’accroître le nombre des fidèles nous ferions fausse route.  Lorsque l’Église baptise au nom des 3 personnes divines, ce n’est pas pour faire grossir l’institution ecclésiale.  Par le baptême, l’Église fait participer à la vie des 3 personnes divines, à l’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit.

Offrir le baptême aux nations c’est leur révéler l’amour que Dieu leur porte.  D’une certaine façon, les nations ont le droit de connaître qui est Dieu et ce qu’elles sont pour Lui.

Si nos existences traduisent en actes l’amour de Dieu qui nous habite et nous rend heureux, un amour qui nous pousse à construire un monde meilleur, alors répandre l’Évangile devient urgent. Une urgence accrue de nos jours quand des groupes utilisent la religion pour justifier guerre et massacres.

Conclusion

Saint Paul nous invite à nous « laisser conduire par l’Esprit »; Lui nous révèle notre véritable identité de fils et de filles de Dieu, de frères et sœurs de Jésus, tous appelés à partager l’amour de la trinité elle-même; appelés à révéler à notre monde que Dieu est amour.  Défi énorme, irréaliste, au-delà de nos forces.  Mais, nous ne sommes pas seuls :   « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Marcel Poirier, a. a. 

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La Dignité de la Diversité

20 mai 2018       Pentecôte B – Jean 15, 26-27 ; 16, 12-15
Lectures de ce jour

Chaque année le dimanche de la Pentecôte nous vivons un rappel extraordinaire du témoignage d’amour de Dieu pour son peuple, pour chacun et chacune d’entre nous. Toutes les lectures de cette fête, et l’Évangile de Jean en particulier, en témoignent.

La dignité du Témoignage reçu

Le texte merveilleux de Jean, tiré des chapitres 15 et 16 de son Évangile, nous raconte le dernier entretien de Jésus avec ses disciples lors duquel Jésus leur promet cinq fois l’Esprit, qui sera désormais leur soutien. A plusieurs reprises, il lui donne le nom de Défenseur, ce que nous pouvons comprendre comme celui qui est appelé auprès d’eux et qui ne les quittera jamais. C’est lui, « l’Esprit de vérité qui nous guidera vers la vérité toute entière ». Au moment crucial de son histoire, à la veille de la Passion, Jésus révèle et témoigne de la sollicitude du Père pour l’humanité. Et pour cela il promet l’Esprit, le Défenseur, cet Esprit que le Père enverra au nom de Jésus, qui leur enseignera toutes choses et les fera se ressouvenir de tout ce que Jésus leur a dit. C’est l’Esprit qui rend d’abord le témoignage à Jésus et au plan de Dieu et c’est avec son aide que nous sommes capables d’accueillir le témoignage de l’amour de Dieu à notre égard.

La dignité du Témoignage donné

Cet Esprit Jean l’appelle le Défenseur, le « Paraclet ». Il ne s’agit pas de défendre les disciples contre un quelconque jugement de Dieu, mais de les soutenir lorsqu’ils seront traduits devant les tribunaux humains, pour qu’ils puissent témoigner authentiquement du Christ et de Dieu. C’est la vocation même de Jésus. Au cours de la Passion, il a dit à Pilate : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ». À leur tour, les disciples, et nous aussi, n’avons pas d’autre raison d’être que de rendre témoignage au Christ pour que le monde connaisse enfin la vérité du Père. En fait, l’Alliance définitive entre Dieu et l’humanité ne pourra s’instaurer que lorsque l’humanité connaîtra (au sens de « reconnaîtra ») enfin son Dieu. L’effroyable méprise, la méconnaissance de l’humanité à l’égard de Dieu, est le problème qui parcourt toute la Bible et c’est ce malentendu que le témoignage du Christ et de ses disciples, donc le nôtre aussi, invitent à dépasser.

La dignité du Témoignage à partager

Dieu est le Tout-Autre, confronté à ce que nous nous imaginons très souvent de lui, et nous ne pouvons pas l’atteindre par nos seuls efforts. C’est Dieu qui vient se révéler à nous. C’est pour cela qu’il nous fait don de son Esprit. La très belle formule de la Prière Eucharistique IV nous dit : « L’Esprit est le premier don fait aux croyants » pour que, par leur témoignage, le monde parvienne à la connaissance de la vérité de Dieu. Cette œuvre de Dieu, cette vérité de Dieu, pour l’humanité et pour la création tout entière, est bonne. Cette sollicitude de Dieu, cette œuvre de création, n’est pas un acte du passé. Elle est une relation persistante entre le Créateur et ses créatures aujourd’hui. Il ne faut pas confondre cette sollicitude de Dieu avec « la pensée unique ». Le passage des Actes des Apôtres, lu aujourd’hui, nous rappelle que les disciples du Christ, inspirés par la présence de l’Esprit, parlent en langues différentes.

Nous sommes invités à rechercher l’unité, mais ne nous trompons pas de chemin : l’unité n’est pas dans l’uniformité ! La véritable unité de l’amour ne peut se trouver que dans la diversité et dans l’harmonie des diversités. C’est le témoignage de l’Esprit que nous sommes invités à vivre et à transmettre.

Édouard Shatov, Assomptionniste

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Une présence surprenante !

13 mai 2018       Ascension du Seigneur B – Marc 16, 15-20
Lectures de ce jour

Quarante jours après Pâques, nous fêtons l’Ascension de Jésus ressuscité. C’est le jour où il disparaît au regard de ses apôtres. Comme eux, nous avons notre regard tourné vers le ciel. Mais en même temps, nous ne devons pas oublier de regarder vers la terre. C’est cela le message de l’ange aux apôtres : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » En d’autres termes, nous chrétiens, nous sommes « citoyens du ciel » mais nous marchons vers notre patrie définitive qui n’est pas ici-bas et non pas dans un ailleurs indéfini non plus. Oublier notre foi au Christ ressuscité serait pour nous un aveuglement mortel. Mais cela ne doit pas nous faire négliger la mission confiée par le Christ : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples… »

Accueillir la présence de Dieu

Pendant le temps de Pâques, pendant 50 jours, nous fêtons le Christ mort et ressuscité. Nous méditons le grand passage de Jésus vers son Père. Cette période est là pour raviver et fortifier notre foi. C’était vrai pour les disciples. L’évangile nous dit qu’ils étaient encombrés par le doute. Mais si le Christ ressuscité est resté visible quarante jours, c’est précisément pour les faire passer du doute à la foi. N’oublions pas que le vendredi saint, ils ont subi un grave traumatisme. Ils ont vu leur Maître mis à mort sur une croix et enfermé dans un tombeau. Pour eux, c’était la fin d’une belle aventure. Mais voilà que le jour de Pâques, Jésus ressuscité les rejoint. Sa première parole, un message de paix, est message d’espérance que nous avons à transmettre à notre monde. Beaucoup vivent dans l’indifférence. D’autres sont hostiles à la foi chrétienne sans même savoir pourquoi. Plusieurs parmi nous sommes douloureusement marqués par la souffrance, la maladie, le découragement.

Accueillir notre mission

Nous sommes invités par Jésus-Christ lui-même à accomplir notre vocation et notre mission, à savoir, si je lis bien les textes d’aujourd’hui : à aider les autres dans les moments difficiles de leur vie. Nous sommes invités à leur communiquer l’espérance qui nous anime. Mais cela ne sera possible que si nous l’entretenons en nous. Il ne suffit pas de regarder ce qui va mal dans le monde. Il nous faut aussi regarder vers le ciel. Des moments de ressourcement sont nécessaires. Se ressourcer, c’est prendre du temps pour la prière, le temps de rencontrer les autres et surtout de se rappeler que l’Esprit Saint nous précède dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route. A la suite des apôtres, nous sommes envoyés pour proclamer la bonne nouvelle à toute la création. Pour cette mission, nous ne sommes pas seuls. Jésus reste avec nous. Le principal travail, c’est lui qui le fait dans le cœur des hommes. Le monde doit pouvoir découvrir en nous quelque chose de l’amour passionné de Dieu pour tous les êtres humains. Il est important que notre cœur soit de plus en plus accordé à son infinie tendresse pour l’humanité. Alors, ne perdons pas une minute. C’est à chaque instant que nous avons à rayonner de cette lumière qui vient de lui.

Accueillir notre vocation

Cette fête de l’Ascension vient donc nous rappeler le but de notre vie. Avec Jésus, nous devons nous rendre compte qu’il y a dans notre vie des passages essentiels d’une rive à l’autre. Nous sommes en marche vers ce monde nouveau qu’il appelle le Royaume des cieux et c’est là que Dieu veut rassembler tous les hommes et toutes les femmes. Comme nous dit la lettre de saint Paul aux Éphésiens : « Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait ». Ce qui veut dire, si je lis bien : Dieu ne veut que notre bonheur et notre accomplissement. C’est cette bonne nouvelle que nous avons à annoncer aux hommes et aux femmes de notre temps. Rien ne doit l’arrêter. Les violences, les guerres, les catastrophes n’auront pas le dernier mot. Le Christ ressuscité veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché. Nous sommes à dix jours de la Pentecôte. Les apôtres en ont profité pour faire une retraite. Avec eux, nous te supplions, Seigneur : Envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre.

Édouard Shatov, a. a.

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Le risque d’aimer

06 mai 2018       6e dimanche de Pâques B – Jean 15, 9-17
Lectures de ce jour

Notre société de consommation a fait grandir ce risque en incluant l’amour dans les produits à consommer.  Pour certains, l’amour figure dans la liste des produits avec date de péremption ou tout simplement jetables.  Triste.

Il faut donc « oser » pour aimer. Dieu a pris ce risque avec l’humanité, avec chacun et chacune de nous.  Il est venu combler l’abîme entre notre humanité faible et limitée et son être infini et éternel. Toute la Bible raconte le caractère éphémère de l’amour d’Israël pour son Dieu.  Il s’en plaint : « Que vais-je te faire, Juda? Votre amour est comme la nuée du matin, comme la rosée matinale qui passe. » Os 6, 4 En contrepartie, l’Écriture relate surtout la résilience de Dieu qui demeure fidèle malgré les infidélités répétées de son peuple.

Nous sommes aimés

Jésus nous le redit à nouveau aujourd’hui : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » Mais comment découvrir cet amour ? Comment l’accueillir ? Comment savoir que Dieu m’aime ? Tant de choses nous attirent vers l’extérieur de nous. Multiples sont les sources de distraction.  Pour prendre conscience de cet amour, il faut d’abord nous arrêter, cesser de courir après ce qui nous manque, et orienter nos regards vers tous les dons reçus, dont celui très précieux de la vie.

En prêtant l’oreille à sa Parole, nous entendrons directement sa voix : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis ».Il connaît nos limites et nos faiblesses; pourtant il nous choisit.  Ce ne peut être que par amour.  Jésus déclare :  « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ».Nous voulons bien demeurer dans son amour.  Mais comment ? Le commandement à observer pour y arriver est unique et simple : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

On peut se faire illusion en affirmant que nous aimons Dieu.  Il ne vient jamais nous contredire.  Par contre, l’amour que nous portons aux autres, lui, se vérifie plus facilement par les attitudes et les gestes que nous adoptons envers eux.  Aimer les autres.  Tous les autres, sans exception.  Les aimer à la manière du Christ, i.e. en donnant notre vie pour eux.  Voilà un défi énorme qui dépasse nos forces.

Porter du fruit

Jésus nous veut féconds, productifs, porteurs de vie.  « C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Le fruit en question, c’est la vie.  Le fruit vient de la sève provenant du cep et qui nourrit le sarment.  Le fruit est à la fois du cep et du sarment, de nous et de lui, indistinctement.  Lorsque nous faisons le bien, nous ne pouvons distinguer ce qui est de Dieu de ce qui est de nous.  Dieu donne la vie en nous et par nous. Sa présence en nous n’est pas passive; elle est agissante, féconde.  Il a besoin de nous pour communiquer sa propre vie.

Conclusion

Une petite phrase dans la 1ère lettre de Jean, marque un tournant dans l’histoire des religions.  « Dieu est amour. »  Phrase d’une portée illimitée qui implique une relation à Dieu toute nouvelle.

Toute la prédication de Jésus et celle des apôtres après lui s’efforcent de tirer les conséquences de cette vérité insoupçonnée jusque là.  La mission de Jésus, en particulier sa passion, n’ont de sens que dans la perspective que Dieu est tout amour.  La mission confiée aux apôtres de prêcher la Bonne Nouvelle à toutes les nations s’impose alors tout naturellement : un Dieu-amour ne peut pas ne pas aimer chacune de ses créatures et désirer les emmener dans son paradis, c’est-à-dire partager sa propre vie avec eux, la Vie avec un grand « V ».  Accueillons cet amour et laissons-nous transformer par lui.

Marcel Poirier, a. a. 

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« Les fruits de la Parole »

29 avril 2018       5e dimanche de Pâques B – Jean 15, 1-8
Lectures de ce jour

En ce cinquième dimanche de temps pascal l’Évangile nous propose une méditation sur la présence du Seigneur dans la communauté de ses disciples et dans le monde en général.

Entrer dans l’Alliance

Jésus parle de vigne et de vin dans des termes qui suggèrent l’Alliance. Il ne faut pas oublier que, dans l’Ancien Testament, la vigne – parce qu’elle demande beaucoup de soins – était une image privilégiée de l’Alliance entre Dieu et Israël : Dieu étant, bien sûr, le vigneron et Israël le vignoble. La fidélité de Dieu était exprimée par la sollicitude du vigneron pour sa vigne, une sollicitude qui peut confiner à la passion. Quant à l’attitude du peuple élu, tantôt docile, tantôt infidèle, elle reflétait la qualité du raisin, comme par exemple dans le livre du prophète Osée : « Israël, vigne florissante, produisait du fruit à l’avenant ». Mais il arrivait très fréquemment que les raisins soient de mauvaise qualité (traduisez qu’Israël était infidèle à l’Alliance). Or, dès qu’on cesse de pratiquer les commandements, c’est toute la vie familiale, sociale, nationale qui est perturbée. Comment alors faire pour que la vigne soit bien soignée et que le raisin soit savoureux au goût, capiteux dans une coupe ?

Prendre soin

La réponse à cette question est surprenante : Dieu lui-même s’engage à prendre soin de sa vigne pour qu’elle porte du fruit. Et, à plusieurs reprises, il annonce une Nouvelle Alliance. Le peuple rompt cette alliance, mais Dieu y reste fidèle ; et c’est cela que nous sommes invités à apprendre, à accueillir et à accepter. Comme disait le prophète Jérémie : « Apprenez à connaître le SEIGNEUR ! », car ils me connaîtront tous, petits et grands – oracle du SEIGNEUR. Je pardonne leur crime ; leur faute, je n’en parle plus ». C’est donc tout naturellement que Jésus, qui vient réaliser cette nouvelle Alliance, en parle en reprenant l’image de la vigne. Jésus n’a même pas besoin de prononcer le mot « Alliance », tout le monde comprend : quand il développe la comparaison de la vigne, il est clair qu’il annonce une Alliance entre Dieu et les hommes qui se réalise en lui. « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Moi, je suis la vigne, et vous les sarments ». Or ce qu’il appelle « demeurer en lui », c’est être imprégné de ses paroles : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous ». Connaître le Seigneur, ce que Jérémie annonçait, vient enfin de se réaliser. Car le problème de l’humanité c’est de méconnaître Dieu, de ne pas le considérer comme un Père et Jésus vient de renverser les schémas habituels, accomplir la promesse.

Demeurer dans l’Amour

Jésus n’a rien changé à ce message qui semble bien être la base de la Révélation faite à Israël : le Dieu d’amour a créé l’homme à son image et à sa ressemblance, c’est-à-dire fait pour aimer. L’étonnant, c’est non seulement que nous avons bien du mal à pratiquer cette religion-là, mais plus gravement, que nous avons bien du mal à l’admettre, tout simplement. Jésus nous rappelle que le fond de notre foi consiste à aimer. Saint Jean le dit clairement dans sa lettre : « En agissant ainsi, (c’est-à-dire en aimant par des actes et non par des discours), nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité ». L’unique vérité qui nous a été révélée, c’est que Dieu est amour et les hommes sont faits pour aimer. « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ». Saint Jean ajoute que l’amour des autres est le meilleur moyen pour avoir le cœur en paix : « Devant Dieu nous aurons le cœur en paix ; notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses ». Effectivement, celui qui consacre son temps à servir les autres est complètement décentré de lui-même. Cette personne ne se laisse plus décourager par le spectacle de ses imperfections. Car au fond on espère et on sait qu’en demeurant sur la vigne et en se tournant vers les autres nous seront heureux et accomplis non pas en niant ou en culpabilisant nos faiblesses et nos difficultés, mais en les transcendant avec la grâce du Seigneur. Et le raisin sera alors toujours bon !

Édouard Shatov, a. a. 

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Un berger ?  Pour quoi faire ?

22 avril 2018       4e dimanche de Pâques B – Jean 10, 11-18
Lectures de ce jour

Qui d’entre nous désire être un mouton ?  Nous affirmons haut et fort notre liberté.  Avec raison, car nous sommes des êtres responsables.  L’État a d’ailleurs promulgué une charte qui énumère tous nos droits.  Ceci dit, nous déplorons aussi le fait que notre monde ait perdu sa boussole.  Où est passée la vérité ?  Qu’est devenu le sens de la vie ? Chacun fabrique sa vérité et tant bien que mal se donne un sens.

Mais pour grandir en liberté intérieure, nous avons besoin d’un guide, un père ou une mère.  Jésus se présente comme le « bon » berger ou le « vrai » berger, dans le sens où il n’y en a pas d’autre.  En écoutant sa voix, en le suivant, on ne peut se tromper. Il est la boussole qui guide nos pas.

« Je connais mes brebis »

« Connaitre ».  Il ne s’agit pas d’une connaissance intellectuelle mais d’une connaissance intime.  Jésus nous connaît tels que nous sommes, avec nos forces et nos faiblesses.  Et, malgré cela, ou à cause de cela, il tient à nous, comme le bon berger demeure attaché à ses brebis, y inclus à celle qui ne s’aime pas elle-même.

S’aimer soi-même ? Plus facile quand on se sait aimé par quelqu’un d’autre.  En refusant de s’aimer soi-même on disqualifie celui qui nous aime. Alors, pourquoi refuser l’amour que Jésus me porte ? Il me connaît plus et mieux que moi-même. Sous le vernis ou la croute de l’image que je me fais de moi, il voit la beauté de l’image que le Père à inscrite en moi.

Mais une mère a besoin de la réponse amoureuse de son enfant.  Quelle souffrance quand elle n’est pas aimée de son enfant.  Ainsi en est-il de notre berger.  Il a besoin de notre réponse d’amour.

« Elles me connaissent »

« Mes brebis me connaissent. »  De qui Jésus parle-t-il ? De vous ? De moi ? Le connaissons-nous vraiment ? Nous savons des choses sur lui.  Les évangiles nous en racontent beaucoup.   De là à vraiment le connaître . . .

Si connaître Jésus consiste à accumuler des connaissances sur lui, nous n’y arriverons jamais. Mais si connaître veut dire, comme en langage biblique,  « aimer » la personne, « être attaché à » elle, alors, nous pouvons le connaître, en dépit des imperfections de notre amour.  L’enfant autant que le docteur en sciences bibliques peut alors le connaître, s’attacher à lui.

« Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur »

Jésus désire rejoindre tous les humains.  Rien de plus compréhensible, puisqu’il aime chaque personne.  Afin de poursuivre sa mission il fait appel à ses apôtres, à des « ouvriers ».  «La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ;  priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson.»

Étrange qu’il invite les apôtres à prier le Maître de la moisson, comme si ce dernier n’était pas au courant de la situation. Ils doivent prier pour s’approprier la mission et l’urgence de s’engager.  Dans notre Église, nous déplorons le manque de prêtres.  Toutefois beaucoup de braves catholiques s’accommoderaient assez facilement d’une Église sans prêtres.  Avons-nous assez prié ? Avons-nous compris la mission ?

Certes, il faut des ouvriers « spécialisés » qui en font le but le but de leur vie. Il faut aussi que tous les disciples deviennent « bergers » pour leur entourage. Devenir comme le « bon berger », i.e. quelqu’un qui guide l’autre sur un chemin de liberté et ne se l’approprie pas. De même que le Christ voit l’image de Dieu en moi, je dois révéler à l’autre sa beauté et sa valeur.« On ne peut aider d’autres à grandir vers plus de maturité si on ne cherche pas soi-même à grandir vers plus de maturité, de compassion, d’acceptation de soi et des autres. » Jean Vanier

Marcel Poirier, a.a.

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LE PROJET DE DIEU EN MARCHE

15 avril 2018       3e dimanche de Pâques B – Luc 24, 35-48
Lectures de ce jour

La phrase qui est au cœur de ce texte nous parle d’accomplissement : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. » Le thème de l’accomplissement court dans toute la Bible ; on pourrait comparer Dieu à un artiste qui a conçu une œuvre d’art : je me rappelle un sculpteur qui a entrepris, il y a quelques années, pour une église, une énorme croix en bronze doré. Dès les premiers croquis, il l’imaginait, il la voyait, et, déjà, elle le remplissait de joie ; il a fallu plusieurs mois, sinon plusieurs années, pour que son rêve devienne réalité : il a fallu aussi des collaborateurs qui lui ont fait confiance puisque lui seul avait le secret de son chef-d’œuvre ; elle est née, enfin, l’œuvre, après bien des efforts, des fatigues, la chaleur du four, et tous enfin, ont su à quelle merveille ils avaient collaboré. Après coup, ils peuvent enfin dire « oui, il fallait » bien tout cela pour en arriver là !

Le dessein bienveillant de Dieu qui se réalise dès « avant la fondation du monde », comme dit Paul, est bien plus grandiose qu’une œuvre d’art, si belle soit-elle ! Et on peut lire tout au long de la Bible, l’histoire de ce projet en marche : la longue patience de Dieu à travers le temps, les étapes et les débuts de réalisation, les échecs et les recommencements, les collaborations. Dire que le dessein bienveillant de Dieu s’accomplit dans l’Histoire des Hommes, c’est dire que l’Histoire de l’Humanité a un « SENS », c’est-à-dire à la fois une « signification » et une « direction ». C’est un article de notre foi. Ce qui veut dire que nous n’avons jamais le droit de céder à la morosité ambiante ! Les croyants sont tournés vers l’avenir (l’à-venir) et non vers le passé ! Dans le Notre Père, ils disent : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », en d’autres termes, « que s’accomplisse ton projet ».

DIEU CHERCHE DES COLLABORATEURS

Comme notre sculpteur, Dieu cherche des partenaires pour son projet : la Bible nous dit que, depuis toujours Dieu propose à l’humanité de collaborer à son grand projet : il y a eu Adam, Noé, Abraham… et le choix du peuple d’Israël pour être le partenaire de Dieu au service de l’humanité tout entière.
Ce choix de Dieu qu’on appelle l’élection d’Israël reste valable encore aujourd’hui : cette Alliance proposée à Israël n’a jamais été dénoncée par Dieu ! Israël est encore le peuple élu, car « Dieu ne peut se renier lui-même » (2 Tm 2, 13). Puis le Christ a pris chair au sein de ce peuple élu, et enfin, il a transmis la mission à tous ceux qui veulent bien entrer dans son Église. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie », dit-il dans l’évangile de Jean (Jn 20, 21).

Bien sûr, à force de parler de projet de Dieu, on peut se demander ce que devient notre Liberté. Or, l’une des découvertes d’Israël, c’est que Dieu ne tire pas toutes les ficelles, l’homme à une responsabilité dans son histoire ; il n’y a pas un scénario écrit d’avance. Au contraire, Dieu respecte la liberté de l’homme ; et, d’après Saint Pierre, c’est justement parce que Dieu respecte la liberté de l’homme que le projet n’avance pas plus vite !

Quand le Christ dit à ses apôtres « Il fallait », il leur apprend justement à reconnaître sous la surface des jours et des millénaires la lente mais sûre maturation de l’humanité nouvelle qui sera un jour réunie en lui. C’est cela « l’intelligence des Écritures ». Non pas « c’était écrit, programmé » ; mais c’est dans la ligne de l’œuvre de Dieu. Alors, pour les disciples, tout est devenu lumineux : bien sûr, le Dieu d’amour et de pardon ne pouvait qu’aller jusqu’au bout de l’amour et du pardon ; bien sûr, l’Alliance d’amour parfaite entre Dieu et l’humanité ne pouvait être scellée que dans l’homme-Dieu, celui qui est l’amour même. Bien sûr, pour nous entraîner au-delà de la mort, dans la lumière de la Résurrection, il fallait qu’il traverse lui-même la mort ; bien sûr, pour nous apprendre à surmonter la haine avec la seule force de l’amour, il fallait qu’il affronte lui-même la haine et la dérision ; bien sûr, pour inaugurer l’humanité qui connaît le Père, il fallait qu’il vienne nous révéler le vrai visage de Dieu sur un visage d’homme : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité… »

Marie-Noëlle Thabut

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La Reconnaissance de l’Amour

8 avril 2018       2e dimanche de Pâques B – Jean 20, 19-21
Lectures de ce jour

Récemment, j’ai remarqué que notre société et chacun de nous, de manière très différente, recherchons notre propre identité. Très souvent, nous nous interrogeons sur cette question fondamentale, et très souvent nous ne savons plus qui nous sommes. Les documentaires nous embarquent dans une quête sans fin sur ce que nos ancêtres nous ont transmis et que de nombreux romans essayent de percer en contemplant les mystères de notre passé.

L’Amour qui fait naître

Les lectures de ce deuxième dimanche de Pâques, et l’Évangile en particulier, tiré du chapitre vingt de saint Jean, nous aident à comprendre ce qu’est l’identité – qui est Dieu, quel est son plan pour notre vie et qui sommes-nous à ses yeux. Dieu, en son Fils bien-aimé Jésus-Christ, accueille ses disciples. Cela signifie que Dieu nous accueille, nous aussi, avec des salutations de paix et par le souffle de l’Esprit Saint. Dans ce souffle du Christ notre dignité d’enfants de Dieu est entièrement restaurée. «Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus.» Soyons clairs : cette invitation du Christ n’est pas une invitation à jouer aux êtres semblables à Dieu, et finalement à succomber au chuchotement très ancien du vieux serpent pour devenir dieu et oublier notre Créateur. Le souffle du Christ, le souffle de l’Esprit Saint, est notre restauration et le rappel pour nous tous que nous sommes déjà créés à l’image et à la ressemblance de Dieu lui-même. Si nous devons nous rappeler une chose dans notre vie, c’est celle-là. Cette ressemblance seule peut nous apporter la paix, une paix que nous pouvons partager entre nous.

L’Amour qui fait vivre

La beauté de notre dignité et de notre identité est révélée dans le simple fait qu’on peut avoir l’unité de cœur. Pour être à l’image de Dieu, il faut essayer de vivre comme la première communauté chrétienne présentée dans les Actes des Apôtres, c’est-à-dire essayer de vivre en conformité avec notre foi dans le Seigneur Jésus. « D’un seul cœur, d’un cœur généreux » – n’est-ce pas la description du cœur miséricordieux et compatissant de Dieu lui-même? C’est difficile à croire, mais c’est cela notre identité, notre vocation et notre mission que nous célébrons lors de ce deuxième dimanche de Pâques, le dimanche de la miséricorde divine. Notre vie, en fait, est appelée de plus en plus à être le reflet de Dieu dans le monde d’aujourd’hui, le reflet de sa compassion et de sa tendresse pour chaque être humain que nous rencontrons. Il est difficile de croire cela comme c’était difficile pour Thomas de croire à la résurrection de son maître et de le reconnaître comme son Seigneur et son Dieu. Le nom de Thomas signifie « jumeau » et d’une certaine manière nous sommes tous des jumeaux de cet apôtre dans son incrédulité. Mais nous sommes également appelés à être ses jumeaux dans sa confession de foi seule : sans voir le Christ ressuscité, en nous appuyant sur le témoignage de tous ceux qui ont été aimés par le Christ et qui l’aimaient en retour.

L’Amour qui ressuscite

« D’un seul cœur » – sans colère et sans haine, nous pardonnant mutuellement, nous aimant les uns les autres. Parfois, il n’est pas vraiment nécessaire de montrer notre amour pour les autres, car ceux qui aiment savent quand l’amour est vrai et ils peuvent aimer en silence, avec des actes et pas seulement avec des mots. Parfois, personne n’avait remarqué leur amour, personne n’y avait prêté attention, car en général, les choses essentielles de la vie sont invisibles pour l’œil. L’amour se suffit à lui-même ! Parfois, en fait très souvent, nous nous persuadons que notre salut vient de nous-mêmes, que notre identité peut être trouvée en nous-mêmes. L’évangile d’aujourd’hui nous dit clairement que pour être nous-mêmes, nous devons nous tourner vers les autres. C’est en nous donnant qu’on reçoit, en pardonnant qu’on est pardonné, et en mourant que l’on ressuscite à la vie éternelle. L’amour se suffit à lui-même.

«Ô amour, je sens mon âme se tourner vers le feu où je me suis réjoui et plus que jamais je désire brûler. Je brûle et les flammes vives de l’amour nourrissent mon misérable cœur. Plus je brûle et plus mon amour grandit et plus que jamais je désire brûler ».

Édouard Shatov, a. a.

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Ressusciterai-je ?

Célébrer la résurrection de Jésus, n’est-ce pas aussi penser à la mienne ?  Parviendrai-je à ce lieu où le Christ se trouve aujourd’hui et qu’il promettait à ses disciples ?  Nous aimerions tellement y croire, de sorte que cette promesse puisse enchanter déjà toute notre vie, la rendre lumineuse, assurée que rien ne pourra l’engloutir, pas même la mort.

Ressusciterai-je ?

Mais voilà, la mort passe … sans épargner personne…  Il y a cette interruption de fonction, de relations qui laissent démunis ceux et celles qui restent, sans qu’ils sachent où sont rendus  les proches qui partent.  Il y a ce passage qui dépouille totalement et dont on ne sait  ce qu’il comporte exactement.  Un être humain mort, son souffle épuisé, ce qui reste de lui perd toute consistance.  Expérience quotidienne, banale, banalisée peut-être, qui arrive aux autres avant de devenir la sienne propre.

Entre  la vie d’ici et celle vers laquelle il nous est dit de se rendre, il y a ce passage par lequel chacun seul, doit avancer dans la foi, en adhérant au Christ… Si le transfert de notre être se faisait d’ici, directement jusqu’au Christ ressuscité, le passage paraîtrait acceptable.  Transporté en Dieu, sans le passage par la mort physique, serait plus facile à comprendre et à vivre.  Mais il n’en est pas ainsi; la mort atteint chaque être avant que ses yeux ne s’ouvrent sur le visage radieux et amoureux du Christ.

Ressusciterai-je ?

La mort est la loi commune à laquelle le Christ ne s’est pas dérobé.  Il a abordé cette échéance en toute lucidité et liberté.  Combien de fois ne l’a-t-il pas annoncée à ses disciples ?  Il savait que l’heure arriverait…  Il en parlait come le moment de sa gloire et de celle de son Père.  Il désirait ce moment incontournable, mais il le redoutait car il était souffrant.  La mort était pour lui le don de tout lui-même au Père, afin d’entrer pleinement à nouveau dans l’échange de l’Amour trinitaire.

Il n’a donc pas pu lui-même transiter directement de sa vie d’homme à sa vie de Fils ressuscité, il a dû passer par la mort.  Pourrait-il en être autrement pour nous ?  Dans le passage qui nous attend et que nous espérons généralement le plus tard et le plus doux possible, le Christ lui-même s’est engagé.  N’est-ce pas pour nous l’expérience où puiser le courage d’aller, dans la foi, vers la mort ou plutôt vers lui en passant par la mort ? Son expérience de Fils confiant, aujourd’hui glorieux, peut-elle déposer en nous les germes d’un désir redouté, mais d’un désir tout de même, d’aller vers lui ?

Ressusciterai-je ?

Non pas : reviendrai-je à cette vie d’ici, comme ce fut le cas pour Lazare ?  Ni dans une forme ou une autre, comme il devient à la mode de l’imaginer aujourd’hui.  Mais parviendrai-je à me laisser transformer pour être avec Lui comme il l’a promis.. ?  En ce jour de Pâques où tout n’est que lumière et victoire, nous nous sommes arrêtés au moment qui le précède.  Car la résurrection ne va pas sans la croix et la mort physique.  Teilhard de Chardin a médité sur ce moment ultime de la vie.

« Lorsque mon corps (et bien plus mon esprit) commencera à marquer l’usure de l’âge, quand fondra sur moi du dehors, ou naîtra en moi du dedans, le mal qui amoindrit et emporte, à la minute douloureuse où je prendrai tout-à-coup conscience que je suis malade ou que je deviens vieux, à ce moment dernier, surtout, où je sentirai que je m’échappe à moi-même, absolument passif au mains des grandes forces  inconnues qui m’ont formé ; à toutes ces heures sombres, donnez-moi, mon Dieu, de comprendre que c’est Vous (pourvu que ma foi soit assez grande) qui écartez douloureusement les fibres de mon être pour pénétrer jusqu’aux moelles de ma substance pour m’emporter en Vous… »

Ressusciterai-je ? Il est ressuscité.  Il s’est donné dans le pain et le vin. Je me nourrirai de sa vie, je passerai par la mort, je ressusciterai en lui… Amen, Alléluia !

Christian Blanc

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Le Chemin de la Confiance

25 mars 2018       Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur B – Marc 14, 1 – 15, 47
Lectures de ce jour

Le Dimanche des Rameaux nous lisons toujours le récit de la Passion dans un des Évangiles synoptiques – cette année dans l’Évangile de Marc. C’est un récit assez conséquent par les thèmes abordés et dans sa longueur même. Il serait donc très prétentieux dans ces quelques lignes de donner le commentaire exhaustif de ce passage qui nous livre les fondements mêmes de notre foi en Jésus Christ. Je vous propose donc de nous arrêter sur trois épisodes.

Le Signe de l’Inoubliable

Tout d’abord Jésus va célébrer la Pâque avec ses disciples. C’est au moment même où Jésus annonce sa trahison par un de ses intimes qu’il va instaurer l’eucharistie, le geste de la confiance ultime vis-à-vis de l’humanité pour la libérer de l’esclavage du péché et de la mort. C’est lors de ce repas qu’une femme apporta et brisa un flacon d’albâtre contenant un parfum précieux en le versant sur la tête de Jésus. La femme lui manifeste son amour ou moment même ou l’Amour de Dieu se manifeste pour l’humanité toute entière. Deux cœurs se rencontrent, deux amours s’embrassent ! Et Jésus en parlant de cette femme, dont le nom nous reste inconnu, nous révèle que l’acte de l’amour véritable est inoubliable, que le geste de l’amour vrai est gravé dans l’éternité. « Partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire ». Dans l’eucharistie, en nous donnant son corps Jésus nous donne la nourriture de grâce, le parfum d’éternité, pour notre existence.

La Prière de l’Abandon

Tout amour passe inévitablement par le crible de l’épreuve de la tragédie de la nuit et des ténèbres. Cela est vrai pour les disciples, cela est aussi vrai pour nous. Mais tout d’abord, c’est Jésus lui-même qui entre dans l’épreuve de l’Amour. Il entre dans la solitude et le désir de voir ses proches veiller avec lui. Pierre, Jacques et Jean, les témoins de la transfiguration, qui doivent connaître aussi la souffrance du Christ, ne font que dormir. « La frayeur et l’angoisse » s’emparent de Jésus qui se livre à un double combat : lutte en lui-même pour s’accorder à la volonté de Dieu, lutte contre la faiblesse des disciples. En quelque sorte, c’est le combat que chacun d’entre nous doit affronter en communion avec le Christ, vivant de son corps et de son sang. Dans ce combat nous pouvons remarquer deux attitudes de Jésus. Tout d’abord il se prosterne face contre terre, une posture de soumission et d’obéissance extrême. Mais l’expression « Mon Père » souligne son abandon extrême et fait de cette scène de la prière au jardin de Gethsémani une réalisation vivante de la confiance au-delà de toute confiance.

La Totalité du Don

Cette lutte ultime, Jésus la traverse en homme anéanti, blessé dans son corps et dans sa dignité, honni, accusé de blasphème, ce qui est le pire des péchés pour ses compatriotes. En même temps il est honoré bien involontairement par des étrangers qui lui décernent les plus hauts titres de la religion juive. Par les titres donnés à Jésus – Roi des Juifs, Messie et Fils de l’Homme – Marc accentue le contraste entre la faiblesse du condamné et sa grandeur. C’est dans sa faiblesse même que Jésus manifeste sa vraie grandeur, qui est celle de Dieu, c’est-à-dire de l’amour infini. Ce n’est pas la gloire malgré la croix ou la gloire méritée par la croix comme une sorte de compensation. C’est la gloire dans et par la croix : parce que révélation du suprême amour, c’est-à-dire révélation du Dieu d’amour.

Comme le Christ, nous sommes invités à la confiance infini vis-à-vis de Dieu car celui qui est entré pour nous dans un tel déchirement, dans une telle passion, ne peut que nous aimer d’un amour infini sans reproches ni accusations. Dieu, en Jésus-Christ, espère juste notre confiance en lui pour que nous vivions dans l’unité et dans la paix définitivement acquise.

Édouard Shatov, a. a. 

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« Si le grain de blé ne meurt ». « Il apprit par ses souffrances l’obéissance »

18 mars 2018       5e dimanche du Carême B – Jean 12, 20-33
Lectures de ce jour

Des formules qui écorchent la sensibilité de nos contemporains et sans doute aussi la nôtre.  Notre société a fait de la santé un droit.  On fait tout pour éliminer la souffrance et, lorsque cela n’est plus possible, on élimine le souffrant.  Plutôt mourir que souffrir.  Lorsque la mort se présente, on réussit à bien la camoufler.   Quant à l’obéissance,  elle caractérise l’esclave ou le serviteur, pas un humain digne de ce nom.

Un Père qui aime ?

Or, nous dit l’Écriture, « Bien qu’il fut Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance ».   Comment comprendre ?  Le Père aurait-il « dompté » son Fils comme on dompte un animal ? Comme les tortionnaires qui arrivent à faire avouer n’importe quoi ? Comprenons le mot « obéir ».  Étymologiquement, il signifie « prêter l’oreille » ou écouter.  La voix à laquelle Jésus prête l’oreille est celle du Père, la voix de Celui qui aime et se donne totalement et qui attend en retour une réponse d’amour et de don total.  Jésus reconnaît dans cette voix un appel de l’amour, même si la route où il s’engage lui fait peur.

Jésus avait conscience d’être « Fils de Dieu ».  L’évangile nous le décrit comme demeurant en permanence en lien avec le Père.  Mais cette conscience d’être « Fils de Dieu », Jésus la vit dans sa nature humaine, avec les limites de notre nature.  Comme nous, il craint la souffrance.  « Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé, en raison de son grand respect. » ( 2e lecture )

Or Jésus est mort.  Dieu ne l’a pas préservé de la mort.  Il en fut sauvé, non en l’évitant, mais en la traversant comme une porte qui ouvre sur l’infini de la vie du Père.  C’est précisément en donnant son dernier souffle que Jésus exprime sa confiance totale.  Il entre alors dans la plénitude de la vie.  La mort dit son dernier mot, mais elle n’est pas le dernier mot, car au moment précis où elle semble gagner, elle est vaincue.

Comme le grain de blé

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »  Le but n’est pas la mort, mais la vie; il ne s’agit pas de mourir mais de multiplier la vie.  Le grain qui s’abandonne fait apparaître un épi qui portera 30, 50 ou 100 grains.  La nature nous éduque, si nous apprenons à la regarder.

La semaine de la Passion approche.  Vivons-la pleinement.  Contemplons Jésus et n’ayons pas honte de nos peurs de la souffrance ou de la mort.  Mais, comme Lui, gardons confiance jusqu’au bout, jusqu’au dernier souffle, celui de la victoire.

Mais pour en arriver à cette liberté de se donner sans réserve, il faut que Dieu vienne changer notre cœur de pierre en cœur de chair.  Ce sera alors un cœur qui sait reconnaître la Parole de Dieu et qui peut vibrer à la vue de son frère ou de sa sœur en détresse.

Jérémie affirmait : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. »La Loi, habituellement perçue comme quelque chose d’extérieur à soi, oriente, oblige ou limite.  En la mettant dans le cœur de l’homme, Dieu signifie qu’elle dispose le cœur à reconnaître l’appel à aimer contenu dans la Loi.

Marcel Poirier, a. a.

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LE SERPENT DE BRONZE

11 mars 2018       4e dimanche du Carême B – Jean 3, 14-21
Lectures de ce jour

Commençons par l’épisode du serpent de bronze ; cela se passe dans le désert du Sinaï pendant l’Exode à la suite de Moïse. Les Hébreux étaient assaillis par des serpents venimeux ; et comme ils n’ont pas la conscience très tranquille (parce qu’une fois de plus ils ont « récriminé », « murmuré », comme dit souvent le livre de l’Exode), ils sont convaincus que c’est une punition du Dieu de Moïse ; ils vont donc supplier Moïse d’intercéder pour eux : « Le peuple vint trouver Moïse en disant : Nous avons péché en critiquant le SEIGNEUR et en te critiquant ; intercède auprès du SEIGNEUR pour qu’il éloigne de nous les serpents ! » Dans ces cas-là, d’habitude, il y avait une coutume qui consistait à dresser un serpent de bronze sur une perche. Ce serpent de bronze représentait le dieu guérisseur. Quand un homme était mordu par un serpent, on était convaincu qu’il suffisait de lever les yeux vers le serpent pour être guéri. À notre grand étonnement, quand les gens vont trouver Moïse pour se plaindre des serpents, il conseille de faire comme d’habitude.

Moïse intercéda pour le peuple et le SEIGNEUR lui dit : Fais faire un serpent brûlant (c’est-à-dire venimeux) et fixe-le à une hampe : quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve. Moïse fit un serpent d’airain et le fixa à une hampe ; et lorsqu’un serpent mordait un homme, celui-ci regardait le serpent d’airain et il avait la vie sauve. » (Nb 21, 7-9).

À première vue, nous sommes en pleine magie, en fait, c’est juste le contraire : Moïse transforme ce qui était jusqu’ici un acte magique en acte de foi. Une fois de plus, comme il l’a fait pour des quantités de rites, Moïse ne brusque pas le peuple, il ne part pas en guerre contre leurs coutumes ; il leur dit : « Faites bien tout comme vous avez l’habitude de faire, mais ne vous trompez pas de dieu, il n’existe qu’un seul Dieu, celui qui vous a libérés d’Egypte. Faites-vous un serpent, et regardez-le : (en langage biblique, « regarder » veut dire « adorer ») ; mais sachez que celui qui vous guérit, c’est le Seigneur, ce n’est pas le serpent. Quand vous regardez le serpent, que votre adoration s’adresse au Dieu de l’Alliance et à personne d’autre, surtout pas à un objet sorti de vos mains ».

Jésus reprend cet exemple à son propre compte : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle ». De la même manière qu’il suffisait de lever les yeux avec foi vers le Dieu de l’Alliance pour être guéri physiquement, désormais, il suffit de lever les yeux avec foi vers le Christ en croix pour obtenir la guérison spirituelle.

ILS LEVERONT LES YEUX VERS CELUI QU’ILS ONT TRANSPERCÉ

C’est le même Jean qui dira, au moment de la crucifixion du Christ : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37). Ils « lèveront les yeux », cela veut dire « ils croiront en Lui, ils reconnaîtront en lui l’amour même de Dieu ». Une fois de plus, Jean insiste sur la foi : car nous restons libres ; face à la proposition d’amour de Dieu, notre réponse peut être celle de l’accueil (ce que Jean appelle la foi) ou du refus ; comme il le dit dans le Prologue de son évangile, « Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1, 9-12).

Dans le texte d’aujourd’hui, Jésus lui-même reprend ce thème avec force : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. » À noter que le mot « croire » revient cinq fois dans ce passage.

Mais en même temps que Jésus fait un rapprochement entre le serpent de bronze élevé dans le désert et sa propre élévation sur la croix, il manifeste le saut formidable entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Jésus accomplit, certes, mais tout en lui prend une nouvelle dimension. Tout d’abord, dans le désert, seul le peuple de l’Alliance était concerné ; désormais, en Jésus, c’est tout homme, c’est le monde entier, qui est invité à croire pour vivre. Deux fois il répète « Tout homme qui croit en lui obtiendra la vie éternelle ». Ensuite, il ne s’agit plus de guérison extérieure, il s’agit désormais de la conversion de l’homme en profondeur ; quand Jean, au moment de la crucifixion du Christ, écrit : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37), il cite une phrase du prophète Zacharie qui dit bien en quoi consiste cette transformation de l’homme, ce salut que Jésus nous apporte : « Ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem, un esprit de bonne volonté et de supplication. Alors ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé » (Za 12, 10). L’esprit de bonne volonté et de supplication, c’est tout le contraire des récriminations (ou des murmures) du désert, c’est l’homme enfin convaincu de l’amour de Dieu pour lui.

Visiblement, pour la première génération chrétienne, la croix était regardée non comme un instrument de supplice, mais comme la plus belle preuve de l’amour de Dieu. Comme dit Paul, « Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens… Mais ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Co 1, 23-25). Il y a donc deux manières de regarder la croix du Christ : elle est, c’est vrai, la preuve de la haine et de la cruauté de l’homme, mais elle est bien plus encore l’emblème de la douceur et du pardon du Christ ; il accepte de la subir pour nous montrer jusqu’où va l’amour de Dieu pour l’humanité.

La croix est le lieu même de la manifestation de l’amour de Dieu : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).
Sur le Christ en croix, nous lisons la tendresse de Dieu, quelle que soit la haine des hommes. Et cet amour est contagieux : en le regardant, nous nous mettons à le refléter.

Marie-Noëlle Thabut

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« Oser la confiance »

4 mars 2018       3e dimanche du Carême B – Jean 2, 13-25
Lectures de ce jour

« Oser ». Faire confiance serait-il devenu un risque ?  Un danger ? Nous vivons dans « l’ère du soupçon ».  Nos contemporains ont perdu confiance dans leurs élites politiques, économiques et autres.  Ce climat génère cynisme et désengagement.  Il faut alors une certaine audace pour croire, pour « oser la confiance » en Dieu.

Dieu a « osé »

Le livre de l’Exode rapporte les 10 paroles de Dieu.  Cette formulation très ancienne marque un tournant dans l’histoire de la spiritualité.  Les religions païennes cherchaient à amadouer les dieux par des sacrifices à ces divinités qui ne s’intéressaient guère aux humains ou à leur comportement moral.

Or, Dieu se présente comme un « Dieu jaloux », attaché à son peuple dont il attend en retour amour et fidélité.  Les consignes qu’il prodigue : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas tromper, etc… ne sont que les conditions minimales d’un vivre-ensemble harmonieux.   Elles révèlent surtout que le culte à rendre à Dieu doit nécessairement s’accompagner du respect du prochain.  Impossible de plaire à Dieu en écrasant son frère!  En faisant alliance avec son peuple, Dieu prenait un grand risque.  Le 1er, il a « osé », le 1er, il a aimé.

Le temple – Une personne

Arrivant à Jérusalem Jésus se rend à la maison de son Père.  Il y découvre un centre commercial.  Indigné devant une telle profanation, il en chasse les commerçants.  En effet, le grand-prêtre Caïphe avait autorisé l’invasion du parvis du temple par les vendeurs et les changeurs.  Jésus ne tolère pas que l’on exploite les fidèles venus à la rencontre de Dieu dans son temple. Après avoir purifié le temple il révèle la portée prophétique de son geste. « Détruisez ce temple, et en 3 jours, je le relèverai. »

Changement radical : Il sera lui-même le temple.  Plus nécessaire d’offrir des bêtes en sacrifice ; le sang des animaux ne va pas rétablir le contact avec Dieu;  son propre sang, i.e. le don de sa vie va sceller cette rencontre avec le Père.  Il sera lui-même le signe de la présence de Dieu parmi nous.  On accèdera au Père par le Christ ressuscité.  Plus nécessaire de se rendre à Jérusalem.  Partout où hommes et femmes se rassemblent en son nom, le Christ est là, accessible par tous et partout.  Le culte restreint à un endroit précis et à un peuple donné s’ouvre ainsi à tout être humain où qu’il se trouve. Ses disciples en l’accueillant deviennent à leur tour temple ou habite l’Esprit.  Que Jésus qui a autrefois nettoyé l’aire du  temple vienne désencombrer nos cœurs et en chasser tous les vendeurs d’illusion de notre monde de consommation.

La foi, scandale ou folie

L’idée d’un Messie faible, à la merci des hommes scandalisait les Juifs.  Pour leur part, les païens, ( i.e. les non-juifs) trouvaient ridicule l’idée d’un Dieu qui se laisse écraser par la méchanceté des hommes.  Pour les uns et les autres, croire au Christ mort et ressuscité est tout-à-fait déraisonnable. Notre foi en Jésus nous condamne-t-elle à renoncer à la raison ? À choisir entre la foi et la science ? Paul, conscient de la difficulté, redit sans ambiguïté ce qui est au cœur de notre foi : »Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. »Le chemin emprunté par Jésus, chemin qui passe par la croix demeure un mystère, une folie, mais il s’agit d’une folie d’amour.  Il a donné sa vie pour nous.  L’amour va au-delà de ce qui est raisonnable.  Quelle sera notre réponse ?  Oserons-nous faire confiance au Christ et emprunter ce chemin de don de soi qui libère et introduit dans la vie de Dieu ?

Marcel Poirier, a. a.

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JÉSUS LEUR ORDONNA DE NE RACONTER À PERSONNE

25 février 2018       2e dimanche du Carême B – Marc 9, 2-10
Lectures de ce jour

Chaque année, le deuxième dimanche de Carême nous fait relire l’un des trois récits de la Transfiguration dans les évangiles ; je ne m’attacherai donc ici qu’à un aspect de ce texte de Marc, un aspect un peu surprenant, il faut bien le dire : « Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » On peut se demander pourquoi Jésus donne une telle consigne de secret à ses disciples.

Tout d’abord, qu’ont-ils vu ? Jésus leur est apparu ici en gloire sur une montagne entre deux des plus grandes figures d’Israël : Moïse le libérateur, celui qui a transmis la Loi ; et Elie le prophète de l’Horeb. Nous qui connaissons la fin de l’histoire, si j’ose dire, nous savons (ce que les disciples ne savent pas encore) que, quelque temps plus tard, Jésus sera sur une autre montagne, crucifié entre deux brigands.

Jésus, lui, sait bien que la plus grande difficulté de la foi des apôtres sera de reconnaître dans ces deux visages du Messie l’image même du Père : « Qui m’a vu a vu le Père » dira Jésus à Philippe la veille de sa mort. (Jn 14, 9). Je crois qu’on a là une phrase-clé du mystère du Christ. Car ces deux images, la gloire et la souffrance, sont les deux faces du même amour de Dieu pour l’humanité tel qu’il s’est incarné en Jésus-Christ ; comme dit Saint Paul dans la lettre aux Romains, l’amour de Dieu est « manifesté » (rendu visible) en Jésus-Christ (Rm 8, 39). Et, à plusieurs reprises, Jésus lui-même a fait le lien entre gloire et souffrance en parlant du Fils de l’homme ; mais il est encore trop tôt pour que les disciples comprennent et acceptent ce mystère du Messie souffrant. C’est pour cela, probablement, que Jésus leur recommande de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, « jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts ».

Je reprends cette phrase : « Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » Et Marc nous dit qu’ils ont obéi tout en se demandant ce que pouvait bien vouloir dire « ressusciter d’entre les morts ». On peut penser que les disciples croyaient bien à la résurrection des morts, comme la majorité des Juifs de leur époque, mais qu’ils l’imaginaient seulement pour la fin des temps. Et donc, ils ne voyaient peut-être pas le sens de cette consigne de silence « jusqu’à la résurrection des morts » c’est-à-dire « jusqu’à la fin des temps » !

Autre surprise pour eux, certainement, ce titre de Fils de l’homme que, visiblement, Jésus s’attribuait à lui-même : quand il parlait du Fils de l’homme, on pensait tout de suite au prophète Daniel qui parlait du Messie en l’appelant « fils d’homme » ; mais ce « fils d’homme » était en réalité un être collectif, puisque le prophète l’appelait aussi « le peuple des Saints du Très-Haut » ; à l’époque de Jésus, cette idée d’un Messie collectif était courante dans certains milieux, dans lesquels on parlait volontiers aussi du Reste d’Israël, c’est-à-dire le petit noyau fidèle qui sauverait le monde.

Mais, évidemment, Jésus, à lui tout seul, ne pouvait pas être considéré comme un être collectif ! Là encore, il faudra attendre la Résurrection et même la Pentecôte pour que les disciples de Jésus de Nazareth comprennent que Jésus a pris la tête du « peuple des Saints du Très-Haut » et que tous les baptisés de par le monde sont invités à ne faire qu’un avec lui pour sauver l’humanité. Deux bonnes raisons donc pour les inviter à ne pas raconter tout de suite ce qu’ils n’avaient pas encore compris. En attendant, il leur est demandé d’écouter, seul chemin pour entrer dans les mystères de Dieu. « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, écoutez-le ».

« CELUI-CI EST MON FILS BIEN-AIMÉ, ÉCOUTEZ-LE »

L’expression « Écoutez-le » retentit aux oreilles des apôtres comme un écho de cette profession de foi qu’ils récitent tous les jours, puisqu’ils sont Juifs, « Shema Israël », « Écoute Israël ».

C’est un appel à la confiance quoi qu’il arrive. Confiance qui sera durement éprouvée dans les mois qui viennent : car la Transfiguration a lieu au moment-charnière du ministère de Jésus : le ministère en Galilée se termine, Jésus va maintenant prendre le chemin de Jérusalem et de la croix. Le titre de « Bien-Aimé » va dans le même sens : car c’était l’un des noms que le prophète Isaïe donnait à celui qu’il appelait le Serviteur de Dieu ; il disait que ce Messie connaîtrait la souffrance et la persécution pour sauver son peuple. Mais Jésus estime que tout cela doit encore demeurer secret : précisément parce que les disciples ne sont pas encore prêts à comprendre (et les foules encore moins) le mystère de la Personne du Christ : cette lueur de gloire de la Transfiguration ne doit pas tromper ceux qui en ont été spectateurs : ce n’est pas la marque du succès et de la gloire à la manière humaine, c’est le rayonnement de l’amour ; on est loin des rêves de triomphe politique et de puissance magique qui habitent encore les apôtres et qui les habiteront jusqu’à la fin. En leur donnant cette consigne de silence, Jésus leur fait entrevoir que seule la Résurrection éclairera son mystère.
Pour l’instant, il faut redescendre de la montagne, résister à la tentation de s’installer ici à l’écart, sous la tente, mais au contraire affronter l’hostilité, la persécution, la mort.

La vision s’est effacée : « Ils ne virent plus désormais que Jésus seul » ; cette phrase résonne comme un rappel de la réalité présente, inéluctable. La gloire du Christ, bien réelle, ne le dispense pas des exigences de sa mission. Peut-être la consigne de silence qu’il donne à ses disciples traduit-elle sa volonté de ne pas se soustraire à ce qui l’attend et de surmonter pour lui-même la tentation d’y échapper ?

Marie-Noëlle Thabut

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Ose la Confiance rien que pour aujourd’hui

18 février 2018       1er dimanche du Carême B – Marc 1, 12-15
Lectures de ce jour

« Comment accueillir quelqu’un dans notre vie ? Comment accueillir Dieu dans notre vie ? » – ce sont les questions que nous sommes invités à méditer en entrant dans le temps du Carême en écoutant les débuts de l’Évangile de Marc.

Une décision à prendre

Pour construire une relation et accueillir l’autre dans notre vie il nous faut prendre une décision. Une décision où au début rien n’est assuré, où il n’y a pas de réciprocité adéquate, où il n’y a pas et il n’y aura pas de relation « donnant-donnant ». Dans une telle relation il y a juste confiance, bienveillance, patience et affection. C’est cela qu’on appelle l’amour ! Et pour tout amour il y a une règle non-écrite et pourtant tellement vraie : « il faut poser un pas dans le vide ». C’est précisément ce que Dieu va faire après le déluge. Cette histoire étrange de l’Alliance avec Noé et ses fils nous fait comprendre que quand on aime une personne on s’engage de tout notre cœur vis-à-vis de cette personne au-delà de ce que cette personne peut faire ou ne pas faire. Dieu fait une promesse solennelle et étonnante : « Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »

Une promesse à maintenir

Pourquoi cette promesse est-elle étonnante ? Souvent dans le passé et même aujourd’hui les contacts d’affaires font que les deux parties s’engagent d’une manière réciproque et si un des participants n’est pas fidèle la conséquence directe c’est que le contrat est rompu. Ce n’est pas le cas de l’Alliance que Dieu instaure avec l’humanité, ce qui veut dire avec chacun et chacune d’entre nous. Dieu s’engage de manière unilatérale à être fidèle à l’Alliance, aux relations avec l’humanité même si l’humanité peut être infidèle. De cette manière Dieu dit que l’Alliance de l’Amour est l’engagement indissoluble, fidèle et éternel que rien ni personne pourrait rompre et rendre nul. Quand l’Évangile de Marc nous dit que l’Esprit poussa Jésus au désert et que, dans le désert, Jésus resta quarante jours, tenté par Satan, une des manières de lire cette épreuve est de voir le combat spirituel que Jésus traverse pour s’engager de tout son être dans le salut du genre humain. C’est aussi le combat du baptême de chacun et chacune d’entre nous. Comme le dit si bien la première lettre de saint Pierre Apôtre : « Le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite ».

Une grâce à oser

Comment entrer alors dans cet engagement et y rester fidèle ? Comme le dit Jésus nous sommes invités à reconnaître que « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. ». Cette phrase toute concise et simple nous dit que le moment de vivre notre engagement vis-à-vis de Dieu, de nous-mêmes et de notre prochain, ce n’est pas ni hier ni demain. C’est aujourd’hui que chacun et chacune d’entre nous sommes invités à discerner et à reconnaître la présence de Dieu, de sa grâce et de sa miséricorde dans notre vie. Assez souvent nous vivons ou comme prisonnier de notre passé ou comme le rêveur d’un avenir qui n’arrive jamais. Jésus nous invite à vivre notre « aujourd’hui » comme le temps favorable et le temps du salut, comme le temps du Royaume de Dieu qui est proche, à vivre toutes nos rencontres avec Dieu dans la prière, avec discernement, et avec miséricorde dans nos solidarités sociales et communautaires.

Comme l’arc-en-ciel est un mélange subtil de l’eau et du feu du soleil notre engagement dans l’aujourd’hui est un mélange subtil de plusieurs éléments de notre vie dont il faut se souvenir. Et comme disait Thérèse de Lisieux : « Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère. Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit. Tu le sais, ô mon Dieu ! Pour t’aimer sur la terre je n’ai rien qu’aujourd’hui ! »

Édouard Shatov, a. a.

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Le Salut de l’Amour

11 février 2018       6e dimanche du temps ordinaire B – Marc 1, 40-45
Lectures de ce jour

L’Évangile de ce dimanche nous invite à méditer sur le mystère de notre « salut », ce qui veut dire littéralement en grec au sujet de notre « santé » : notre santé physique et notre santé spirituelle. Nous lisons rarement le Livre du Lévitique, mais, pour ce dimanche, il nous est proposé pour introduire l’évangile qui rapporte un cas de guérison de la lèpre par Jésus.

Le Salut qui n’exclut pas

Nous ne pouvons pas comprendre l’importance de ce miracle si nous ne connaissons pas le contexte dans lequel Jésus a agi : car les prescriptions de la Loi inscrite dans le Lévitique concernant les lépreux étaient encore en vigueur de son temps. Ces prescriptions nous paraissent rudes : quand on a le malheur d’être malade, c’est évidemment une souffrance supplémentaire que d’être un exclu. Or c’était très strict ; dès que quelqu’un présentait des signes d’une maladie de peau évolutive du type de la lèpre, il devait aussitôt se présenter au prêtre qui procédait à un examen en règle et qui décidait s’il fallait déclarer cette personne pure ou impure ; la déclaration d’impureté était une véritable mise à l’écart de toute vie religieuse, et donc à l’époque, de toute vie sociale. A noter que, même à l’époque actuelle le pouvoir politique n’hésite pas à édicter de telles mesures discriminatoires, au nom de l’intérêt commun.

Le Salut qui réintègre

Jésus nous fait découvrir, encore aujourd’hui, que notre Dieu qui est miséricordieux est attiré par la misère (c’est le sens même du mot « miséricordieux »), et que nul n’est exclu, ce que Jésus est venu démontrer par ses paroles et par ses actes. Il y a en fait dans ce récit deux histoires au lieu d’une : la première, celle qui saute aux yeux, à première lecture, est le récit du miracle ; le lépreux est guéri, il retrouve une peau saine, et, du même coup, sa place dans la société. Mais en même temps que ce récit de miracle débute ici une tout autre histoire, bien plus longue, bien plus grave, celle du combat incessant que Jésus a dû mener pour révéler le vrai visage de Dieu. Car, en prenant le risque de toucher le lépreux, Jésus a posé un geste audacieux, illégal, scandaleux même. Jésus, en posant ce geste refuse la pratique qui justifie qu’on pouvait être un exclu au nom même de Dieu.

Le Salut qui ose

Le lépreux n’aurait donc jamais dû oser approcher Jésus et Jésus n’aurait jamais dû toucher le lépreux : l’un et l’autre ont transgressé l’exclusion traditionnelle, et c’est en dépit de cette double audace que le miracle a pu naître. Le lépreux tombe à genoux devant Jésus et le supplie : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». D’une part, on ne tombe à genoux que devant Dieu ; et d’autre part, à l’époque de Jésus, on attendait avec ferveur la venue du Messie et on savait qu’il inaugurerait une ère de bonheur universel. C’est bien cela que le lépreux demande à Jésus, la guérison promise pour les temps messianiques. Et Jésus répond exactement à cette attente : (littéralement) « Je veux, sois purifié ». Ce geste de guérison de Jésus annonce et confirme son combat et sa victoire contre toutes les exclusions. La Bonne Nouvelle que Jésus annonce et que le lépreux va s’empresser de rapporter, c’est que désormais personne ne peut être déclaré impur et exclu au nom de Dieu.

Jésus nous annonce que chacun d’entre nous est appelé à être reconnu comme « ami de Dieu ». Jésus nous invite à ressembler au Dieu saint : non pas en évitant le contact avec les autres, quels qu’ils soient, mais en développant nos capacités d’amour. A notre tour nous sommes invités à imiter le Christ comme nous le rappelle saint Paul : « Prenez-moi pour modèle, mon modèle à moi, c’est le Christ » (1 Co 11, 1).

Édouard Shatov, a. a.

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Pourquoi la souffrance ?

4 février 2018       5e dimanche du temps ordinaire B – Marc 1, 29-39
Lectures de ce jour

Job a tout perdu.  Il était immensément riche, respecté de tous, influent, entouré d’une belle famille de 7 fils et 3 filles.  Par une permission de Dieu, il se voit dépouillé de ses biens, assume la perte de ses 10 enfants et se retrouve « sur la paille », malade et couvert de plaies.

Comme si cela n’était pas assez, 3 des amis qui lui restent encore viennent le trouver et cherchent à lui faire avouer qu’il a certainement péché pour mériter un tel sort.  Réaction familière quand frappe le malheur : « Qu’est-ce que j’ai fait  au bon Dieu?», comme si celui qui souffre en était la cause.   Job, conscient d’avoir toujours respecté la loi ne blâme pas Dieu mais lui demande des comptes.  Il veut comprendre.  Mais Dieu ne se justifie pas.

Le livre de Job n’apporte pas de réponse au sens de la souffrance.  Job reconnait finalement que le mystère lui échappe et conserve sa confiance en Dieu.

La réponse d’un certain monde

Notre société, hantée par la peur de la souffrance, la perçoit comme une profonde injustice.  Par tous les moyens, on la soustrait aux regards.  On souffre de voir souffrir.  Heureusement, la médecine a connu d’immenses développements. Voilà une 1ère réponse à nombre de situations de souffrance.  Que Dieu en soit loué !

Mais la médecine a ses limites.  Alors, à défaut d’éliminer la souffrance,  plusieurs acceptent d’éliminer le souffrant.  L’épidémie de morts par le fentanyl ou par d’autres drogues révèle un mal qui ronge le cœur.  On cherche encore le remède qui pourra atténuer ce mal de vivre.

La réponse de Jésus

On ne trouve pas dans la Bible, y inclus le Nouveau Testament, de manuel pour éliminer la souffrance.  En observant le ministère de Jésus, on peut simplement remarquer qu’il s’efforce de soulager les misères qu’il rencontre, allant, dans l’un ou l’autre cas, jusqu’à ressusciter un mort.

Saint Marc décrit une journée-type dans la vie de Jésus.  Elle débute le jour du sabbat, jour où l’on se rend à la synagogue pour écouter la Parole de Dieu et où l’on prend le temps de louer Dieu en ce jour de repos.   Le soir venu, — le sabbat se termine au coucher du soleil, — on apporte à Jésus malades et possédés.  Il soulage les uns et libère les autres.  Le lendemain matin tôt, il se retire pour prier.  Jésus débute sa journée par l’écoute de la Parole de Dieu son père et la complète par un retrait dans la solitude où il reprend contact avec le Père.  Il demeure « branché » sur le Père et peut ainsi bien remplir sa mission.

Sa réponse à la souffrance, il la donne en soulageant ceux qui croisent sa route.  Mais surtout, il affronte la souffrance lors de sa passion et défonce le mur de la mort en ressuscitant et en ouvrant la porte de la vie éternelle à ceux qui le suivent.

L’espérance de Paul et la nôtre

Paul se bat pour faire connaître la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité.  Persécutions et épreuves en tout genre ne l’arrêtent pas.  Par amour du Christ Il se fait « tout à tous » pour délivrer le message, afin que le plus grand nombre puissent entrer un jour dans la vie plénière du Royaume dont la souffrance sera bannie.

Chacun et chacune d’entre nous connaît son lot de souffrances.  Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous invite à la combattre, comme l’a fait Jésus, à l’affronter pour le bien des autres, comme Paul en fournit l’exemple, et à supporter même lorsqu’elle nous révolte, comme l’a fait Job qui n’a pas blâmé le Tout-Puissant.

Marcel Poirier, a. a.

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L’Autorité de l’Amour

28 janvier 2018       4e dimanche du temps ordinaire B – Marc 1, 21-28
Lectures de ce jour

L’Évangile de Marc que nous venons d’entendre met en lumière l’enseignement et l’autorité de Jésus. Après avoir proclamé la venue du Règne de Dieu, la venue de l’Amour de Dieu, le Seigneur se met à nous expliquer ce que cela veut dire.

Amour qui agit

Les mots « enseigner » et « enseignement » reviennent quatre fois en quelques lignes. Au début du texte : « Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité… et tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! » Peut-être, parmi les assistants, certains ont-ils pensé à la promesse que Dieu avait faite à Moïse : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles ». Dans le passage d’aujourd’hui, Marc décrit l’expulsion d’un démon pour nous dire, probablement, que le meilleur des enseignements est l’action. Une action vraie est celle qui libère l’homme de toute forme de mal.

Amour qui recrée

Tout se passe à la synagogue – Marc le précise deux fois – et, qui plus est, un jour de sabbat, ce qui n’est pas non plus sans importance ! Le lieu, la synagogue, et le moment, le sabbat, nous montrent quelle est cette action du Dieu créateur et libérateur que Jésus vient proclamer. Les temps sont accomplis, oui, puisque le Mal est vaincu. Jésus n’agresse pas l’esprit impur, mais ce dernier se sent agressé par cette seule présence de Jésus. Car ce face à face avec le Dieu Saint lui est intolérable, lui qui est l’impur, c’est-à-dire en grec exactement le contraire, l’incompatible avec le Dieu Saint. Mis en présence de celui qui sauve les hommes de tout mal, il se démasque lui-même, reconnaissant l’autorité de Jésus. Jésus fait taire l’esprit impur de la même manière qu’il a apaisé la mer lors de la tempête sur le lac. Peut-être parce que ce ne sont pas des belles paroles que Jésus attend, car une déclaration, même exacte, ne constitue pas forcément une profession de foi.

Amour qui libère

Encore un cri de la part de l’esprit impur et l’homme possédé est délivré, l’esprit impur est expulsé. Alors les langues se délient pour reconnaître l’importance de l’événement : « Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire ? » Ce récit de Marc se clôt donc sur une question : « Qu’est-ce que cela veut dire ? » Il est très probable qu’ici l’évangéliste nous explique le rôle des miracles et des actes de puissance de Jésus en général : les miracles interrogent, ils font signe. Les disciples se sont ceux qui écoutent celui que le peuple d’Israël a attendu si longtemps. En Jésus ils reconnaissent le prophète qui a été promis au peuple de l’Alliance. Ce prophète est choisi par Dieu et par nul autre qui doit conduire ses frères ; il est issu du peuple de l’Alliance, il transmet fidèlement la Parole de Dieu et nulle autre ; et enfin, il est vital de l’écouter.

On peut sans cesse être saisis de frayeur et s’interroger : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! ». Peut-être cela veut-il dire tout simplement ce que Saint Paul dit aux croyants de Corinthe : « J’aimerais vous voir libres de tout souci ». Voici le plan de Dieu pour l’humanité. Jésus, la révélation de Dieu, vient pour nous rendre libres, et son amour, son autorité, est au service de cette mission. Nous sommes invités à faire de même !

Édouard Shatov, a. a.

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Les peurs de Jonas

21 janvier 2018       3e dimanche du temps ordinaire B – Marc 1, 14-20
Lectures de ce jour

Dieu demande à Jonas d’aller à Ninive prévenir les habitants que leur ville sera détruite, s’ils ne se convertissent pas.

Jonas refuse et part en direction inverse.  Il craint que cette ville corrompue et violente ne se convertisse.  Pire, que Dieu lui pardonne, ce à quoi il s’objecte.  Dans sa fuite, il est jeté à la mer, avalé par un monstre marin qui le dépose sur la terre ferme.

Ne pouvant échapper à la mission, il se rend à Ninive, prêche à peine une journée sans conviction.  À son grand déplaisir, les habitants se convertissent. Mécontent, déprimé, Jonas veut mourir.

Ce récit nous enseigne avec humour que l’appel à la conversion s’adresse à toute l’humanité et qu’une conversion demeure toujours possible.  Il ne faut jamais désespérer des personnes apparemment très loin, ni désespérer de notre propre conversion.

Le vertueux Jonas doit lui aussi se convertir et changer la conception qu’il se fait de Dieu.  Jonas incarne ces hommes, exigeants pour eux-mêmes, indignés par les écarts moraux des autres et qui imposent des limites à la miséricorde de Dieu.

Dans notre Église, beaucoup s’opposent à  trop de miséricorde dans certaines situations.  On le remarque dans les débats sur la famille.

Les temps sont courts

Paul attend le retour glorieux du Christ de son vivant.  Il affirme :« Le temps est limité. . . Il passe, ce monde tel que nous le voyons. »   La fin du monde n’a pas eu lieu du temps de Paul.  Toutefois, l’avertissement demeure : le temps est limité pour chacun de nous.  Pour entrer dans le Royaume, il faut s’y préparer maintenant, peu importe le moment où le Christ reviendra.

À Thessalonique certains chrétiens, convaincus que la fin du monde était imminente, avaient cessé de travailler, vivant au crochet des autres.  Paul leur écrit: »Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! » 2 Th 3, 10L’attente du Christ doit être active.  Les nombreux passages sur la charité laissent voir que cette attente se vit justement dans l’engagement et le service.

Les temps sont accomplis

Après avoir recruté quelques disciples, Jésus prêche partout : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

La Bonne Nouvelle, c’est que  Dieu, en la personne de Jésus, se fait l’un de nous. Cela change tout : nos vies ont de l’importance pour le Créateur puisque en Jésus, il marche à nos côtés.  Cela signifie aussi que les tragédies de notre monde n’empêchent pas Dieu de nous partager sa propre vie.  Au-delà de la mort, que les 1ers chrétiens qualifiaient de sommeil, la vie ne s’arrête pas,  elle éclate.

Jésus appelle alors des disciples pour amplifier sa mission.   Il veut que toute personne connaisse où va sa vie et comprenne  que son existence repose dans les mains d’un Père qui ne l’abandonne pas, malgré ses révoltes.  Il y va de son bonheur de tout être humain.  La Parole de Jésus en trace la voie.

« Le règne de Dieu est tout proche », en d’autres mots, à notre portée.  Nous pouvons et nous devons  agir « comme si » ce Règne était déjà pleinement réalisé: aimer nos semblables, comme si l’amour avait déjà vaincu toute forme de haine ou d’indifférence; -partager sans crainte, comme si la solidarité avait fait tomber toutes les barrières injustes; etc. . .

Ces invitations répétées à la conversion nous stimulent.  Laissons-les résonner en notre cœur et demandons au Seigneur qui nous laisse du temps pour changer, de nous donner la force intérieure pour y répondre et de communiquer autour de nous la « Bonne Nouvelle ».

Marcel Poirier, a. a.  

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La Découverte du Désir ! »

14 janvier 2018       2e dimanche du temps ordinaire B – Jean 1, 35-42
Lectures de ce jour

L’Évangile de Jean que nous lisons en ce deuxième dimanche du temps ordinaire est en fait une sorte de diapason de notre vie pour cette saison de l’année. Nous sommes devant le parcours en trois étapes que tout disciple est invité à emprunter, et que tout être humain adopte de toute manière dans ses relations avec les autres.

Venir à Jésus

Jean-Baptiste prêche aux abords du Jourdain, et ce jour-là il est accompagné de deux de ses disciples, André, et un autre, dont nous ne saurons pas le nom : certains pensent qu’il s’agit peut-être de l’apôtre Jean lui-même. Voyant Jésus, Jean-Baptiste dit à ses disciples : « Voici l’Agneau de Dieu » et il n’en faut pas plus pour que les deux disciples quittent leur maître, Jean-Baptiste, pour se mettre à suivre Jésus. Cette désignation de Jésus par le doigt du prophète est surprenante et pourtant, c’est grâce à elle que les disciples s’intéressent à la personne du Seigneur. En utilisant cette appellation, « Agneau de Dieu », Jean-Baptiste pouvait penser au rite de libération de l’esclavage d’Égypte, ou à la description du Messie dans le livre du prophète Isaïe. Ce qui est sûr, c’est que les disciples sont attirés par cette désignation et par curiosité se mettent à suivre Jésus.

Demeurer avec Jésus

Pour qu’ils se retrouvent dans sa demeure, Jésus invite les disciples qui le suivent à répondre à une question toute simple et complexe à la fois : « Que cherchez-vous ? » Le désir humain semble être la clé de la porte d’entrée de la demeure même de Dieu. C’est peut-être la chose la plus surprenante dans la relation avec Dieu. Pour se retrouver dans sa demeure intime, dans son cœur, il ne s’agit pas de suivre « son plan, son chemin, sa volonté » que nul ne connaît, mais avant tout d’écouter le désir le plus profond de notre cœur. Et si je lis bien le texte, ce désir qui nous habite, c’est le désir du bonheur ultime, ce qui veut dire, de nous retrouver dans la demeure du Maître de tout bien, chez Dieu. Le corps humain est habité par Dieu, par son Esprit, et c’est pour cela ultimement que tout être humain est tendu vers Dieu. Jésus invite les disciples à venir et à voir. Comme nous le rappelle Saint Paul, notre personne, notre vie concrète sont un reflet de la présence, de la demeure de Dieu.

Annoncer Jésus

Cette rencontre avec Jésus-Christ a comme conséquence que deux disciples, qui demeurent auprès du Maître, ont maintenant le souci de rencontrer les autres et de leur partager cette rencontre extraordinaire. Cette expérience bouleverse leur vie et ne les renferme pas sur eux-mêmes. Au contraire, ils cherchent les autres et les amènent vers Jésus. En fait, d’une certaine manière, c’est l’expression parfaite de l’amitié et de l’amour qui nous font vivre et nous font grandir. On ne cache pas une telle nouvelle, on la partage, on l’accueille et on l’apprécie. Les disciples dans cette amitié deviennent des prophètes, ceux qui transmettent toute la parole du Seigneur et seulement la parole du Seigneur. La vocation de disciple est une vocation prophétique.
Pour cela, il s’agit tout simplement de présenter notre désir comme une réponse à la question du Seigneur et dire comme l’enfant Samuel dans la première lecture : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ».

Édouard Shatov, a. a.  

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De l’étoile à la crèche

7 janvier 2018       Épiphanie du Seigneur – Matthieu 2, 1-12
Lectures de ce jour

Les tableaux qui représentent l’Épiphanie dépeignent 3 rois couronnés, avec chameaux, serviteurs et cadeaux et en fond de toile, une étoile. Les évangiles apocryphes donnent le nom de ces rois : Melchior, Balthazar et Gaspard. Cette belle scène bucolique risque toutefois de masquer la signification profonde de l’événement.

Les Évangélistes, et cela est particulièrement vrai pour les récits de l’enfance en Mathieu et Luc, visent à dégager le sens théologique de l’événement que les détails qui servent à l’expliciter. Arrêtons-nous à l’impact cosmique causé par la venue de Dieu dans notre univers.

La naissance de Jésus répond d’abord à l’attente fiévreuse du peuple d’Israël, attente d’un messie libérateur. Elle comble aussi l’attente de chercheurs de sens venus de partout, comme les mages. Enfin, l’univers entier participe de cette naissance, annoncée par une nouvelle étoile.

Les mages, des savants, ne se reposent pas sur leur acquis. Ils gardent les yeux levés et l’apparition d’un nouvel astre les met en route et ils ne se laissent pas paralyser par les difficultés. Il est si facile de s’endormir dans nos certitudes et cesser de chercher.

Ces hommes, les mages, croient au lien étroit entre les événements terrestres et le mouvement des astres. L’univers forme un ensemble où tous les éléments sont inter-reliés. L’apparition d’une nouvelle étoile annonce un changement majeur sur la terre, ici la naissance d’un roi. Les mages ont suivi l’étoile pour rendre hommage à ce nouveau roi. Ils nous invitent à observer dans l’univers les signes de la présence du Créateur au milieu de nous et à nous mettre en route pour l’honorer.

Saint Paul signalera également ce lien entre l’histoire humaine et l’évolution de l’univers.
« La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu: livrée au pouvoir du néant, …, elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. » Rm 8, 19-21.

La venue du Christ sur terre amorce donc un changement d’envergure cosmique. Le peuple juif, toutes les nations païennes et l’univers lui-même sont concernés.

L’étoile a conduit les mages à Jérusalem. Dieu s’est révélé à Israël, pour que par lui, sa Parole rejoigne le monde entier.
« Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. »
Israël s’est parfois vu en propriétaire de la Parole, lui conférant prééminence sur les autres nations. Or, il n’en est que l’intermédiaire. Dieu, par Israël s’adresse à toute l’humanité. À notre tour, nous sommes dépositaires de la Parole et il nous revient de la communiquer aux autres, à tous ceux et celles qui se sont mis en route pour trouver un sens à leur vie. Pouvons-nous, osons-nous être l’étoile qui les guidera jusqu’au Christ ?

Scribes et Pharisiens savaient où devait naître le Messie. Pourtant, à l’annonce des Mages, ils sont demeurés à Jérusalem. Nous pouvons connaître la Parole de Dieu, mais demeurer sur place comme les Scribes et en ignorer les invitations. La Parole ne sert à rien si elle ne nous met en mouvement.

À Bethléem, un petit enfant manifeste la gloire de Dieu. Une gloire qui n’écrase pas. De pauvres bergers ont répondu à l’appel des anges. Des savants ont perçu cet appel par leur science et sont partis rencontrer et honorer le nouveau roi. Et nous, dépositaires de la Parole, resterons-nous sur place ?

Marcel Poirier, a. a.  

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Le Chemin de la Grâce et de la Paix !

1er janvier 2018       Sainte Marie, Mère de Dieu – Luc 2, 16-21
Lectures de ce jour

La grande fête de Marie, Mère de Dieu, est aussi la Journée de Prière pour la Paix. A première vue ce sont deux réalités qui vont en parallèle, sans rien avoir en commun, mais si on les regarde de plus près nous pouvons découvrir le lien qui les unit inséparablement. Ce que Marie, comme la Journée de la paix, nous fait découvrir – c’est la proximité de notre prochain et de toute l’humanité qui nous sont unis tous les deux.

Être proche

L’Évangile de saint Luc au chapitre 2 nous livre à ce sujet un récit qui n’est pas anecdotique mais profondément « théologique ». Ce qui veut dire que tous les détails comptent. Tout d’abord, les bergers : c’étaient des gens peu recommandables, des marginaux, car leur métier les empêchait de fréquenter les synagogues et de respecter le sabbat. Or ce sont eux qui sont les premiers prévenus de l’événement qui vient de bouleverser l’histoire de l’humanité ! Et ils deviennent de ce fait les premiers apôtres, les premiers témoins : ils racontent, on les écoute, ils étonnent ! Cet événement nous fait comprendre que Dieu n’est pas loin et qu’il a un regard préférentiel pour les pauvres, les marginalisés et les « petits ». Pourquoi ? Parce que pour défendre la dignité humaine les puissants ont des moyens, les pauvres n’ont que Dieu comme Défenseur, et Dieu ne se fait pas loin d’eux. Au contraire Dieu se fait proche. C’est cela que Luc essaye de nous dire. « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. »

Accueillir la Vie

La ville de David dont nous parlent l’évangéliste Luc et l’ange dans son Évangile n’est que le petit village de Bethléem : tout le monde le savait à l’époque, c’est la ville qui devait voir naître le Messie, dans la descendance de David. Bethléem, c’est aussi la ville dont le nom signifie littéralement « la maison du pain » et le nouveau-né est couché dans une mangeoire : belle image pour celui qui vient se donner en nourriture pour l’humanité. Le nom de l’enfant, nous révèle aussi révèle aussi son mystère : « Jésus » signifie « Dieu sauve » et si (à l’inverse de Matthieu) Luc ne précise pas cette étymologie, il a, quelques versets plus haut, rapporté la phrase de l’ange « Il vous est né un Sauveur » (Lc 2, 11). Tout cela probablement pour nous dire que Dieu veut se rendre tellement proche qu’il se fait nourriture. Aujourd’hui, comme hier d’ailleurs, on prête beaucoup d’importance à la nourriture pour maintenir notre corps en santé. Alors, voici que pour maintenir en nous l’impérissable héritage de la présence divine en nous et nous donner la santé – c’est le sens littéral du mot ‘Salut’ – de tout notre être, Dieu se fait le pain de notre vie quotidienne.

Prendre du temps

Pour accueillir ce don et pour manger, voire digérer, ce pain de vie il nous faut du temps, du recueillement et du silence. « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » A l’inverse des bergers que l’événement rend bavards, Marie contemple et médite dans son cœur. Voila, ce que nous sommes invités à faire : Retenir et méditer ! Nous sommes invités à nous plonger dans les paroles de Jésus, dans la Parole qui est Jésus lui-même. Comment se dire chrétiens si on n’a jamais lu les Évangiles, si on ne les médite pas comme une parole vivante et vivifiante ? Saint Jérôme affirme sans ambages : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ. » La lecture des Écritures n’est autre qu’une écoute ; il ne s’agit pas de retenir des phrases, mais d’entendre comment le texte résonne au fond de soi et de tâcher d’y réponde par une méditation prolongée, un silence de gratitude, une action. C’est cela, accepter la terrible responsabilité de solitude que Marie nous invite à vivre!

Enfin, on ne peut s’empêcher de remarquer la discrétion du personnage de Marie, alors même que cette liturgie lui est dédiée sous le vocable de « Marie, Mère de Dieu ». La discrétion de Marie se résume en cela : être proche, accueillir la vie et prendre du temps, C’est aussi un message pour nous qui nous indique le chemin de la Paix véritable et durable. La gloire de Marie, c’est justement d’avoir tout simplement accepté d’être la Mère de Dieu, d’avoir su se mettre tout entière, humblement, au service de l’accomplissement du projet de salut de Dieu ; elle n’est pas le centre du projet ; le centre du projet, c’est Jésus, celui dont le nom signifie « Dieu sauve ». C’est une invitation aussi pour chacun et chacune d’entre nous !

Édouard Shatov, a. a.  

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Les Piliers de la Vie

31 décembre 2017       La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph B – Luc 2, 22-40
Lectures de ce jour

Tout de suite après la fête de Noël nous célébrons la fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Nous sommes invités à réfléchir sur le sens de toute famille humaine en contemplant, grâce à l’Évangile selon saint Luc, la famille dans laquelle grandit la révélation du Dieu vivant, Jésus Christ, le Messie, le Sauveur du monde.

La Confiance Inespérée

Tout d’abord il nous est rappelé que toute famille est accomplissement d’une promesse. Le livre de la Genèse nous dit aujourd’hui : « La parole du SEIGNEUR fut adressée à Abram dans une vision : « Ne crains pas, Abram ! Je suis un bouclier pour toi. Ta récompense sera très grande ». Cette récompense que Dieu promet à Abraham ce n’est ni l’or, ni l’argent, ni la puissance, ni le pouvoir ; la récompense que Dieu promet à Abraham, le modèle de notre foi, c’est la descendance que Dieu veut lui accorder. Au moment où nous entendons cette promesse, Abraham n’a pas d’enfant et il n’espère même plus en avoir. Et pourtant Dieu rassure Abraham et lui dit que pour connaître l’accomplissement de ce que lui, Dieu, promet, il faut juste continuer à lui faire confiance. Rien d’autre, juste la confiance ! Le premier fondement de toute famille c’est la confiance. C’est la même confiance mutuelle qui était le fondement de la famille de Marie et de Joseph.

La Mémoire Vivante

Le deuxième fondement de la famille est la mémoire vivante de la présence de Dieu dans notre histoire, dans l’histoire de tout être humain et de toute famille. Nous sommes invités à nous redire sans cesse que Dieu en qui croyons est un Dieu qui garde la mémoire de ses promesses, et par ce fait même, il nous invite à garder dans notre cœur et dans notre intelligence les promesses qu’il nous a faites. « Dieu s’est toujours souvenu de son alliance, parole édictée pour mille générations : promesse faite à Abraham ». Notre Dieu, nous rappelle l’auteur du Psaume 104, est un Dieu de mémoire. Par ce fait même nous est rappelé que la mémoire est vitale pour notre relation humaine : pour nos relations familiales et nos relations interpersonnelles. Nous sommes invités à garder précieusement la mémoire des merveilles de Dieu dans notre vie et dans la vie de nos proches comme Marie a gardé les paroles du Seigneur dans son cœur et les a méditées tout au long de sa vie. La Mémoire est vitale pour notre existence humaine.

La Reconnaissance de la Présence

La confiance et la mémoire sont deux piliers qui permettent la reconnaissance de la présence de Dieu dans notre histoire d’aujourd’hui. Ils ne sont pas des obstacles sur notre chemin ; ils sont plutôt des repères que nous devons sans cesse garder dans notre cœur pour nous permettre à nous-mêmes et aux autres de grandir en humanité et dans l’humanité. La confiance et la mémoire permettent de reconnaître au temps favorable l’accomplissement des promesses dans notre vie de la même manière qu’ils ont permis de reconnaître la présence de Jésus-Christ au temple au vieillard Syméon et à la prophétesse Anne. La confiance et la mémoire nous permettent de reconnaître que l’heure du salut vient de sonner. La confiance et la mémoire devraient nous permettre à tous de reconnaître la vocation de tout être humain qui nous est proche, dans notre famille, et pas seulement.

Tout cela ne passe jamais sans difficultés. Cela demande des ajustements, des temps de silence, d’écoute et de méditation. La parole de l’Enfant Jésus, comme la parole de tout être humain, traverse notre cœur comme un glaive, et cette parole révèle, dévoile nos pensées. N’ayons pas peur ! L’Enfant Jésus est la consolation, le salut d’Israël. À son exemple, et avec son aide, nous sommes invités à dire une parole de consolation les uns aux autres. Nous sommes invités à reconnaître que nous formons une seule famille et à vivre cette communion familiale dans l’amour mutuel.

Édouard Shatov, a. a.  

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Accueillir Celui qui compte pour nous !

25 décembre 2017       Nativité du Seigneur – Messe de la nuit – Luc 2, 1-14
Lectures de ce jour

Notre fête de Noël commence d’une manière étrange : « En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre… ». C’est comme si au début de la fête on nous avait demandé de conter ce que nous avons vécu au cours de notre vie. En en fait, l’Évangile de Luc que nous entendons à la fête de la Nativité de Jésus-Christ nous pose la question : « Qu’est-ce que ou qui véritablement compte dans notre vie ? »

Se rendre compte !

Compter ce n’est jamais anodin dans notre vie. Assez souvent compter nos ressources matérielles et spirituelles définit notre rapport au monde, aux choses et aux autres. Nous nous sentons en sécurité ou nous éprouvons des anxiétés extrêmes. Pour structurer nos vies nous faisons des budgets et quand on n’a pas de travail on compte avec une précision extrême. Toutefois, il y a des manières différentes de compter. On compte assez souvent ce qui est cher à notre cœur. Dans la Bible Dieu compte ses enfants. Cela pour nous dire que Dieu nous aime énormément et que chacun et chacune d’entre nous sommes très précieux à ses yeux. Pour cela il faut se rendre compte. Dieu prête attention particulière – Dieu compte – chacun et chacune d’entre nous : hommes et femmes, riches et pauvres, puissants et humbles. Toutes et tous nous sommes créés à « l’image et ressemblance de Dieu » et cela ça compte !

Donner la place !

Quand on comprend et accepte ce qui compte pour nous nous accordons à cette présence une place juste et appropriée dans notre vie. Encore une fois l’Évangile de la fête de Noël nous surprend en nous parlant de Marie, de Joseph et de l’Enfant Jésus qui devrait naître : « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » Comme si l’Évangile a voulu nous dire qu’assez souvent il n’y a pas de place pour Dieu, pour Jésus, dans notre salle commune. Et quand l’Évangile nous dit cela, ce n’est pas pour nous faire un reproche, c’est, au contraire pour nous inviter à ouvrir la porte de notre cœur à la présence de Dieu et pour faire entrer Jésus dans notre vie. Cette ouverture à la présence de Dieu a une conséquence capitale pour notre condition humaine. Dieu nous donne la vie pour toujours, comblée de la jeunesse et de la joie. Comme écrit Théodore de Mopsueste, théologien de la fin de IVe siècle : « Lui, Dieu, il voulait que non seulement il devint, lui, immortel, mais que nous le devenions aussi, nous qui sommes associés à sa nature. »

Agir et accueillir dans la bienveillance !

Être associés à la nature de Dieu – être créateur, libre et responsable, désirant la communion sans aucune voracité – voici le mystère de Noël. Pour cela il nous faut vraiment renaître ou tout simplement naître comme l’Enfant Jésus. Comme l’écrit saint Paul dans sa lettre à Tite : « Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété. » La piété dont nous parle saint Paul n’est pas juste un sentiment religieux, c’est le don par lequel chacun de nous est appelé à agir bien envers tout le monde, en raison de la révérence que nous portons à Dieu. C’est une parole d’actualité adressée à chacun et à chacune d’entre nous. Agir bien envers tout le monde ! C’est ce que Dieu nous révèle dans l’Enfant de la crèche. Dieu vient pour tout le monde !

Il est temps pour nous de nous rappeler ce que disait saint Irénée de Lyon : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant ! » C’est dans la nuit de la Nativité du Seigneur que la vie a été manifestée à tout le monde sans aucune exception. C’est cette nouvelle qu’accueillent les bergers et que proclament les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux êtres humains, qu’Il aime ! »

Édouard Shatov, a. a.  

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L’HEURE DE L’INCARNATION A SONNÉ

24 décembre 2017       4e dimanche de l’Avent B  – Luc 1, 26-38
Lectures de ce jour

Ce jour-là, l’histoire humaine a basculé : l’heure de l’Incarnation a sonné. Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant. Toutes les promesses de l’Ancien Testament trouvent ici leur accomplissement. Chacune des paroles de l’Ange vient évoquer ces promesses et détailler l’une des facettes de l’attente du Messie telle qu’elle se développait depuis des siècles.

Tout d’abord, on attendait un roi descendant de David : or ici, on entend un écho de la promesse faite à David par le prophète Natan que nous entendons en première lecture ce dimanche (2 S 7). C’est à partir de cette fameuse promesse que s’est développée toute l’attente messianique. Or ici, c’est le centre des paroles de l’ange Gabriel : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la Maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »1 (versets 32-33). Autre titre : « Il sera appelé Fils du Très-Haut » : en langage biblique, cela veut dire « roi » ; en écho à la promesse que Dieu avait faite à David, chaque nouveau roi recevait le jour de son sacre le titre de Fils de Dieu.

Marie a tout compris, mais elle se permet de rappeler à l’Ange qu’elle est encore une jeune fille et que donc elle ne peut normalement pas concevoir d’enfant. Ce à quoi l’Ange apporte la réponse que nous connaissons, mais qui, elle aussi, évoque d’autres promesses messianiques, tout en les dépassant infiniment : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint. » On savait que le Messie serait investi de la puissance de l’Esprit Saint pour accomplir sa mission de salut ; Isaïe, par exemple, avait dit : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines, sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR » (Is 11, 1-2). Mais l’annonce de l’Ange, ici, va beaucoup plus loin : car l’enfant ainsi conçu sera réellement Fils de Dieu : « celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu ».

LE FILS DE DIEU

Visiblement, saint Luc insiste sur le fait que cet enfant n’a pas de père humain, il est « Fils de Dieu » ; deux preuves dans ce texte : premièrement la remarque de la Vierge « je ne connais pas d’homme » ce qui veut dire « Je suis vierge ». Deuxièmement, la formule « Tu lui donneras le nom de Jésus » est adressée à la mère, ce qui est tout à fait inhabituel et ne s’explique que s’il n’y a pas de père humain : d’habitude, c’était le père qui donnait le nom à l’enfant. L’expression « La puissance du Très-haut te prendra sous son ombre » fait penser à une nouvelle création : on pense évidemment à cette phrase du livre de la Genèse « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux » (Gn 1, 2). Cette présence privilégiée de Dieu sur le Christ est encore suggérée par l’évocation de « l’ombre du Très-Haut » ; déjà elle était le signe de la Présence de Dieu au-dessus de la Tente de la Rencontre, pendant la marche de l’Exode ; le jour de la Transfiguration, la même nuée, la même ombre désignera le Fils de Dieu : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, Ecoutez-le ! »
Face à toutes ces annonces de l’Ange, la réponse de la Vierge est d’une simplicité extraordinaire ! On peut dire qu’on a là un bel exemple « d’obéissance de la foi », comme dit Paul, c’est-à-dire de confiance totale. Elle reprend le mot de tous les grands croyants depuis Abraham : « Me voici » ; Marie répond tout simplement : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Le mot « servante » n’évoque pas ici la servilité, mais la libre disponibilité au projet de Dieu. Il suffit de dire « Oui », car « Rien n’est impossible à Dieu ».

Grâce à ce « oui » de la jeune fille de Nazareth, « Le Verbe se fait chair et il vient habiter parmi nous » ; on entend ici résonner la lumineuse promesse de Sophonie qui annonçait la venue de Dieu au milieu de son peuple : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem !… Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. » (So 3, 14-15).
Mais tout est encore plus beau que ce que l’on avait pu imaginer. Marie n’aura pas trop de toute sa vie, sûrement, pour « méditer toutes ces choses dans son cœur ».

Marie-Noëlle Thabut, bibliste

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DANS L’ATTENTE GENERALE

17 décembre 2017       3e dimanche de l’Avent B  – Jean 1, 6-8. 19-28
Lectures de ce jour

Les questions posées à Jean-Baptiste reflètent bien l’état d’esprit qui régnait en Israël au moment de la venue du Christ : visiblement, on attendait le Messie de façon très prochaine ; et dans certains milieux, au moins, cette attente était devenue une impatience, si bien que dans les dernières décennies avant la venue du Christ, on a cru plusieurs fois le reconnaître enfin ; et de toute évidence, Jean-Baptiste jouissait d’une réputation telle qu’on s’est posé la question à son sujet.
Tout le monde attendait, oui, mais tout le monde n’attendait pas la même chose, ou le même personnage : c’est pour cela que les questions se bousculent : « Es-tu le Messie lui-même ? Ou bien Elie ? Ou bien encore le Prophète annoncé ? » Car les promesses de l’Ancien Testament alimentaient l’espérance et l’impatience, mais elles n’étaient pas très claires : certains s’appuyaient en particulier sur les derniers versets du prophète Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Elie, le prophète, avant que ne vienne le Jour du SEIGNEUR, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères (Ml 3, 23-24). Il y avait aussi dans le livre du Deutéronome cette promesse : « Dieu dit à Moïse : Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. » (Dt 18,18). Très certainement, cette promesse était considérée comme l’une des annonces du Messie. Mais s’appliquait-elle à Jean-Baptiste ?

JE SUIS LA VOIX QUI CRIE

A toutes ces questions, « Es-tu le Messie ? Es-tu Elie ? Es-tu le Prophète annoncé ? » Jean-Baptiste répond par la négative : il n’est ni le Messie, ni Elie, ni le Prophète annoncé, au sens de nouveau Moïse, il n’est qu’une simple voix. Quand il parle de sa mission, il ne se réfère ni à Malachie, ni au Deutéronome, mais à Isaïe : « Je suis la voix qui crie dans le désert : Redressez le chemin du SEIGNEUR, comme a dit le prophète Isaïe. » (Is 40, nous l’avons lu pour le deuxième dimanche de l’Avent).
Chez Isaïe, c’était une annonce de la libération prochaine du peuple exilé à Babylone : le Seigneur allait venir lui-même prendre la tête de son peuple et le ramener sur sa terre ; par la suite, ce texte avait été relu comme une annonce de la venue du Messie ; c’est bien dans ce sens que Jean-Baptiste le cite : le Messie est proche, lui-même (Jean) est seulement la voix qui l’annonce.
Derrière les dénégations de Jean-Baptiste se profile donc l’affirmation essentielle : le Messie est proche, même si vous ne l’avez pas encore reconnu ; « Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas. » Lui-même semble ne pas le connaître encore ; il le dit explicitement quelques versets plus loin : c’est seulement lorsque Jésus s’est présenté à lui pour lui demander le Baptême que Jean-Baptiste a eu la certitude qu’il était le Messie ; je vous rappelle ce passage (dans le même évangile de Jean) : « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit-Saint ». (Jn 1,33).
Ce qui veut dire que Jean-Baptiste a connu ce que nous appelons quelquefois la nuit de la foi : il a commencé à annoncer la présence de Jésus au milieu des hommes avant même de l’avoir reconnu. A cela on reconnaît le vrai prophète : premièrement, il poursuit sa mission, même dans la nuit… car ce qui compte avant tout, c’est que les hommes croient : « Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. » (On retrouve là une très grande insistance de Saint Jean tout au long de son évangile : « afin que tous croient »).
Deuxièmement, il ne nous attire pas vers lui, il nous tourne vers celui qu’il annonce ; Jean-Baptiste remet bien les choses en place : c’est vers lui que les foules viennent ; mais aussitôt, il les dirige vers le Christ. Il ne se présente pas en porteur de la vérité, mais il tourne les coeurs vers la vérité.
Saint Jean insiste beaucoup sur l’humilité de Jean-Baptiste devant Jésus : « Je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Il semble qu’il n’était pas inutile peut-être de mettre les choses au point pour les lecteurs de l’évangile ; car on sait par ailleurs (et on le devine ici) que les disciples de Jean-Baptiste ont parfois pris ombrage du succès croissant de Jésus et que, plus tard, parmi les premiers Chrétiens, certains auraient eu tendance à inverser les rôles. C’est pour cela que Jean insiste : « Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la lumière… (et Jean continue) Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme ».
Un peu plus loin, dans ce même évangile de Saint Jean, c’est Jésus lui-même qui dira : « Jean-Baptiste était la lampe qui brûle et qui brille » (Jn 5, 35). Jean-Baptiste est la lampe, il n’est pas la lumière elle-même. Zacharie, son père, ne s’était pas trompé quand il chantait : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins » (Lc 1, 76).

Marie-Noëlle Thabut, bibliste

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L’AVENEMENT DU NOUVEAU ROI DU MONDE

10 décembre 2017       2e dimanche de l’Avent B  – Marc 1, 1-8
Lectures de ce jour

« Commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu » : en quatre mots tout le mystère de Jésus de Nazareth est dit : cet homme, situé humainement, est Christ, Fils de Dieu : c’est-à-dire à la fois roi, Messie, celui qui accomplit l’attente de son peuple, mais aussi réellement Fils de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même… et là les attentes du peuple élu ont été non seulement comblées mais largement dépassées. Désormais tout l’évangile de Marc sera le développement de ce premier verset.
« Evangile » : il faudrait entendre ce mot dans toute sa force ! Au sens de « Grande Nouvelle », une grande Nouvelle qui serait excellente. Etymologiquement, c’est exactement le sens du mot « évangile » ; à l’époque, les heureuses grandes nouvelles officielles comme la naissance d’un roi ou une victoire militaire étaient appelées des « évangiles ». La venue de Jésus parmi les hommes est bien la Nouvelle d’un début de Règne, celui de Dieu lui-même.

Matthieu, Marc, Luc et Jean n’ont pas écrit des livres de souvenirs, des biographies de Jésus de Nazareth; pour eux il s’agit d’une Nouvelle extraordinaire et elle est bonne ! « Croyez à la Bonne Nouvelle » (c’est une autre phrase de Marc) veut dire « croyez que la Nouvelle est Bonne ! » Cette Bonne Nouvelle, les évangélistes ne peuvent pas, ne veulent pas la garder pour eux ; alors ils prennent la plume pour dire au monde et aux générations futures : Celui que le peuple de Dieu attendait est venu : il donne sens à la vie et à la mort, il ouvre nos horizons, illumine nos yeux aveugles, il fait vibrer nos tympans durcis, met en marche les membres paralysés et va jusqu’à relever les morts. Voilà une Bonne Nouvelle !

Contrairement aux récits de Matthieu et de Luc, cette Bonne Nouvelle ne commence pas, chez Marc, par des récits de la naissance ou de l’enfance de Jésus, mais tout de suite par la prédication de Jean-Baptiste :
« Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert ». Et Marc cite le prophète Isaïe : « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du SEIGNEUR, Rendez droits ses sentiers. » Cette dernière phrase est tirée du deuxième livre d’Isaïe dans ce texte qui commence par ces mots superbes « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » (Is 40 : première lecture de ce dimanche). En revanche la première phrase « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin » n’est pas du prophète Isaïe, mais Marc fait ici un rapprochement très intéressant, avec une phrase du prophète Malachie et une autre du livre de l’Exode ; nous y reviendrons plus bas. « Il était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. » Il est rare que les évangiles décrivent le vêtement et la nourriture de quelqu’un ! Si Marc le fait ici pour Jean-Baptiste, c’est que cela a un sens. Les sauterelles et le miel sauvage sont la nourriture du désert, avec ce que cela signifie d’ascétisme, mais aussi de promesses, puisque c’est au désert que la grande aventure de l’Alliance avec Dieu a commencé : manière de dire « la venue de Jean-Baptiste est votre chance d’un retour au désert, des retrouvailles avec votre Dieu ».

Et voilà pourquoi, je crois, Marc a rapproché les diverses citations que nous avons lues un peu plus haut. Le prophète Malachie écrivait : « Voici, j’envoie mon messager, il aplanira le chemin devant moi » (Ml 3, 1) ; nous sommes dans la perspective de la venue du Jour de Dieu ; et dans le livre de l’Exode on trouve « Je vais envoyer un messager devant toi pour te garder en chemin et te faire entrer dans le lieu que j’ai préparé » (Ex 23, 20) ; c’est un rappel de la sortie d’Egypte. Ce que Marc sous-entend ici en quelques mots, c’est que Jean-Baptiste nous achemine de l’Alliance historique conclue dans le désert de l’Exode vers l’Alliance définitive en Jésus-Christ. Quant au vêtement de poil de chameau, il était celui du grand prophète Elie (2 R 1, 8) : c’était même à cela qu’on le reconnaissait de loin ; Jean-Baptiste est donc présenté comme le successeur d’Elie ; on disait d’ailleurs couramment qu’Elie reviendrait en personne pour annoncer la venue du Messie ; on s’appuyait là sur une prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Elie, le prophète, avant que ne vienne le jour du SEIGNEUR. » (Ml 3, 23).
Pas étonnant, alors, qu’il y ait toute une effervescence autour de Jean-Baptiste : qui sait ? c’est peut-être Elie qui est revenu ; cela voudrait dire que l’arrivée du Messie est imminente. (Entre parenthèses, cette effervescence prouve en tout cas que l’attente du Messie était vive au temps de Jésus). Les foules accourent donc autour de Jean-Baptiste, nous dit Marc, mais lui ne se laisse pas griser par son succès : il sait qu’il n’est qu’une voix, un signe et qu’il annonce plus grand que lui. Il détrompe fermement ceux qui le prennent pour le Messie et il en tire tout simplement les conséquences : Celui que je vous annonce est tellement plus grand que moi que je ne suis même pas digne de me courber à ses pieds pour dénouer la courroie de sa sandale.

LUI VOUS BAPTISERA DANS L’ESPRIT SAINT

Comme Elie, comme tout vrai prophète, Jean-Baptiste prêche la conversion : et tous ceux qui veulent changer de vie, il leur propose un baptême. Il ne s’agit plus seulement de se laver les mains avant chaque repas, comme la religion juive le demandait, il s’agit de se plonger tout entier dans l’eau pour manifester la ferme résolution de purifier toute sa vie : entendez de tourner définitivement le dos à toutes les idoles quelles qu’elles soient. Dans certains couvents du temps de Jean-Baptiste et de Jésus, on allait même jusqu’à prendre un bain de purification par jour pour manifester et entretenir cette volonté de conversion.
Mais Jean-Baptiste précise bien : entre son Baptême à lui et celui qu’inaugure le Christ, il y a un monde (au vrai sens du terme) ! « Moi, je vous baptise dans l’eau » : c’est un signe qui montre votre désir d’une nouvelle vie ; le geste du baptiseur et le mouvement du baptisé sont des gestes d’hommes. Tandis que le geste du Christ sera le geste même de Dieu : « Il vous baptisera (plongera) dans l’Esprit Saint ». C’est Dieu lui-même qui transformera son peuple en lui donnant son Esprit.
Ici, c’est notre conception même de la pureté qu’il faut convertir :
Premièrement, la pureté n’est pas ce que nous pensons : spontanément, nous pensons pureté en termes d’innocence, une sorte de propreté spirituelle ; et la purification serait alors de l’ordre du nettoyage, en quelque sorte. Comme si on pouvait laver son âme. En réalité, la pureté au sens religieux a le même sens qu’en chimie : on dit d’un corps qu’il est pur quand il est sans mélange. Le cœur pur, c’est celui qui est tout entier tourné vers Dieu, qui a tourné le dos aux idoles ; (de la même manière que Saint Jean, parlant de Jésus dans le Prologue, dit « Il était tourné vers Dieu »).
Deuxièmement, notre purification n’est pas notre œuvre, elle n’est pas à notre portée, elle est l’œuvre de Dieu : pour nous purifier, nous dit Jean-Baptiste, Dieu va nous remplir de l’Esprit-Saint. Nous n’avons qu’à nous laisser faire et accueillir le don de Dieu.

Marie-Noëlle Thabut

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PRENEZ GARDE, VEILLEZ

3 décembre 2017       1er dimanche de l’Avent B  – Marc 13, 33-37
Lectures de ce jour

Dans le passage qui précède tout juste celui-ci, Jésus vient de parler à ses disciples de ce qu’il appelle « la venue du Fils de l’homme » et il a ajouté « Ce jour ou cette heure, nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne sinon le Père. » (Mc 13, 32).

Et il en déduit pour ses disciples ce que nous venons d’entendre : si lui, le Fils, comme il se nomme lui-même, ne connaît pas l’heure de sa venue, nous la connaissons encore moins ; et donc, il ajoute : « Prenez garde, veillez (au sens de « restez éveillés »), car vous ne savez pas quand ce sera le moment ». On a bien l’impression que cela veut dire « vous pourriez vous laisser surprendre ».
La suite du texte va tout à fait dans ce sens : « Vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin » : le « chant du coq », c’est très probablement une allusion au reniement de Pierre (on sait que Marc était très proche de Pierre) ; cette phrase est une mise en garde : si vous n’êtes pas attentifs au jour le jour, il peut vous arriver de me renier sans y prendre garde.

Quelques heures avant cette défaillance de Pierre, Jésus, à Gethsémani, avait dit aux trois apôtres qui l’accompagnaient : « Veillez et priez afin de ne pas entrer au pouvoir de la tentation » (Mc 14, 38). Et il avait ajouté : « L’esprit est plein d’ardeur, mais la chair est faible »… Manière de dire à quel point nous sommes perpétuellement écartelés entre les valeurs du Royaume et le retour à l’égoïsme, l’indifférence, la lâcheté. C’est pour cela qu’il faut prier sans cesse, pour ne pas lâcher la main de Dieu.
Voilà qui éclaire notre texte d’aujourd’hui : « veiller » veut dire « prier » ; non pas prier le Père de réaliser son Royaume lui-même, tout seul, sans nous. Ce n’est pas son projet. Mais prier pour être remplis de son Esprit qui nous fera entrer dans le projet du Père. Alors nous pourrons regarder le monde, qui est la matière première du Royaume, avec les yeux de Dieu si j’ose dire. Et alors, nous deviendrons capables d’agir dans le sens du Royaume.

Vous connaissez la leçon de Luc sur la prière : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. Quel père parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu de poisson ? Ou encore s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit saint à ceux qui le lui demandent. »

Oui, le Jour et l’heure sont le secret de Dieu… « Nul ne les connaît sinon le Père », comme dit Jésus ; mais ce n’est pas une raison pour s’inquiéter, l’Esprit est avec nous. Encore faut-il le prier, c’est-à-dire le désirer ; il ne nous envahira pas contre notre gré. Du coup, cela éclaire en quoi consiste la tentation : « Veillez et priez afin de ne pas entrer au pouvoir de la tentation », dit Jésus ; et dans le texte d’aujourd’hui, il s’est comparé à un maître de maison qui part en voyage : « Il a laissé sa maison, confié à ses serviteurs l’autorité, à chacun sa tâche, et il a donné au portier l’ordre de veiller. » La tentation, en quelque sorte, c’est de dormir, c’est-à-dire de négliger la maison ; or on est tout à la fin de l’évangile de Marc, à quelques jours de la fête de la Pâque, c’est-à-dire juste avant la Passion ; tout comme la parabole du jugement dernier chez Matthieu, que nous lisions pour la fête du Christ-Roi ; il me semble que la leçon est la même : avec Matthieu, nous avions compris que « veiller » veut dire « veiller sur » nos frères, afin que grandisse le Royaume dans lequel tout homme sera roi. Marc, lui, a pris une autre image : il dit « votre mission, c’est de veiller sur la maison » !

GARDIENS DE LA MAISON DE DIEU

Nous voilà promus gardiens de la maison de Dieu ! Nous sommes ces serviteurs, ce portier. Voilà la Bonne Nouvelle extraordinaire qui nous sera répétée tout au long de l’Avent : nos vies, si modestes soient-elles, peuvent contribuer à la gestation de l’humanité nouvelle ; c’est ce qui fait notre grandeur. Il a « fixé à chacun son travail » : cela veut dire que chacun d’entre nous a un rôle à jouer, son rôle. Et un rôle efficace puisqu’en partant « il a donné tout pouvoir à ses serviteurs » !

C’est peut-être bien l’une des raisons pour lesquelles personne, pas même le Fils (tant qu’il était parmi nous) ne connaît l’heure de l’avènement définitif du Royaume : c’est que nous avons notre part dans sa construction.
Et il me semble que c’est le message le plus urgent que nous devrions transmettre à nos jeunes ; cela suppose, évidemment, que nous n’attendions pas l’avènement du Royaume de Dieu comme on attend le train, mais que notre attente soit active !
Mais notre problème, justement, c’est que, bien souvent, nous restons passifs, ou pire, nous oublions que nous attendons quelque chose, ou plutôt Quelqu’un ! Et alors, nous occupons le temps à autre chose ; mais occuper le temps à autre chose, quand il s’agit du Royaume de Dieu, évidemment, c’est grave. Et c’est pour cela que Jésus met ses apôtres en garde. Et Saint Pierre, qui a certainement avoué son reniement à Marc, ne le sait que trop.

Voilà donc notre raison de vivre : et quel programme ! Portiers de la maison de Dieu : il nous revient d’y faire entrer tous les hommes. Sans oublier la leçon de la parabole des talents : le maître de maison nous fait confiance, il nous confie ses trésors. La seule réponse digne de l’honneur qu’il nous fait consiste à lui faire confiance en retour et à nous retrousser les manches ! Ce n’est pas le moment de nous occuper à autre chose !

Marie-Noëlle Thabut

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